Départ d’Emmanuel Maurel du PS : "C'est le signe que la décomposition n'est pas terminée"

Emmanuel Maurel a annoncé vendredi son départ du Parti socialiste, alors que celui-ci quitte son siège historique de la rue de Solférino à Paris. Pour le politologue Gérard Grunberg, c'est le signe que la décomposition du PS n'est pas terminée.

Emmanuel Maurel, le 10 septembre 2016 à La Rochelle.
Emmanuel Maurel, le 10 septembre 2016 à La Rochelle. (XAVIER LEOTY / AFP)

Le départ d'Emmanuel Maurel du Parti socialiste et le déménagement du parti qui quitte son siège de la rue Solférino à Paris pour s'installer à Ivry-sur-Seine, vendredi 12 octobre, sont des signes "que la décomposition n'est pas terminée", selon Gérard Grunberg, politologue, directeur de recherche émérite au Centre d'études européennes de Sciences Po, invité sur franceinfo.

franceinfo : Le départ d'Emmanuel Maurel du Parti socialiste est-il le signe d'une mort lente de ce parti ?

Gérard Grunberg : En tout cas, c'est le signe que la décomposition n'est pas terminée. Elle a commencé il y a maintenant deux ans : des électeurs sont partis vers Emmanuel Macron, un certain nombre de cadres [du parti aussi], d'autres sont partis avec Benoît Hamon, qui était quand même le candidat du Parti socialiste, et maintenant on a un troisième départ qui était ce que l'on a appelé l'aile gauche du PS.

Avec ce départ, n'y a-t-il pas tout un pan de l'électorat de gauche qui se retrouve sans représentation politique ?

Oui, c'est tout à fait vrai parce qu'on le voit dans les sondages, ce que représente cette aile gauche du PS, [c'est] peut-être 1 ou 2 % des électeurs, donc effectivement ce n'est pas grand-chose. On a surement un électorat aujourd'hui hésitant, en déshérence. Mais avec un PS qui lui-même n'a pas de stratégie parce qu'on [ne sait pas] précisément ce qu'il veut, où il va, où il se situe. Aujourd'hui, (…) ce qu'ils disent, au fond, c'est qu'ils sont maintenant très clairement contre ce qui était la stratégie européenne des socio-démocrates depuis très longtemps, c'est-à-dire l'alliance au centre avec les chrétiens démocrates pour au fond dominer l'appareil européen.

Maintenant, ils disent qu'ils veulent une alliance avec l'ensemble des partis de gauche européens, c'est-à-dire ce que représente Jean-Luc Mélenchon aussi en France. C'est une stratégie qui est complètement différente. Mais, en même temps, le PS français ne dit pas qu'il veut aller avec Jean-Luc Mélenchon, c'est pour ça d'ailleurs qu'Emmanuel Maurel et ses amis sont partis. Donc, il n'y a pas de stratégie. Et donc on ne sait pas toujours où va le PS, ça explique la difficulté des électeurs eux-mêmes à savoir qui ils ont en face d'eux quand ils regardent le PS.

Ces reformations de partis politiques sont-elles fréquentes dans l'histoire ?

Oui. Un très bel exemple, c'est le précédent déclin du PS à la fin des années 1960, de la SFIO, où effectivement ils avaient fait 5 % à l'élection présidentielle, et où avant que François Mitterrand ne le reprenne et relance le PS, il y a eu un moment où l'électorat socialiste était complètement en déshérence. Le problème, c'est que ça ne se pose plus exactement de la même façon parce que c'est une époque où finalement l'ensemble de la gauche représentait une très grosse partie de l'électorat français. Aujourd'hui, même si vous additionnez tous ces différents petits morceaux, moyens morceaux de la gauche, tout ça ne fait pas 30 %. Donc voyez qu'on n'est plus à une époque où en tout cas on peut dès maintenant se dire qu'on peut reconstituer une majorité de gauche, c'est ça la grande différence.