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Départementales : ces socialistes du Nord qui en veulent au gouvernement

Dimanche, au deuxième tour, le Parti socialiste ne sera représenté que dans 14 des 41 cantons que compte le Nord. Le PS va perdre un département qu’il dirigeait depuis 17 ans.

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France Télévisions
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La mairie d'Hornaing (Nord), dans le canton de Sin-le-Noble, le 24 mars 2015. (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

L’homme qui sonne à sa porte a connu des lendemains électoraux meilleurs. Alors, cette électrice d'Hornaing (Nord) tente mardi 24 mars de rassurer son maire. "Ne vous inquiétez pas, vous pouvez compter sur nous, glisse-t-elle, en prenant le tract qu’il lui tend. Vous avez déjà trois voix sûres ici". Candidat socialiste aux départementales dans le canton de Sin-le-Noble, Frédéric Delannoy ne fait pas la fine bouche. "C’est déjà ça, c’est important. On ne va quand même pas laisser notre canton devenir un laboratoire du FN", répond l’édile, en porte-à-porte dans cette cité minière installée à l’ombre d'une ancienne centrale thermique.

Ces trois voix, Frédéric Delannoy et Josyane Bridoux, en auront en effet bien besoin. Le binôme accuse un retard de plus de 13 points sur le Front national, sorti en tête du premier tour des départementales dans ce canton proche de Valenciennes avec 38,11% des voix. Un résultat pourtant loin de les décevoir dans ce bastion communiste. "Je n’étais pas très confiante avant le vote, j’espérais juste être au second tour", explique Josyane Bridoux, transfuge du PCF.

"C’était prévisible"

Dans le département, tous les candidats socialistes n’ont pas eu cette chance. Le binôme fait partie des 14 rescapés de la "bérézina" de la majorité dans les 41 cantons nordistes. Mieux, ils ont une réelle chance de l’emporter dimanche prochain, après les appels au front républicain des candidats PC (22,07%) et UDI (14,83%).

A une cinquantaine de kilomètres de là, au Cateau-Cambrésis, Valérie Lheureux et Laurent Coulon ne peuvent pas en dire autant. Qualifiés pour la triangulaire du second tour (26,83%), ils sont loin derrière le FN (38,31%) et le binôme Union de la droite (34,85%). 

Les candidats socialistes Frédéric Delannoy (au centre) et Josyane Bridoux (à droite), le 24 mars 2015 à Hornaing (Nord). (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

Pour ces élus locaux, cette débâcle est une demi-surprise. "C’était prévisible, mais pas à un tel niveau", explique Laurent Coulon, vice-président du conseil général sortant. A les écouter, outre les divisions de la gauche, le responsable de cette situation est tout trouvé : le gouvernement. "Je me doute que ce n’est pas facile. Mais les gens ont l’impression que les engagements ne sont pas tenus. Les ministres peuvent dire ce qu’ils veulent, leur discours ne passe plus", analyse Frédéric Delannoy, qui voit dans cette "désespérance" le "premier facteur du vote FN dans le Nord".  

"On croyait que la gauche nous protégerait"

"Un gouvernement de gauche peut aider les entreprises, poursuit-il, en référence au pacte de compétitivité. Mais sa mission première est de protéger les gens". Un rôle primordial dans un bassin minier où le chômage atteint 30% par endroits. "Les gens nous disent 'on croyait que la gauche nous protégerait'", rapporte le maire d'Hornaing. Même sentiment d’abandon dans les territoires ruraux qui entourent Le Cateau-Cambrésis. "Les gens se sentent laissés pour compte, observe Laurent Coulon. Si la politique au niveau national répondait aux attentes des Français, je ne me retrouverais pas en face d’un candidat FN à 38%." 

Un constat partagé par leurs adversaires. "Le PS a eu un retour de bâton. On entend tout le monde se plaindre de la politique actuelle", rapporte Bruno Wosinski, candidat FN à Sin-le-Noble. Au vu de ses plaintes, il ne comprend "même pas pourquoi certains votent encore socialiste ou communiste". "Ce vote a été un défouloir pour ceux qui ne sont pas contents du gouvernement", abonde Sylvie Cler-Cuvelier, candidate divers-droite au Cateau-Cambrésis.

Les candidats Laurent Coulon et Valérie Lheureux (au centre), entourés par leurs suppléants, Josine Montay et William Lemaire, le 25 mars 2015 au Cateau-Cambrésis (Nord). (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

"Ce n'est pas notre étiquette qui nous a qualifiés pour le deuxième tour"

Alors, même s’ils gagnent dimanche prochain, Frédéric Delannoy et Josyane Bridoux ne sont pas dupes. "Ce n’est pas notre étiquette qui nous a qualifiés pour le deuxième tour, c’est notre travail de proximité", estime Frédéric Delannoy. De fait, le pouce en l’air que lui adresse une retraitée cet après-midi-là ne salue pas sa performance du premier tour, mais plutôt l'aide des services techniques de la mairie qui, d'un coup de motoculteur, ont enlevé les mauvaises herbes de son potager, laissé à l’abandon par son mari malade. Un peu plus loin, Francine lui demande d’abord s’il s’est occupé de son grillage, avant de lancer : "T’es passé au second tour ?".

L’étiquette, Laurent Coulon ne l’a plus. Après avoir refusé de se désister pour faire barrage au Front national, celui qui "refuse de baisser les armes avant de mener le combat" s’est vu retirer l’investiture par la Fédération PS du Nord pour le second tour. "Ça me fera peut-être gagner quelques voix", ironise le rebelle.

Sur leur nouvelle affiche, Josyane Bridoux et Frédéric Delannoy n'ont fait qu'une modification. La mention "candidats de la majorité départementale" a été remplacée par "le rassemblement républicain". Laurent Coulon et Valérie Lheureux ont été plus radicaux avec leurs tracts. Ils se sont débarrassés du logo du PS et de la majorité d'un "coup de ciseaux".

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