INFOGRAPHIE. Congrès du PS : l'hémorragie de militants au cœur de la bataille

Depuis 2006, le nombre de militants encartés au Parti socialiste ne cesse de chuter. Le vote sur les motions, jeudi, permettra de déterminer les effectifs du parti, mais les deux principales motions ont chacune leur interprétation du phénomène.

Le congrès du PS se tiendra du 5 au 7 juin 2015 à Poitiers (Vienne).
Le congrès du PS se tiendra du 5 au 7 juin 2015 à Poitiers (Vienne). ( STEPHANE MAHE / REUTERS)

Combien de personnes vont voter, jeudi 21 mai, pour l'une des quatre motions concurrentes au Parti socialiste ? C'est l'une des inconnues de cette première étape du congrès du parti, qui se tiendra du 5 au 7 juin à Poitiers (Vienne). Si le PS a vu son nombre d'élus chuter après ses défaites électorales successives depuis 2012 (municipales, européennes, départementales, législatives partielles…), sa réserve de militants a également fondu.

A la veille de ce congrès, le PS revendique 131 000 adhérents actifs, c'est-à-dire de militants qui comptent moins de deux ans de retard dans ses cotisations. Un chiffre en baisse de 25% par rapport à la fin 2012. D'autant que seule la moitié de ces adhérents actifs était totalement à jour de cotisation "en début d'année", selon Libération. Au congrès de Toulouse (Haute-Garonne) en octobre 2012, seules 70 000 personnes avaient ainsi pris part au vote, sur un total de 170 000 adhérents actifs.

Militant PS, une étiquette devenue lourde à porter

Cette hémorragie donne des armes aux députés frondeurs, qui ne cessent de réclamer un changement de cap économique du parti et du gouvernement. "Il y a des adhérents qui sont fatigués du double langage, d'entendre des responsables dire des choses pendant la campagne, puis s'exonérer de ces engagements quand on est au pouvoir", lâche Barbara Romagnan, députée du Doubs, interrogée par francetv info. Pour elle, être militant PS serait devenu une étiquette lourde à porter : "Soit on se moque d’eux, soit on les critique." Autre frondeur, son camarade Laurent Baumel assure avoir constaté qu'un certain nombre de militants "ont arrêté de venir" aux réunions qui leur étaient dédiées. Le député d'Indre-et-Loire appelle à retrouver une politique "qui corresponde aux valeurs pour lesquelles ces personnes ont adhéré".

"Nous sommes trop dans l'entre-soi, reconnaît lui-même le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, jeudi dans Le Parisien. Nous sommes coupés des préoccupations quotidiennes des Français. Il faut que les militants socialistes se tournent vers les Français, et arrêter de se regarder le nombril." 

Secrétaire général de l'Office universitaire de recherche socialiste (Ours) et spécialiste de l'histoire du PS, Denis Lefebvre relativise malgré tout cette hémorragie de militants. "Il est très difficile de compter les adhérents à un instant 'T'." Lui-même constate dans sa section du PS qu'une grande partie des militants compte "venir demain avec son carnet de chèques", pour renouveler sa cotisation au moment du vote. Ce qui est toujours possible pour les quelque 29 000 adhérents qui n'ont pas payé ces deux dernières années, et ont donc disparu des listes. Le congrès pourrait donc être l'occasion de voir remonter sensiblement les effectifs.

La participation, "résultat le plus important du congrès"

Denis Lefebvre constate surtout que ce recul du militantisme est classique quand la gauche arrive au pouvoir. "Le monde réel et les difficultés économiques s’imposent, et certains sont déçus, ce n'est pas ce qu'ils imaginaient", analyse-t-il. Si l'ex-porte-parole du PS, Eduardo Rihan-Cypel dresse un constat similaire, il n'est pas inquiet pour autant : "Quand ça va bien, on a plein de militants ; quand ça va mal, on en a moins. On a une situation d’adhérents qui correspond aux difficultés que l'on rencontre." Le député de Seine-et-Marne, signataire de la motion de Jean-Christophe Cambadélis, estime au passage que ce sont les frondeurs qui sont à l'origine du malaise des militants : "Il faut leur donner envie d'aller au combat. Les militants n'aiment pas les divisions."

Les deux camps s'accordent sur un point : la participation au vote sur les motions permettra d'y voir plus clair. "Serein", Eduardo Rihan-Cypel table sur environ "70 000 votants", mais pense aussi que le scrutin permettra de mesurer l'ampleur du travail à effectuer pour remobiliser les troupes.

Laurent Baumel va plus loin : pour lui, la participation sera "le résultat le plus important de ce congrès". Signataire de la motion B, celle des frondeurs, le député estime que les militants qui ne voteront pas exprimeront clairement "leur désaccord" avec la ligne du parti. Après tout, "quand l'abstention est élevée pour des élections, on y voit un phénomène de défiance envers le système politique", juge-t-il.