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Primaire de la gauche : six questions pas si bêtes au lendemain du premier tour

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France Télévisions
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Les deux finalistes de la primaire de la gauche pour la présidentielle de 2017, Benoît Hamon et Manuel Valls.  (AFP)

Le second tour de la primaire de la gauche, dimanche, verra s'affronter Benoît Hamon et Manuel Valls, arrivés en tête au premier tour.

Deux qualifiés et au moins une surprise : l'arrivée en tête de Benoît Hamon au premier tour de la primaire de la gauche, dimanche 22 janvier. Manuel Valls a-t-il encore une chance pour le second tour ? Comment expliquer l'élimination d'Arnaud Montebourg ? Quelles conséquences pour Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ? Franceinfo répond aux questions que vous vous posez peut-être au lendemain de ce scrutin.

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Le score de Benoît Hamon est-il une surprise ?

Oui. Depuis quelques semaines, plusieurs signes montraient qu'il se passait quelque chose autour de la candidature de Benoît Hamon : la forte affluence dans ses meetings, ses propositions comme le revenu universel au centre des débats, les attaques répétées de ses concurrents, qui montraient une inquiétude certaine à son égard... En revanche, aucun sondage ne l'a jamais donné favori de la primaire.

Favori, une étiquette que Benoît Hamon lui-même n'a jamais revendiquée... sans doute parce qu'il ne la pensait pas possible. "On mesurait une dynamique dans la campagne, mais pas à ce point-là, on ne s'attendait pas à un tel écart", reconnaissait dimanche au soir le député Régis Juanico, soutien de Benoît Hamon.

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Après le ralliement de Montebourg à Hamon, Valls a-t-il encore une chance au second tour ? 

Cela s'annonce très compliqué pour l'ancien Premier ministre. D'abord parce que la simple addition des scores de Hamon et Montebourg permet d'atteindre les 50%. Bien sûr, une élection n'est pas qu'affaire d'arithmétique, et le soutien de Montebourg ne garantit pas à Benoît Hamon que tous les électeurs de l'ancien ministre du Redressement économique vont reporter leur vote sur lui. Mais Benoît Hamon bénéficie aussi d'une dynamique grâce à sa position de numéro 1.

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Pourquoi y a-t-il une polémique autour des résultats ?

Au soir du premier tour, peu après 20 heures, le président de la Haute Autorité assurait que la participation serait comprise entre 1,5 et 2 millions de votants, et "sans doute plus proche des 2 millions". Pourtant, dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 janvier, le site de la primaire, géré par la Haute Autorité, n'affichait qu'une participation d'un peu moins de 1,3 million de votants. Il donnait aussi les scores par candidat : Hamon obtenait 36,35% des voix, Benoît Hamon 31,11%, etc...

Ce lundi matin, plusieurs politiques de droite se sont donc interrogés sur la mobilisation réelle. Christophe Borgel, le président du Comité national d'organisation de la primaire, assure que la différence entre l'estimation donnée par Thomas Clay et le chiffre affiché s'explique par le caractère non définitif des résultats. Lundi 23 janvier, le site donne une nouvelle participation : plus de 1,6 million de votants, sur 95% des bureaux de vote.

Mais il y a un autre problème. Les scores en voix des candidats ont évolué, mais pas leur résultat en pourcentage. Ils obtiennent tous exactement le même score, à la deuxième décimale près, qu'il y ait 1,3 ou 1,6 million de votants ! Un statu quo qui semble hautement improbable au vu de la variation du corps électoral (300 000 votants de plus). Christophe Borgel a reconnu auprès de Libération un "bug" : "Il y a eu un bug, rien de plus. Et c'est un peu de ma faute. Il y avait beaucoup de pression autour du niveau de participation, j'ai demandé à ce que les résultats soient actualisés au plus vite. Et effectivement, on a appliqué au nouveau total de votants les pourcentages de la veille." Les résultats publiés sur le site de la primaire sont donc faux, à la fois en termes de voix et de score.

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Pourquoi Montebourg n'a-t-il même pas atteint la barre des 20% ? 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce mauvais score et sa non-qualification au second tour de la primaire. Son vrai-faux départ de la vie politique, après qu'il a été renvoyé du gouvernement en août 2014, et son passage dans le privé n'ont peut-être pas été compris. Arnaud Montebourg avait lancé sa candidature à l'été 2016, pensant affronter François Hollande, et a semblé perdre son meilleur adversaire quand le chef de l'Etat a renoncé à se présenter.

Dans la campagne, son nouveau positionnement n'était sans doute pas très lisible : alors que dans la primaire de 2011, il incarnait la gauche du PS, créneau aujourd'hui occupé par Benoît Hamon, il a cette fois défendu un projet socialiste mais aussi "d'inspiration gaulliste, écologique, républicaine". Enfin, Arnaud Montebourg a clairement pâti de la concurrence de Benoît Hamon. "Il n'était ni celui qui incarne le mieux les valeurs de la gauche, ni le plus crédible. Et le nouveau, ce n'était pas lui", dit un dirigeant du PS.

>> Pourquoi Montebourg a perdu son pari

La possible victoire de Hamon au second tour est-elle une bonne nouvelle pour Macron, et une mauvaise pour Mélenchon ? 

Si Benoît Hamon est désigné dimanche 29 janvier candidat du PS à l'élection présidentielle, de nombreux électeurs socialistes, sociaux-démocrates convaincus, seront sans doute tentés par la candidature d'Emmanuel Macron. Il est également probable que, parmi les élus du PS, certains rallient le fondateur d'En Marche ! Chez les "réformateurs", le courant libéral du PS, certains laissent entendre depuis plusieurs semaines qu'ils auront du mal à soutenir un candidat issu de la gauche du parti.

Par symétrie, on pourrait penser que le raisonnement vaut également pour Jean-Luc Mélenchon : la candidature de Benoît Hamon, à la gauche du PS, pourrait enlever des voix au leader de la France insoumise. Mais il y a quand même une différence notable. Chez une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui combat frontalement François Hollande depuis 2012, il y a la volonté d'en finir avec le PS. Benoît Hamon fait certes partie des "frondeurs" du PS, mais il n'a pas totalement rompu avec l'héritage du quinquennat.

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Que va devenir le PS après cette primaire ? 

C'est encore difficile à dire. Première inconnue : le rassemblement derrière le candidat qui sera désigné dimanche. Que ce soit Benoît Hamon ou Manuel Valls, au vu des deux lignes très différentes qu'ils incarnent, ce sera compliqué. Deuxième inconnue : le score de ce candidat à la présidentielle. Avant la primaire, les sondages plaçaient le candidat socialiste en cinquième position, derrière Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. La primaire est-elle de nature à changer cet ordre ? Impossible à dire aujourd'hui.

Dans les mois qui viennent, et peut-être après la présidentielle, le PS va-t-il procéder à une grande clarification, entre les tenants d'une ligne sociale démocrate, voire sociale-libérale, portée par Valls, et les partisans d'une ligne plus à gauche, incarnée dans la primaire par Hamon ? Peut-il exploser ? Tout dépendra du résultat à la présidentielle, mais aussi des dynamiques Macron et Mélenchon. Si elles s'amplifient, la clarification – et donc l'éclatement du PS – n'attendront peut-être pas le mois de mai.

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