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Pourquoi Gaston Flosse peut revenir à la tête de la Polynésie française

Cerné par les affaires, l'ancien président de cette collectivité d'outre-mer des antipodes est âgé de 82 ans. Il est pourtant le favori des élections des 21 avril et 5 mai.

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Gaston Flosse, le 22 novembre 2012 à Pirae (Tahiti, Polynésie française). (GREGORY BOISSY / AFP)

Ses démêlés judiciaires et son grand âge ne changent rien. A 82 ans, l'ancien président de la Polynésie française, Gaston Flosse, est bien parti pour retrouver son siège, perdu en 2004 après treize ans de règne sans partage sur cette collectivité française d'outre-mer. La liste menée par le sénateur (UDI, centre-droit), l'une des neuf en compétition, part favorite pour les élections territoriales des 21 avril et 5 mai.

Son parti, le Tahoeraa Huiraatira, a rassemblé entre 8 000 et 10 000 manifestants le 23 mars à Papeete, contre 2 500 pour l'Union pour la démocratie de son rival Oscar Temaru, le 9 mars, également dans la capitale polynésienne. Et les trois candidats de Gaston Flosse ont remporté les législatives de juin 2012.

Comment expliquer ce retour en force de l'un des hommes politiques les plus poursuivis de la Ve République ? Eléments de réponse.

Parce qu'il joue la montre sur le terrain judiciaire

Malgré la mise en place en Polynésie française, entre 1991 et 2004, d'un véritable système clientéliste, Gaston Flosse a longtemps été le protégé de Jacques Chirac. Ce dernier ne pouvait rien refuser à celui qui fut son secrétaire d'Etat au Pacifique Sud entre 1986 et 1988. Le Polynésien est l'homme qui a permis au président français de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique en 1995, malgré l'opposition de la population.

Les ennuis judiciaires de "Papa Flosse" (un de ses surnoms locaux) s'accélèrent avec l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Comme le raconte Le Monde (article payant), le nouveau chef de l'Etat ne porte pas dans son cœur le chiraquien Flosse : ce dernier est notamment coupable d'avoir colporté le fait que Nicolas Sarkozy, de passage à Tahiti lorsqu'il était ministre, a préféré rester sur la plage plutôt que de se baigner, en raison de la présence dans l'eau d'inoffensifs requins pointes noires. Une fois Sarkozy au pouvoir, un nouveau procureur est dépêché dans l'île et Gaston Flosse passe par la case prison, avec 43 jours de détention provisoire en 2009.

Jacques Chirac et Gaston Flosse (à droite), en octobre 1985, à Tahiti. (PINSON CHRISTIAN/SIPA)

Les peines tombent début 2013. En janvier, il est condamné à cinq ans de prison ferme, 83 800 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité pour trafic d'influence actif et corruption passive. Trois semaines plus tard, il écope de quatre ans de prison avec sursis, 125 000 euros d'amende et trois ans d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics. Qu'importe, le "vieux lion" fait appel dans la première affaire et se pourvoit en cassation dans la seconde, le temps de remporter l'élection. Menacé à tout moment d'une peine d'inéligibilité, il prépare quand même sa succession. Son ex-gendre, le député Edouard Fritch, devrait prendre sa relève politique.

Parce que sa popularité est intacte

Les déboires judiciaires de Gaston Flosse n'ont pas entamé sa cote de popularité dans les archipels polynésiens. "Il y a ici un rapport affectif fort avec les leaders politiques, décrypte Sémir Al-Wardi, politologue à l'université de la Polynésie française, interrogé par l'AFP. De plus, la justice est popa'a (blanche) et le droit est français, les condamnations n'ont pas le même retentissement" dans la population, majoritairement d'origine polynésienne.

Ce tribun charismatique, qui connaît tout le monde, bénéficie en creux des échecs du président sortant, Oscar Temaru, à nouveau candidat. Sous le règne de Flosse, "il n'y avait pas la crise, les transferts de l'Etat étaient très importants [après l'arrêt des essais nucléaires] et Flosse a redistribué, certes, sous forme de clientélisme, mais ça l'a rendu populaire", explique Sémir Al-Wardi. Aujourd'hui, la collectivité du Pacifique, qui compte 280 000 habitants, est en crise. Selon une étude de l'Institut de la statistique en Polynésie française (ISPF) datant de la fin 2009, le PIB par habitant (17 512 euros, moitié moins qu'en métropole) a chuté de 10% en sept ans.

Une anecdote, rapportée sur le blog de Yann Thompson [aujourd'hui journaliste à francetv info], résume bien l'attachement de certains Polynésiens à leur ancien président. En décembre 2009, quelques jours après la libération de Gaston Flosse, une conductrice de taxi lui raconte comment elle a failli expulser de son véhicule deux journalistes de RFO. Ces derniers avaient eu la mauvaise idée de critiquer le "Vieux lion" devant elle. Ils ont finalement pu rester à bord, avec la promesse de se taire.

Oscar Temaru (à gauche) et Gaston Flosse (à droite), le 29 février 2008, à Papeete (Tahiti, Polynésie française). (GREGORY BOISSY / AFP)

Parce que l'Elysée ne fait pas campagne contre lui

Dans la République exemplaire promise par François Hollande pendant la campagne électorale, le retour de Gaston Flosse à la tête de la Polynésie française ferait désordre. Père fondateur du Rassemblement pour la République (RPR), le sénateur UDI (centre-droit) a en outre toujours été proche de la droite métropolitaine. A l'inverse, son rival, le président sortant Oscar Temaru, est à la tête d'un parti affilié au Parti socialiste. 

Pourtant, l'exécutif a paradoxalement intérêt à ce que Gaston Flosse l'emporte contre Oscar Temaru. Dans les îles polynésiennes, le clivage gauche-droite a peu d'importance. L'échiquier politique est divisé entre les autonomistes, qui souhaitent que l'archipel reste dans la République française, et les indépendantistes. Gaston Flosse est le chef de file des premiers, Oscar Temaru des seconds. 

Reçu à l'Elysée en juin 2012, Oscar Temaru s'est depuis attiré les foudres de l'exécutif en demandant, début 2013, la réinscription de la Polynésie française sur la liste des pays à décoloniser. Une initiative que le dauphin de Flosse a promis d'enterrer, comme le rapporte Le Monde. Conséquence : officiellement, le gouvernement français ne soutient aucun candidat.

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