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Au congrès du PS à Poitiers, une ambiance si "apaisée" qu'on s'ennuierait presque

Après des mois de bisbilles internes, le Parti socialiste a ouvert son congrès de Poitiers en affichant une volonté de rassemblement. En apparence seulement ?

Article rédigé par
Envoyé spécial à Poitiers, - Mathieu Dehlinger
France Télévisions
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Temps de lecture : 3 min.
Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, au congrès du parti, à Poitiers (Vienne), le 5 juin 2015. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Après plus de vingt-cinq ans au sein du Parti socialiste, Benjamin a déjà eu l'occasion de vivre des congrès plus mouvementés. "Je me souviens de Rennes [en 1990]. A l'époque, il fallait sortir les gants de boxe, explique le militant, venu de Seine-Saint-Denis. Cette fois-ci, ça devrait aller." Après des mois de bisbilles internes, les tenues de combat sont, en apparence au moins, restées au placard : c'est dans une ambiance "apaisée" que les socialistes se sont réunis, vendredi 5 juin, en congrès à Poitiers (Vienne).

"Moi, je n'aime pas trop les bagarres"

"Apaisée", au risque de susciter l'ennui, car tout est déjà joué ou presque. Les adhérents socialistes ont déjà tranché la ligne politique du parti, en se prononçant majoritairement, fin mai, en faveur de la motion A portée par Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du parti, et la quasi-totalité du gouvernement, dont Manuel Valls. Le congrès, dont les travaux se poursuivront jusqu'à dimanche, ne fera qu'entériner ces votes.

"Moi je n'aime pas trop les bagarres, donc ça me convient bien, réagit Yveline, de la Vienne. Maintenant, il faut aussi être consensuels, rassembleurs." Contre toute attente, même les partisans des frondeurs et de leur motion B jouent l'apaisement. "J'ai eu des doutes depuis le début du quinquennat, concède l'un d'entre eux, Henzo, militant MJS du Languedoc-Roussillon. Le succès, on verra à la fin si tout se passe comme François Hollande l'a dit. Mais là, bien sûr qu'on va se rassembler, il le faut : on n'a aucun intérêt à faire monter le FN ou à revivre les années Sarkozy."

Les frondeurs n'ont pas tout à fait dit leur dernier mot

Officiellement, pour le camp majoritaire, la partie est donc déjà jouée. "C'est un congrès qui s'est bien passé, claironne Carlos Da Silva, le porte-parole du parti. Les adhérents socialistes ont voulu une orientation claire, avec une majorité stable." Qu'importe si le scrutin a donné lieu à une faible participation, ce proche de Manuel Valls en appelle désormais à la "responsabilité" des frondeurs.

On peut comprendre les déceptions personnelles, mais elles ne doivent en aucun cas alimenter les divisions collectives.

Carlos Da Silva

 

Reste une carte à jouer lors de ce congrès pour Christian Paul, le leader de la motion B, et ses alliés. En attendant de "forger un courant d'idées", "une prochaine gauche" au sein du PS, le député de la Nièvre espère bien peser sur "l'adresse au peuple de France", un texte que Jean-Christophe Cambadélis souhaite faire adopter dimanche. "Nous serions au désespoir de ne pas pouvoir en être les signataires", si "la rédaction est paresseuse ou trop générale", prévient-il. Comprendre "pas assez à gauche", décrypte Marie-Noëlle Lienemann : "Il ne faut pas d'un congrès pour rien", martèle la sénatrice.

"Le PS est un parti de débats"

Au-delà de l'apparent rassemblement, les socialistes sont donc encore loin d'être d'accord sur tout. Loin s'en faut. Pour s'en convaincre, il faut tendre l'oreille à la buvette, où les conversations sont moins policées, comme en témoigne cette discussion entre deux participants du congrès :

- "Quand on a une politique qui ne donne plus envie, qu'est-ce que tu veux faire ? On ne peut pas demander à des gens d'adhérer à quelque chose qui n'est plus intéressant.
- J'ai déjà dû gérer une entreprise en dépôt de bilan. Je crois que c'est ce qu'a pu endurer le gouvernement en arrivant.
- Tu rigoles ? Ils ont aggravé la situation."

Face aux risques de nouvelles querelles internes, Carlos Da Silva philosophe : "Le PS est un parti de débats, le jour où les socialistes arrêteront de débattre entre eux, ils ne seront plus socialistes."

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