L'Emission politique, France 2

Primaire de la gauche : quel est le programme de Benoît Hamon ?

Le député des Yvelines, ancien ministre, est l’un des huit candidats déclarés à la primaire de la gauche. Face à Manuel Valls et Arnaud Montebourg, quel projet défend-il dans sa famille politique ? 

Benoît Hamon, le 23 novembre 2016 à Rouen (Seine-Maritime).
Benoît Hamon, le 23 novembre 2016 à Rouen (Seine-Maritime). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Il se pose aujourd’hui en troisième homme. Candidat depuis le 16 août, Benoît Hamon est crédité de 11% des intentions de vote à la primaire de la gauche, selon un sondage Harris Interactive pour France Télévisions. L’ancien ministre de l’Education nationale, invité jeudi 8 décembre de "L'Emission politique" sur France 2.

S'il est devancé dans les sondages par Manuel Valls et Arnaud Montebourg, Benoît Hamon défend un projet centré sur le social, l’écologie et le renouveau des institutions. En restant – pour l’instant – flou sur d’autres thèmes. Tour d'horizon des premières lignes de son programme. 

Priorité à l'écologie

Ce sont ses premières promesses de campagne. Le projet de Benoît Hamon pour 2017, "Faire battre le cœur de la France", ne comprend pour l’instant que des propositions sur l’écologie et la démocratie. Son site officiel de campagne, benoithamon2017.fr, ne détaille pas davantage son projet pour l’élection présidentielle.

Benoît Hamon l’a récemment promis, il ne sera "plus jamais socialiste sans être écologiste". Son projet actuel va résolument dans ce sens, affichant des idées ambitieuses en matière d’environnement. Sur son site, le candidat à la primaire de la gauche détaille ainsi "12 propositions pour une transition écologique". Il propose de sortir du diesel et d’atteindre 50% d’énergies renouvelables en 2025, et promet de lancer un "vaste plan" de rénovation énergétique des bâtiments – publics comme privés. Lors de son premier meeting de candidat, le 28 août à Saint-Denis, Benoît Hamon a rappelé son "hostilité" à l’exploitation des gaz de schiste, et sa volonté de réduire la place du nucléaire. 

Vers une VIe République

C’est lors de ce discours que le député des Yvelines a également dévoilé son projet de réforme des institutions. Comme ses rivaux Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg, Benoît Hamon "croit en une VIe République". Le candidat dénonce une "monarchie républicaine" et propose de "développer le contrôle parlementaire". Sous sa VIe République, le président de la République serait élu pour un mandat unique de sept ans, et serait responsable devant le Parlement. Benoît Hamon prône également une dose de proportionnelle aux élections législatives, et la prise en compte du vote blanc. Il compte, enfin, réformer le Sénat et mettre en place un "49.3 citoyen" : dès 2017, 1% des électeurs – 450 000 personnes – pourraient, ensemble, demander l’examen ou la suspension de l’application d’une loi.

Revenu universel d'existence

L’ancien ministre est notamment l’un des candidats prônant l’instauration d’un revenu de base. Le "revenu universel d’existence" qu’il propose est l’un des points forts de sa campagne. Avec les révolutions technologiques, "le travail va se faire plus rare", a-t-il affirmé au micro du "Grand Jury". L’instauration d’un revenu universel permettrait donc aux Français d’être "moins dépendants" au travail, puisqu’il ne serait plus, de facto, leur source principale de revenus. Dans les faits, cette mesure permettrait à tous les Français majeurs de recevoir chaque mois, sans conditions, un revenu équivalent au RSA socle – soit 524 euros. Le candidat promet d’élever ce revenu de base à "750, voire 800 et 1000 euros", mais reste flou sur sa mise en place et son financement. Dans un éditorial pour Les Echos, Benoît Hamon chiffre ce projet à 300 milliards d’euros par an. Comment le financer ? Le député des Yvelines évoque quelques pistes, telles que l’individualisation de l’impôt sur le revenu, la suppression de niches fiscales ou encore la fiscalité du patrimoine et du numérique. Sans calcul précis pour l’instant.

Semaine de 32 heures

Dans son projet, l’ancien ministre voit aussi la raréfaction du travail comme une opportunité. Pour lutter contre le chômage, il faudra selon lui partager le travail – et donc travailler moins. Là aussi, les propositions du candidat ne sont pas encore nettes. "Le grand mouvement séculaire de réduction du temps de travail doit reprendre, sous de multiples formes", clamait-il lors de son meeting à Saint-Denis. Benoît Hamon propose de passer de 35 heures à 32 heures de travail par semaine, réparties sur quatre jours. Mais évoque aussi la possibilité d’un congé sabbatique, et d’un congé parental "allongé et partagé".

Et pour le reste...

En matière économique, Benoît Hamon propose également d’abroger la Loi Travail, une réforme qu’il avait vivement critiquée. L’ancien ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire promet aussi de faire passer cette économie de 10 à 20% du PIB d’ici 2025. Sur le plan sociétal, le candidat à la primaire de la gauche prône la légalisation du cannabis, avec un contrôle de l’Etat sur sa distribution.

C’est sur d’autres sujets, comme la sécurité, la lutte contre le terrorisme et l’international, que les idées de Benoît Hamon sont encore floues. Dans une interview à L’Indépendant, le 19 août, le candidat évoque le rétablissement d’une police de proximité et salue la réapparition des Renseignements généraux. Il reste encore très général sur la lutte contre le terrorisme. Le député évoque la "prévention de la radicalisation" comme possible solution, sans développer de mesures.

"Je ne rentrerai pas dans cette campagne présidentielle en considérant que la question centrale du débat politique, c’est la question identitaire ou la question sécuritaire", s’est défendu le candidat au micro de France Inter. Parviendra-t-il à convaincre les Français sans aborder ces sujets ?