Présidentielle 2022 : ce qu'il faut savoir sur la Primaire populaire, qui n'en finit plus d'agiter la gauche

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Un autocollant de la Primaire populaire, pendant une manifestation en faveur d'une candidature unique à gauche pour la présidentielle 2022, à Paris, le 15 janvier 2022. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Selon les organisateurs de cette initiative citoyenne, plus de 300 000 personnes se sont déjà inscrites pour participer au vote, fin janvier. Seul problème : la majorité des candidats de gauche refusent de participer à ce scrutin et de reconnaître son résultat.

La Primaire populaire va-t-elle réussir à unir la gauche... ou à la fracturer encore davantage ? Alors que la majorité des candidats de gauche à l'élection présidentielle refusent de participer à ce scrutin, les organisateurs, qui revendiquent plus de 300 000 inscriptions sur leur site (311 000 inscrits mercredi 19 janvier), maintiennent leur initiative citoyenne. Le vote doit se dérouler du 27 au 30 janvier. Franceinfo fait le point sur ce scrutin qui agite la gauche, à moins de trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, le 10 avril.

Une initiative en dehors des partis politiques

Derrière la Primaire populaire, pas de parti politique mais deux militants de gauche : Samuel Grzybowski, fondateur de l'association interconfessionnelle Coexister et entrepreneur social, et Mathilde Imer, militante écologiste et initiatrice de la Convention citoyenne pour le climat. Ils ont rapidement été rejoints par de nombreux militants de gauche et écologistes favorables à une union en vue de l'élection présidentielle. Au total, une quinzaine de personnes travaillent de manière permanente pour la Primaire populaire via l'association baptisée "2022 ou jamais", créée en mars 2021 pour mener à bien cette initiative.

Des personnalités se sont également engagées à leurs côtés, comme le réalisateur Cyril Dion, le photographe Yann Arthus-Bertrand ou encore la musicienne Yael Naim. A l'inverse, des voix se sont aussi élevées pour dénoncer le fonctionnement de la Primaire populaire. "Ce sont des boutonneux qui ne m'inspirent pas du tout confiance et qui se rassemblent avec leurs copains au café, rien de plus", a par exemple raillé le député socialiste David Habib dans Le Canard enchaîné daté du mercredi 19 janvier.

Une primaire remaniée en "investiture populaire"

L'objectif affiché de cette initiative est clair : rassembler la gauche derrière un candidat unique pour remporter l'élection présidentielle. Le processus pour y parvenir a, lui, connu quelques remous... Après avoir établi un socle commun d'idées au printemps 2021, puis sélectionné dix candidats potentiels grâce à un système de parrainages, les organisateurs ont été confrontés au refus catégorique de la plupart des candidats de participer à cette primaire.

Face à ce blocage, la Primaire populaire s'est donc transformée en une "investiture populaire", avec un scrutin pour désigner le candidat qu'elle soutiendra parmi sept personnalités, parfois désignées sans leur accord : Anna Agueb-Porterie, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Jean-Luc Mélenchon et Christiane Taubira.

Un scrutin à jugement majoritaire inédit

Comment participer à la Primaire populaire ? Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 23 janvier au soir sur le site du mouvement. Il faut avoir la nationalité française et au moins 16 ans pour pouvoir s'inscrire en ligne. Le vote est gratuit, mais une empreinte bancaire est demandée "pour vérification anti-fraude", ainsi qu'un numéro de téléphone portable et une adresse mail personnelle. Un processus de contrôle similaire à celui utilisé lors des primaires des Républicains (LR) et d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

Une fois les inscriptions closes, le vote se déroulera en ligne du 27 au 30 janvier. Il ne s'agira pas d'un scrutin uninominal comme lors des autres primaires politiques. Les organisateurs ont opté pour un scrutin au jugement majoritaire. L’électeur ou l’électrice vote en évaluant chacune des candidatures présentées et en leur attribuant la mention de son choix entre "très bien", "bien", "assez bien", "passable" ou "insuffisant". Le candidat victorieux sera celui qui sera jugé le plus méritant.

Des candidats (très) divisés sur ce scrutin

L'ambition d'unir autour de la Primaire populaire est très loin d'avoir été obtenue. Et pour cause, la grande majorité des candidats soumis à cette investiture populaire ne soutient pas cette initiative et ne reconnaîtra pas son résultat. Dans le détail, seuls l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, le député européen Pierre Larrouturou et les candidats issus de la société civile Charlotte Marchandise et Anna Agueb-Porterie ont annoncé qu'ils se plieraient aux résultats. "J'accepte ce risque-là, ma cohérence est totale", a rappelé Christiane Taubira à l'attention des autres candidats de gauche, mardi sur France Inter.

La position d'Anne Hidalgo a été plus mouvante. La candidate investie par le PS a elle-même proposé l'idée d'une primaire à gauche pour éviter l'éparpillement des candidatures et la dispersion des votes lors du premier tour de l'élection présidentielle. Face aux refus de ses principaux concurrents, elle a finalement décidé de maintenir sa candidature quel que soit le résultat de la Primaire populaire.

"Si la primaire sert à ajouter une candidature de plus, elle aura quand même loupé son objectif."

Anne Hidalgo

sur France Inter

Le candidat écologiste, Yannick Jadot, s'est lui toujours opposé à une nouvelle participation à une primaire après avoir déjà remporté celle organisée par EELV. Une position qui a créé des remous dans son équipe, à l'intérieur de laquelle certaines personnalités, dont Sandrine Rousseau, ont un temps plaidé pour une participation à la Primaire populaire.

Enfin, La France insoumise a également rejeté l'idée de participer à cette primaire. La tension est même montée d'un cran, mardi. Le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon a demandé aux organisateurs de la Primaire populaire de ne plus impliquer leur candidat et de retirer toute mention de son nom. Cette initiative est "manifestement problématique et insincère", a déclaré Manuel Bompard, qui dénonce "le caractère délibérément brutal de cette initiative, sans respect des personnes engagées dans cette élection présidentielle". L'union à gauche est encore loin d'être atteinte.

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