Propos de Valls sur les Roms : le Mrap saisait la Cour de justice de la République

Le 17 septembre, le ministre de l'Intérieur avait évoqué leurs "modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation". 

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, lors de l\'inauguration de l\'exposition \"Cent ans de la police judiciaire à Paris\", le 8 novembre 2013 au Champ de Mars, à Paris.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, lors de l'inauguration de l'exposition "Cent ans de la police judiciaire à Paris", le 8 novembre 2013 au Champ de Mars, à Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

L'association avait menacé de le faire, c'est désormais acté. Le Mrap a déposé plainte, mardi 12 novembre, pour "provocation à la haine raciale" contre le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, à la suite de ses propos controversés sur les Roms. L'organisation antiraciste engage pour la première fois de son histoire des poursuites contre un ministre de gauche. La plainte a été déposée auprès de la Cour de justice de la République (CJR), seule habilitée à juger les membres du gouvernement pour des actions dans le cadre de leurs fonctions.

Le Mrap reproche à Manuel Valls des propos sur les Roms tenus le 17 septembre. Il avait attribué à cette minorité des "modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation". Ces déclarations avaient suscité un fort émoi au sein du PS et du gouvernement. Le geste du Mrap pourrait néanmoins être essentiellement symbolique car la plainte a peu de chance d'être retenue et d'autres associations antiracistes ont refusé de s'y associer. 

"C'est intolérable de la part d'un ministre"

"On a l'habitude de ces charges du côté du FN mais nous assistons avec beaucoup d'inquiétude à une contamination dans toute la classe politique", a déclaré le coprésident et avocat du Mrap, Pierre Mairat. "Le monde politique s'est emparé de ses petites phrases assassines. C'est intolérable de la part d'un ministre en responsabilité", a-t-il ajouté, en accusant Manuel Valls d'avoir contribué "au sentiment de rejet (...) de toute une population, petits, grands, bébés et adultes" confondus.

Le Mrap, qui n'avait jamais poursuivi de ministre socialiste auparavant, a réuni il y a plus d'un mois son conseil national pour discuter de cette action finalement approuvée à l'unanimité. "Nous voulions un Mrap fidèle à ses valeurs, sans aucun calcul politicien, a déclaré Pierre Mairat. Nous ne sommes inféodés à aucun parti politique." Le Mrap avait déjà engagé en 2011 une procédure devant la CJR contre le ministre de l'Intérieur de l'époque, Claude Guéant, qui avait lié l'immigration comorienne à Marseille aux violences dans la ville. Sa plainte n'avait pas été retenue.