PS : "Harlem Désir n'est pas désavoué, mais…"

La motion défendue par le candidat de Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry a obtenu 68% des voix des militants socialistes. Moins que prévu… L'analyse du politologue Rémi Lefebvre.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS par intérim, donne une conférence de presse, le 11 octobre 2012, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
Harlem Désir, premier secrétaire du PS par intérim, donne une conférence de presse, le 11 octobre 2012, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

POLITIQUE - Les militants socialistes ont accordé, jeudi 11 octobre, une victoire relativement large à la motion présentée par Harlem Désir, premier secrétaire du PS par intérim. Le texte a recueilli 68,3% des voix (résultats quasi définitifs). Mais en coulisses, les ténors espéraient 75 ou 80%. Derrière Désir, l'aile gauche du PS atteint 13,4% et la motion emmenée par Stéphane Hessel 11,8% – une vraie surprise. Rémi Lefebvre, professeur en science politique à l'université de Reims et spécialiste du PS, décrypte le résultat pour FTVi. 

FTVi : Les militants ont placé la motion d'Harlem Désir en tête avec 68,3%. C'est beaucoup moins que prévu…

Rémi Lefebvre : Oui, c'est un mauvais score pour un candidat qui a reçu le soutien de la quasi-totalité de responsables socialistes, même s'il avait quatre motions en face de lui. Harlem Désir n'est pas désavoué, mais on pouvait attendre mieux, face à ce qu'on peut qualifier de "petites motions" portées par des personnalités nettement moins connues que lui. Excepté Stéphane Hessel, qui obtient 11,8% des suffrages, mais dont les militants ont peut-être découvert l'appartenance au PS au moment de voter. C'est surprenant que la gauche du parti, emmenée par Emmanuel Maurel, dépasse 13% des voix.

Comment expliquer ce résultat ?

Beaucoup de maladresses ont été commises. Le fait que Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry proposent d'une même voix Harlem Désir a court-circuité le scrutin. De plus, la démission de Martine Aubry est intervenue très tôt, peut-être trop. Ensuite, on a commencé à entendre que Désir avait déjà constitué son cabinet. Les militants ont pu se sentir dépossédés de leur voix. A leurs yeux, cela ressemble plus à une cooptation qu'à une élection.

Qu'est-ce que ce résultat va changer au bureau du Parti socialiste ?

Ça dépendra de l'élection nominale du 18 octobre. Emmanuel Maurel a confirmé qu'il se présentait face à Harlem Désir au poste de premier secrétaire. Il sera intéressant de voir son score. Mais ce premier résultat ne va pas profondément modifier le cours des choses. Les autres motions ont intérêt à se rassembler derrière Harlem Désir, d'autant plus que le Congrès de Toulouse, dix jours plus tard, sera une grosse opération de communication extérieure où le parti a intérêt à s'afficher uni.

Et pour Jean-Marc Ayrault et son gouvernement, est-ce un coup dur ?

Non, ce n'est pas une épreuve difficile. S'il s'attendait à composer avec un parti docile, il sera embêté, c'est certain. Il l'a déjà été d'ailleurs. Mais en réalité, ce n'est peut-être pas plus mal de ne pas avoir un parti godillot. Cet équilibre, c'est toute la difficulté pour les partis qui arrivent au pouvoir.