Cet article date de plus de six ans.

Primaire à droite : comment les candidats financent-ils leur campagne ?

Le parti Les Républicains fait appel à ses donateurs aujourd'hui. Une récolte d'argent dans la perspective de la prochaine primaire. Les candidats, eux, n'ont pas attendu pour lever des fonds. Enquête signée Yannick Falt pour France Info.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
  (L'entrée du siège du parti Les Républicains à Paris  © MaxPPP)

Dans toute élection, l'argent, c'est le nerf de la guerre. D'autant que pour la primaire, il n'y a ni aide de l'Etat ni aide du parti contrairement au Parti Socialiste en 2011. C'était 50.000 euros par candidat. A droite, chacun doit donc se débrouiller. C'est "Qui veut gagner des millions". Et pas facile après l'affaire Bygmalion, notamment quand on n'est pas favori. "On a subi une succession de scandales plus ou moins liés à l'argent; donc il y a naturellement une défiance qui est plus grande qu'avant" explique Béatrice Furon, chargée de la collecte de fonds pour Nathalie Kosciusko-Morizet. Autre tracas pour les candidats nombreux ;  "Le gâteau est toujours à peu près de la même taille mais on est obligés de diviser les choses et il y a une concurrence sur la manière de récupérer des fonds" souligne Béatrice Furon. 

Une concurrence d'autant plus forte qu'il y a déjà suffisament de candidats pour monter une équipe de foot. Et alors que les campagnes coûtent cher, très cher même, il faut payer la location des QG; 12.000 euros par mois, par exemple, pour Bruno Le Maire, quelques salariés, des déplacements, le matériel de campagne -tracts, affiches, produits dérivés. Bruno Le Maire dépense chaque mois 100.000 euros. Une campagne beaucoup plus chère qu'au parti socialiste en 2011, car celle de François Hollande avait coûté 400.000 euros en étant notablement raccourcie pour cause d'affaire DSK. Pour cette campagne primaire Les Républicains, Nathalie Kosciusko Morizet veut plus d'argent : 500 à 700.000 euros. Bien moins que Bruno Le Maire ou François Fillon qui tablent sur 2 millions. Encore moins qu'Alain Juppé, le favori des sondages dont l'objectif est de collecter 3 millions d'euros.  

Comment récolter cet argent ?

 

Pour récolter de l'argent, il y  a les petits dons -internet, courriers, mails, tracts- quelques dizaines, voire quelques centaines d'euros. Et là, c'est la guerre des fichiers. Il faut démarcher les adhérents des micro-partis créés par les candidats, les relancer lorsqu'il ont déjà donné. Certains louent même des fichiers à des entreprises spécialisées pour agrandir leur terrain de chasse. Et puis il y a les gros dons dans la limite de la loi : 7500 euros maximum. Là, c'est une rencontre physique avec de riches donateurs, notamment des chefs d'entreprise ; déjeuners, cocktails dîners. C'est souvent le candidat lui-même qui s'y colle. Autant de techniques venues d'outre-Atlantique. "Moi ça fait 30 ans que je fais des campagnes électorales, c'est des méthodes que je pratique depuis longtemps, (...) Elles sont maintenant bien usitées en France" indique Jérôme Grand d'Esnons qui dirige la campagne de Bruno Le Maire. Aux Etats-Unis, on appelle cette technique le fund-raising. Et, il y a quelques années, le RPR ( ancien nom di parti les Républicains) avait d'ailleurs envoyé là-bas deux émissaires pour s'initier à la technique.

Un dîner à 100.000 euros pour Alain Juppé 

 Ces dîners, ça rapporte gros aux candidats à la primaire. Très gros même. 30.000 euros en moyenne chez François Fillon, 50.000 euros pour Alain Juppé. Le maire de Bordeaux qui détient le record : un dîner à 100.000 euros peu de temps après sa déclaration de candidature. Et puis les candidats vont aussi chercher l'argent là où il se trouve. Chez les expatriés, au fort pouvoir d'achat. Et là, Londres fait office d'étape obligée avec plus de 200.000 Français.  

Pour récolter de l'argent, il faut aussi innover. Trouver des modes de collecte 2.0. Une technique testée chez Alain Juppé avec des publicités sur Facebook. "Vous achetez de l'espace, une image un titre, en l'occurence une photo d'Alain Juppé appelant à son soutien financier  précise Marie Guevenoux, aux commandes du Juppéthon, et puis si vous êtes intéressés, vous cliquez sur l'image et vous basculez sur une plate-forme de dons en ligne et puis vous pouvez concrétiser votre volonté de nous aider"    Avantage de la technique, c'est que l'algorithme de Facebook permet de cibler très précisément les donateurs potentiels.  Pour bien cibler leurs soutiens financiers, les candidats misent aussi sur le fond. Nathalie Kosciusko-Morizet a été secrétaire d'Etat à l'économie numérique. Elle vise, en priorité, les trentenaires et quadra dans les start-up. François Fillon à l'image du plus libéral, cible les chefs d'entreprise. Arnaud de Montlaur, chargé de la collecte de fonds de François Fillon explique : "Le point majeur de François Fillon c'est son programme qui est très abouti par rapport aux autres candidats et les personnes qui peuvent devenir des aides importantes sont des personnes qui lisent vraiment les programmes, qui vont au fond des choses et ces personnes sont beaucoup plus tentées par François Fillon."   

Nicolas Sarkozy pas encore candidat mais déjà à la recherche de fonds 

De son côté, Nicolas Sarkozy n'est pas encore candidat, mais il collecte des fonds. Pas lui directement, mais ses équipes. Une personne est salariée et plus de 1.000 bénévoles ont déjà été recrutés pour le jour J. Aucun chiffre n'est communiqué sur les dons déjà obtenus mais la création de l'association de financement de son micro-parti a été actée au Journal Officiel en février dernier. 

L'argent des primaires, un reportage signé Yannick Falt pour France Info
écouter

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Politique

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.