Réunion des dirigeants de gauche : "La fragmentation des intérêts, des leaderships est un grand handicap", pointe un politologue

Pour arriver à s'unir en vue de la présidentielle 2022, la gauche doit "travailler un programme commun" comme dans les années 1970 et "revoir totalement la politique de communication", analyse le chercheur Olivier Rouquan.

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L'appel à l'Union des gauches en 2017 n'avait pas été couronné de succès (illustration). (BRUNO LEVESQUE / IP3 PRESS / MAXPPP)

"La fragmentation des intérêts, la fragmentation des leaderships est un grand handicap", affirme samedi 17 avril sur franceinfo Olivier Rouquan, politologue, chercheur associé au CERSA (Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques), alors que se réunissent plusieurs représentants de la gauche à Paris, à l'initiative de l'écologiste Yannick Jadot. Le but de cette réunion est de tenter l'union en vue de l'élection présidentielle de 2022.

franceinfo : Le contexte est-il favorable à la gauche ?

Olivier Rouquan : Je n'irais pas jusque-là, mais sur le papier, au vu du contexte que nous traversons, nous prenons la mesure de la nécessité d'un changement de paradigme, par rapport aux enjeux sanitaires, écologiques. La sortie de crise va mettre au premier plan des questions comme l'emploi, le travail, le chômage. Se reposera aussi la question de l'invention d'une nouvelle protection sociale. Tout ceci est plutôt favorable, sur le papier, à des thématiques de gauche.

"Même si les intentions de vote sont assez faibles, même si les partis sont émiettés, lorsque l'on regarde le sentiment de proximité partisane, la situation des différentes formations de gauche est faible. Mais toutes ensembles, elles pèsent plus aujourd'hui que Les Républicains."

Olivier Rouquan, politologue

à franceinfo

Il faut relativiser par rapport aux autres. La République en marche, sur la sympathie partisane, c'est 11 % aujourd'hui.

L'absence de Jean-Luc Mélenchon fait beaucoup parler, celle du leader communiste Fabien Roussel aussi. Est-ce que ce sont des mouvements de recul dans ce projet d'union ?

Ce qui est un grand handicap, c'est la fragmentation des intérêts, la fragmentation des leaderships et ce jeu qui consiste à penser, pour certains, que 2022 est déjà perdue pour la gauche. C'est jouer le coup d'après. Si c'est cette stratégie qui prévaut, il est évident que ça ne peut pas produire un bon résultat en 2022. Le jeu des egos compte mais il faut bien voir aussi les intérêts qu'il y a derrière. Il y a un autre point qui joue en la défaveur de la préparation à la présidentielle de 2022, c'est un clivage qui divise énormément, et la droite en profite beaucoup : c'est la question du rapport à la laïcité, avec les divisions autour de cette question de "l'islamo-gauchisme".

Dans les grands désaccords, il y a aussi la question du nucléaire. Peut-on créer une union sans être d'accord sur de tels sujets ?

On sait que dans l'opinion, la sécurité et ses enjeux comptent beaucoup, restent très présents dans les esprits. C'est l'intérêt de la démarche engagée : il faut travailler un programme commun, comme dans les années 1970. Il faut essayer de travailler des points comme la laïcité, pour essayer d'arriver à un plus petit dénominateur commun. Ça a été possible dans les années 1970, quand on pense aux divisions à l'époque entre les communistes et les socialistes. C'est peut-être l'objectif premier du type de réunions qui se déroule aujourd'hui.

En 2017, Benoît Hamon, le candidat socialiste, avait tenté de créer l'union, sans y parvenir du tout, alors que c'était peut-être le bon moment ?

Je pense que la présidentielle de 2017 était perdue dans les têtes pour beaucoup à gauche, et on ne pouvait pas attendre une union à l'époque. En plus, le charisme de Benoît Hamon n'était pas au niveau de ce qui est attendu d'une présidentielle. 2017, c'était l'effondrement. Ce qui est problématique, c'est que quatre ans se sont écoulés, et que les forces de gauche ne sont pas en position favorable. Elles n'ont pas su profiter de ce laps de temps, alors que pendant la période, si on y réfléchit, entre les "gilets jaunes", les mobilisations sur les retraites et les lacunes de la gestion de la crise sanitaire, il y avait matière à se faire davantage entendre. Il faut revoir totalement la politique de communication.

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