"Le PS doit réapprendre à être minoritaire" : un historien analyse le résultat des socialistes aux européennes

La liste PS-Place publique a obtenu 6,19% des voix aux élections européennes dimanche, le score le plus bas pour les socialistes à ce scrutin depuis 1979. 

Claire Nouvian, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Martine Aubry, maire de Lille, et Raphaël Glucksmann (de gauche à droite) lors du dernier meeting pour les élections européennes, le 21 mai 2019 à Lille. 
Claire Nouvian, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Martine Aubry, maire de Lille, et Raphaël Glucksmann (de gauche à droite) lors du dernier meeting pour les élections européennes, le 21 mai 2019 à Lille.  (SYLVAIN LEFEVRE / HANS LUCAS)

C'est une déception pour le Parti socialiste, mais pas la Bérézina annoncée. La liste du PS-Place publique a obtenu 6,19% des voix lors des élections européennes du dimanche 26 mai. Ce score leur permet d'envoyer 5 députés à Bruxelles et à Strasbourg. Le PS avait décidé pour la première fois de confier sa liste à un non-socialiste en la personne de Raphaël Glucksmann.  

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Franceinfo revient sur ces résultats avec Denis Lefebvre, historien du Parti socialiste et secrétaire général de l'Office universitaire de recherche socialiste (Ours). 

Franceinfo : Comment peut-on analyser les résultats du Parti socialiste aux élections européennes ?  

Denis Lefebvre : Depuis la première élection européenne de 1979, on peut dire que ce n’est pas un bon résultat. Le PS doit réapprendre à être minoritaire, modeste et doit s'inscrire dans le collectif. La stratégie choisie avec Place Publique notamment, montre que le PS est capable de trouver des partenaires à gauche, en passant par des compromis. Le succès est un autre problème. 

Que dire de la figure de Raphaël Glucksmann comme choix pour les élections européennes ? 

On ne peut pas s'empêcher de revenir sur la grande période de l'histoire du Parti socialiste, pendant les années 1960, quand le PS s'appelait la SFIO. En difficulté, elle s'est tournée vers François Mitterrand, quelqu'un d'extérieur au parti. Il y a un renouveau à partir de 1965, puis le congrès d'Epinay en 1971 qui symbolise l'unification des socialistes et la victoire de la présidentielle en 1981.

En choisissant Raphaël Glucksmann, un homme peu expérimenté en politique, une figure intellectuelle qui n'est pas un politicien, le Parti socialiste donne le message suivant : "Ouvrons-nous à un homme politique qui n'est pas membre de notre parti." En cela, la démarche du choix de la tête de liste en 2019 est comparable à celle des années 1960. 

Quels sont les prochains objectifs du Parti socialiste qui va se réunir mardi pour un conseil national ? 

On va savoir à ce moment quelles seront les conséquences internes au parti, si les cadres estiment que la stratégie a été bonne. Il faut que le PS, en son propre sein, réapprenne à travailler ensemble. Quand, en 1965, des personnes comme Guy Mollet, Gaston Defferre ou encore Pierre Mauroy ont décidé de faire quelque chose ensemble, ce n'était pas facile, ils étaient divisés et l'unité a mis quinze ans à se construire. 

Ensuite, il y a les élections municipales de 2020. Pour le PS, c'est un énorme enjeu. C'est un parti qui, lorsqu'il a connu des crises, est toujours reparti de ses élus, de ses bastions locaux. Le scrutin de 2020 va donc être déterminant pour l'existence du Parti socialiste français.