"Sécurité globale" : "On veut affaiblir la capacité des citoyens à surveiller l'État et ses agents", dénonce une politologue

Des manifestations ont lieu samedi en France contre la proposition de loi sur la "sécurité globale". Les opposants au texte demandent toujours le retrait de plusieurs dispositions, notamment l'article 24.

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Radio France
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Une manifestante brandit une pancarte lors de la mobilisation contre la proposition de loi sur la "sécurité globale" à Metz, le 5 décembre 2020. Photo d'illustration. (NICOLAS BILLIAUX / HANS LUCAS)

"On veut affaiblir la capacité des citoyens à surveiller l'État, ses agents et leurs agissements", a dénoncé Vanessa Codaccioni, invitée samedi 16 janvier de franceinfo, historienne et politologue, maître de conférences en science politique à l’Université Paris 8, spécialiste de la justice pénale et de la répression. Plusieurs rassemblements ont lieu samedi après-midi notamment à Paris, Lyon, Nantes, Laval ou Rouen "pour le droit à l'information, contre les violences policières, pour la liberté de manifester et contre la surveillance de masse".

Des manifestations à l'appel de la coordination d'associations et de syndicats mobilisés contre la proposition de loi sur la "sécurité globale". Les opposants au texte, qui doit être examiné en mars au Sénat, demande toujours le retrait de plusieurs dispositions, à commencer par l'article 24, qui pénalise la diffusion malveillante d'images des policiers.

franceinfo : Emmanuel Macron a parlé de "société de vigilance", qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Vanessa Codaccioni : Une société dans laquelle priment les questions de sécurité, les demandes de répression. Une société dans laquelle on assiste à une double surveillance : la surveillance massive de l'État contre la population et ce qu'on appelle la surveillance mutuelle, latérale ou horizontale. Quand les citoyens se surveillent eux-mêmes, c’est extrêmement dangereux parce que ça veut dire que l'autre devient une source de potentielle danger, de menace et de risque. C’est le problème d’un gouvernement par la peur. Ça donne lieu à des dénonciations malveillantes. Et puis ça nous isole et nous enferme.

Pourtant quand on est témoin d’un acte, d’un danger, on prévient la police ?

Il y a une grande différence entre sauver quelqu'un qui est en danger, protéger d’une agression, d’une attaque ou d’une violence, et répondre aux appels du gouvernement qui voudrait qu'on signale à tout-va des individus ou des comportements suspects. Emmanuel Macron nous a appelé à surveiller les petites déviations à l'école, dans les services publics ou dans les transports en commun. En réalité, on veut que nous nous surveillions continuellement, même dans notre cercle familial ou amical. C’est ça le danger.

Cette proposition de loi sur la "sécurité globale" discutée au Parlement est une menace ?

On va augmenter la surveillance de l'État contre la population, l'usage des caméras piétons et l’usage des drones. On veut affaiblir la capacité des citoyens à surveiller l'État, ses agents et leurs agissements. C'est le cas de l'article 24 qui punit la diffusion dite malveillante d'images des forces de l'ordre. Donc on affaiblit le contrôle citoyen du pouvoir. Avec cette loi on peut penser que tout le monde est une cible. Ce sont les manifestants qui sont ciblés en priorité, comme le montrent aussi les décrets pris par Gérald Darmanin il y a quelques semaines et qui visent à ficher les opinions politiques et les opinions syndicales des individus.

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