Primaire de la gauche : pourquoi un tel cafouillage sur le nombre de votants ?

Après l'annonce des résultats du premier tour de la primaire de la gauche, devant l'impossibilité lundi pour la haute autorité des primaires citoyennes de livrer un nombre précis de votant, la confusion s'est installée. Notamment sur le nombre de bureaux ouverts. Explications.

400 000 voix sont apparues entre dimanche et lundi matin tandis que le score des candidats, lui, n’avait pas du tout bougé
400 000 voix sont apparues entre dimanche et lundi matin tandis que le score des candidats, lui, n’avait pas du tout bougé (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Les couacs, imprécisions et incohérences se sont multipliés autour de la participation au premier tour de la primaire à gauche, depuis l'annonce des premiers résultats dimanche soir. Des chiffres qui dans un premier temps tardent à être précisés, puis qui se contredisent. Le tout dans la plus grande opacité. Résultat : on subodore d'abord un problème technique, puis un problème politique.

Que s'est-il passé ?

Résumons : peu après 20h hier soir, le patron du PS, JC Cambadelis, annonce triomphalement que la participation est "dans l’épure de ce que nous avions fixé". "Entre 1,5 million et deux millions de votants, sans doute plus proche des deux millions", précise même le président de la Haute Autorité Thomas Clay. C'est en fait nettement plus compliqué, d’autant que les premiers résultats nationaux mentionnent le nombre de bureaux de vote dépouillés et qu'ensuite, impossible de savoir combien de bureaux sont concernés.

À 23h, le site du Parti socialiste annonce 1 337 820 votants, puis, à 0h45, la Haute autorité revient à 1 249 126 votants. A 11h ce lundi matin, le décompte du PS annonce alors 1 601 138 votants, soit la fameuse "épure" annoncée la veille.

Mais, étrange coïncidence, les scores des candidats correspondent au dixième près à ce qu'ils étaient à 00h40. Dès lors, le doute pointe sur la réalité des 400 000 voix apparues entre hier et ce matin.

Que disent les organisateurs ?

Les organisateurs reconnaissent effectivement un problème sur le nombre de bureaux effectivement ouverts dimanche. Ainsi, certains auraient fusionné entre eux : il y en aurait donc moins qu'annoncé. 105 d'entre eux seraient en litige, mais pourraient être bientôt réglés. Invité ce lundi sur franceinfo, Thomas Clay, président de la Haute autorité de la primaire socialiste a indiqué qu'il ne comprenait pas "cette polémique".

Pour lui, si le compteur a disparu dimanche soir du site internet, c'est parce que "les prestataires qui s'occupent du site n'ont pas travaillé dans la nuit, entre minuit et 10h". "Le chiffre exact c’est 1 601 138 votants sur 95% des bureaux de vote dépouillés", a expliqué Thomas Clay. "La confusion sur les 400 000 voix litigieuses tient  à la différence entre les montants vérifiés et les montants déclarés. Pour l’instant, on est encore sur les montants déclarés. Plus on va rentrer les montants vérifiés, plus les pourcentages vont bouger". Ce que l'on peut imaginer, c'est que le PS a manqué de bras pour tenir les bureaux et que certaines personnes ont pu voter deux fois. Les assesseurs n'ont peut-être pas été aussi regardants que prévu sur les garanties à apporter. Résultat : de la confusion et du soupçon..

Pourquoi est-ce ennuyeux pour le Parti socialiste ?


Pour le PS, la question de la participation est cruciale. Une primaire rabougrie arrange Emmanuel Macron comme Jean-Luc Mélenchon puisqu'elle obère la possibilité pour le candidat socialiste désigné de lancer une vraie dynamique. D'ores et déjà, quels que soient les chiffres de participation finalement annoncés, ils seront bien inférieurs aux 2,7 millions votants de la primaire de 2011. Et loin, très loin des 4,3 millions d'électeurs du premier tour de la primaire de la droite.