"Les réseaux sociaux entraînent beaucoup de choses" : au tribunal de Bobigny, les prévenus plaident la "naïveté" après des expéditions punitives contre des Roms

Une fausse information accusant des Roms d'avoir enlevé des enfants pour alimenter un trafic d'organes a déclenché plusieurs expéditions punitives. Huit jeunes étaient devant le tribunal correctionnel de Bobigny, jeudi soir, en comparution immédiate.

Le tribunal de grande instance de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, le 27 mars 2019.
Le tribunal de grande instance de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, le 27 mars 2019. (SUZANNE SHOJAEI / FRANCE-BLEU PARIS)

Dans la salle d'audience du tribunal de Bobigny, dans la soirée du jeudi 28 mars, huit jeunes comparaissent. Âgés de 19 à 27 ans, ils sont présentés au juge après plusieurs expéditions punitives menées en début de semaine contre des personnes de la communauté rom dans deux campements de cette commune de Seine-Saint-Denis. À l'origine se trouve une rumeur affirmant que des Roms avaient kidnappé des enfants dans des camionnettes pour les prostituer ou leur prélever des organes.

Je suis quelqu'un d'ordinaire. J'ai cru bêtement la rumeur de Snapchat et Facebook.Un prévenulors de l'audience

Les prévenus ont tous un cadre familial stable. Il y a un gérant de magasin de sport, un manager de sandwicherie ou encore un étudiant. Tous ont des casiers judiciaires vierges ou très minces. L'examen de leur personnalité laisse déjà deviner leur défense. Ils plaident la "naïveté" et la "bêtise". Ils déclarent avoir été galvanisés par une rumeur sur les réseaux sociaux. "C'est le policier lors de la garde à vue qui m'a dit que c'était des fake news, qu'il n'y avait pas eu d'enlèvements par des Roms", explique un prévenu depuis le box des accusés.

Sarah est la compagne d'un autre prévenu. Elle est venue au tribunal avec leur bébé âgé de trois mois. Au départ, elle aussi "y a un peu cru". "Étant donné que je suis maman, c'est plus de la peur qu'autre chose en voyant certaines familles qui disent que ses propres enfants ont failli être enlevé, explique-t-elle. "Vous voyez les réseaux sociaux ça entraîne beaucoup de chose", lâche Sarah.

Une rumeur tenace

Pourtant, la jeune femme est encore "mitigée" devant cette information. "Je ne sais pas d'où vient l'info. Je pense que c'est faux vu qu'il n'y a eu aucune plainte de parents. À partir du moment où il n'y a eu aucune plainte, c'est qu'il n'y a pas eu d'enlèvement, déclare la jeune maman. Mais de toute façon quoi qu'il se passe, on ne peut pas viser toute une communauté, donc il aurait dû réfléchir et pas aller jusqu'au bout."

Les prévenus se sont montés le bourrichon, mais c'était sur fond de racisme dénonce le procureur avant que l'audience ne soit renvoyée au 31 mai. Il rappelle aussi que d'autres agressions ont eu lieu depuis lundi à cause de cette rumeur. En attendant, de nombreuses familles roms avec enfants vivent apeurées. Certaines ont même déserté leur campement par crainte de nouvelles expéditions punitives. L'association La voix des Roms, qui lutte pour l'égalité et la justice, a décidé de se porter partie civile dans ce procès. Pour les prévenus, le placement sous contrôle judiciaire a été prononcé ainsi qu'une interdiction de paraître dans le département.

Le reportage de Mathilde Lemaire, à l'audience.
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