Congrès du PS : à Lille, les militants se divisent en plein vote

Appelés à se prononcer pour l'une des quatre motions censées régir la ligne politique du parti pour les deux prochaines années, les adhérents socialistes ont bataillé autour de la motion A, soutenant le gouvernement, et la B, celle des frondeurs. 

Un militant PS s\'empare d\'un bulletin, le 21 mai 2015, dans un bureau de Lille (Nord) lors du vote sur les motions. 
Un militant PS s'empare d'un bulletin, le 21 mai 2015, dans un bureau de Lille (Nord) lors du vote sur les motions.  (DENIS CHARLET / AFP)

Influencer de l'intérieur. C'est ce qu'ont choisi les militants PS, appelés aux urnes, jeudi 21 mai, pour décider de l'orientation politique de leur parti jusqu'en 2017, en vue du congrès de Poitiers (Vienne), qui se tiendra du 5 au 7 juin. Selon les premières estimations, la motion A, emmenée par Jean-Christophe Cambadélis, l'actuel Premier secrétaire du parti, s'assure la majorité absolue en récoltant plus de 60% des voix. Une victoire rassurante pour les instances dirigeantes, qui redoutaient le score de la motion B, rassemblant les frondeurs et l'aile gauche du PS.

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A 17 heures, dans la section PS de Hellemmes (Nord), tout près de Lille, certains militants ne cachaient toutefois pas leur "déception" au moment de glisser leur bulletin dans l'urne. "Il y avait beaucoup d'attente. Et finalement, trois ans après, le chômage est encore présent. Les réformes ne vont pas assez vite", soupirent, amers, Samir et Adnan, militants au parti depuis vingt ans.

Tous deux ont pourtant voté pour la motion A, censée soutenir le gouvernement qu'ils critiquent. "Nous l'avons choisie car nous avons de l'espoir. C'est une façon de dire aux cadres : 'D'accord, on roule pour vous, mais écoutez-nous aussi !'", détaille Adnan, directeur d'association dans la ville. "Mais à la fin, si on n'est pas écouté, il y aura un rejet total", embraye aussitôt Samir.

"On ne va pas faire la révolution maintenant !"

Si certains sont sur la brèche, d'autres se montrent beaucoup plus fermes, révélant les divisions au sein du parti. Dans la section du Vieux-Lille, celle où est encartée Martine Aubry, Jules, 20 ans, continue de débattre avec les autres membres du bureau de vote. Lui défend la motion des frondeurs. "Tout ce qui est fait, ce n'est pas dans un sens social ou pour changer la vie des gens en mieux. C'est une logique d'austérité, qui ne respecte pas les engagements de François Hollande pendant la campagne", déplore l'étudiant, qui a adhéré au PS juste après la victoire de 2012. 

Face à lui, les "anciens" militants, au PS depuis près de vingt ans, fustigent ces propos. "Il y a des gens qui n'ont pas compris qu'il fallait se rassembler pour que les choses s'améliorent et qu'on retrouve nos valeurs, s'agace Fatiha, petite brune dynamique. Il faut vivre avec son temps, on ne va pas faire la révolution maintenant ! Cette division ne devrait pas avoir lieu." Dans la section, la conversation tourne souvent à l'aigre. Quand Jules critique Jean-Christophe Cambadélis, qui "n'a même pas été élu", la réponse fuse : "C'est bien pour ça qu'il y a cette élection !"

Un diagnostic partagé par tous

Sur le fond, pourtant, tout le monde semble plus ou moins d'accord. Oui, "il y a des choses qui ne vont pas" au PS. Les griefs ne manquent pas : l'affaire Cahuzac, les "cumulards", l'affaire Agnès Saal réintégrée au ministère de la Culture, les cadres incapables de laisser leur place aux jeunes...

Pour Fatiha et les défenseurs de la motion A, cependant, la solution n'est pas dans l'alternative prônée par les frondeurs, mais dans un combat à mener "de l'intérieur". La militante, banquière, compte pour cela sur Martine Aubry. La maire de Lille, qui n'a jamais caché ses désaccords avec la politique de Hollande, a en effet rallié la motion A de Cambadélis.

Si cette décision a étonné de nombreux militants - certains y voyant une trahison -, elle en a aussi rassuré un grand nombre, plus sensible à "ses convictions" et confiants dans son pouvoir de faire bouger les lignes. Devant une poignée de journalistes, "Martine", comme on l'appelle à la section, justifie son choix surprenant, estimant avoir obtenu ce qu'elle jugeait "nécessaire". Puis se tourne vers les militants, divisés : "Allez, ne vous regardez pas en chien de faïence. On est quand même dans le même parti. Buvez un coup plutôt !"