Porc à la cantine : Sarkozy vivement critiqué par de nombreux ténors de l'UMP

Le patron du parti s'est dit, mardi, opposé aux menus de substitution dans les cantines scolaires. Une prise de position qui ne plaît pas à tout le monde dans son camp.

Nicolas Sarkozy lors d\'un meeting de soutien aux candidats de l\'UMP, à Palaiseau (Essonne), le 20 mars 2015.
Nicolas Sarkozy lors d'un meeting de soutien aux candidats de l'UMP, à Palaiseau (Essonne), le 20 mars 2015. (THOMAS SAMSON / AFP)

Pas de repas de substitution pour les enfants musulmans lorsqu'il y a du porc à la cantine. A quelques jours du premier tour des élections départementales, Nicolas Sarkozy a voulu donner l'image d'un fervent défenseur de la laïcité. Le président de l'UMP a soutenu, mardi 17 mars, sur TF1, la décision du maire UMP de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Gilles Platret, de supprimer les menus de substitution dans les cantines scolaires, au nom du "principe de laïcité". Un nouveau virage à droite en pleine campagne électorale, qui passe mal auprès de plusieurs ténors du parti.

Estrosi : "Je ne veux pas imposer à des enfants de consommer du porc"

Le député-maire de Nice, Christian Estrosi, a exprimé son désaccord avec la prise de position de Nicolas Sarkozy, vendredi 20 mars, sur Public Sénat"Je ne veux pas entendre parler, ni de halal, ni de casher bien évidemment (...) mais quand on est issu d'une famille où l'éducation fait qu'on ne mange pas de porc, je ne veux pas imposer à des enfants de consommer du porc."

Le député-maire a également évoqué ses valeurs chrétiennes et son respect pour "l'éducation qui est donnée à la maison". "Voilà pourquoi nous faisons des menus différenciés.(...) Je suis issu d'une famille chrétienne. Le vendredi, nous mangions du poisson, c'était la règle et aujourd'hui, je veux qu'on continue à respecter cette règle, c'est ce que j'impose dans ma ville", a-t-il affirmé.

Dati : "C'est un non-sujet, propre à diviser les Français"

L'ex-ministre Rachida Dati s'est elle aussi fermement opposée à Nicolas Sarkozy, vendredi 20 mars, sur France 2. Pour l'eurodéputée UMP, supprimer les repas de substitution au porc dans les cantines des écoles est un "non-sujet", propre à "diviser les Français".

"Ce qu'on qualifie de repas de substitution, ce ne sont pas des repas halal ou cacher. Ça n'existe pas, aucune école publique française n'en sert", a-t-elle insisté, jugeant que cette polémique "n'a pas lieu d'être [et] n'est pas du niveau d'une campagne nationale et d'un pays comme la France".

FRANCE 2

Guaino : "On vit dans un climat d'hystérie terrifiant" 

Ancienne plume et conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino a exprimé son "désaccord total" avec l'ancien chef de l'Etat sur le sujet. Invité de France Inter, jeudi 19 mars, celui qui est aujourd'hui député UMP des Yvelines a estimé que l'on ne peut pas priver de déjeuner des "enfants qui, à cause des interdits que leur famille leur ont inculqués, ne peuvent pas manger le menu qui leur est proposé".

Henri Guaino a ensuite porté un jugement sévère sur la prise de position du président de l'UMP : "On vit dans un climat d’hystérie terrifiant, tout le monde a le devoir d’apaiser et de faire très attention aux emballements électoralistes."

Apparu : "Les repas de substitution ne portent pas atteinte à la laïcité"

Interviewé par francetv info, l'ancien ministre Benoist Apparu a lui aussi pris ses distances, jeudi, avec Nicolas Sarkozy, jugeant que "les repas de substitution ne portent pas atteinte à la laïcité." "Ce n’est pas du tout la même chose que lorsqu’on veut imposer de la nourriture casher ou halal," a ajouté le député UMP de la Marne.

Proche d'Alain Juppé, Benoist Apparu s'est dit "surpris que cette polémique apparaisse maintenant". Pour lui, "il aurait mieux valu attendre que les élections aient eu lieu".

Le Maire : "Offrir à nos enfants la liberté de choix"

Dans un dialogue sur Twitter avec des internautes, le député et ancien ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire s'est également prononcé, vendredi, contre la suppression des menus de substitution.

Jacob  : "Je continuerai à proposer un menu alternatif"

Même le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, pourtant proche de Nicolas Sarkozy, a exprimé son désaccord. Interrogé sur LCP, le maire de Provins (Seine-et-Marne) a affirmé que sa municipalité continuerait de distribuer un "menu alternatif" dans les cantines.

"Quand on sert du porc, il y a également du blanc de poulet, et c'est une décision municipale qui a toujours été prise par notre municipalité, et que je ne remettrai pas en question", a-t-il insisté.

Goasguen : "Une vision laïque intégriste"

Invité sur i-Télé, mercredi, le député UMP et maire du 16e arrondissement de Paris, Claude Goasguen, a lui aussi pris ses distances avec l'ancien président : "Est-ce que ce sont vraiment des sujets d’actualité ? (...) Ce n’est pas la peine de remettre un peu de vinaigre, ni d’acide sulfurique."

Et Claude Goasguen de marteler que cette vision de la laïcité ne correspond pas à ses valeurs : "C’est une vision laïque intégriste qui n’est pas la mienne."