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S'allier à la majorité ou s'opposer ? Divisés, les députés LR cherchent encore une ligne politique claire à l'Assemblée

Article rédigé par Antoine Comte, Clément Parrot
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Olivier Marleix, président du groupe LR à l'Assemblée, le 26 juillet 2022, lors de l'examen du projet de loi de finances rectificative. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

A l'occasion de l'examen du budget 2023, le groupe Les Républicains se divise en deux camps : les "constructifs" et les conservateurs. Entre des hésitations stratégiques et une absence de discipline, la droite se cherche un avenir, à un mois et demi du vote interne pour désigner un nouveau chef de parti.

"Le 49.3 en arrange vraiment certains dans notre groupe", souffle le député Les Républicains Nicolas Forissier. Et pour cause : cet article de la Constitution, qui donne la possibilité au gouvernement de faire passer un texte sans faire voter les députés, permet aussi aux Républicains de ne pas avoir à se prononcer pour ou contre le budget 2023. "J'ai tendance à dire que le groupe LR devrait s'abstenir sur le budget. Si on veut avoir une culture de gouvernement, il est important d'être responsable, surtout quand on voit dans quel état est le pays", estime Nicolas Forissier. Mais le député de l'Indre ne représente pas la ligne majoritaire au sein de son parti.

"Pour retrouver nos électeurs partis chez Macron, il ne faut pas s'enfermer dans une logique anti-macronnienne pavlovienne primaire."

Nicolas Forissier, député LR

à franceinfo

Au sein du parti Les Républicains, la question n'en finit pas de créer le débat. "Voter le budget, ça voudrait dire valider les options politiques de la majorité. Or, on ne s'y retrouve pas", confie de son côté Annie Genevard, présidente par intérim de LR. "Les grands équilibres de ce budget nous posent problème, entre les 155 milliards de déficit et les 47 milliards de nouvelles dépenses, on ne voit pas d'effort de réduction de la dette", appuie Olivier Marleix, chef de file des députés LR à l'Assemblée. "Nous sommes un groupe d'opposition, donc nous votons contre le budget", résume son collègue Julien Dive.

A l'inverse, Philippe Juvin regrette l'opposition systématique de ses collègues de droite : "Si les amendements qu'on porte améliorent les choses, pourquoi ne pas voter le texte ? C'est dommage de dire qu'on est pour ou contre avant le vote alors que le pouvoir du Parlement est de retour", argue le député LR. Les divergences d'opinion sur un texte aussi important que le budget montrent à quel point le groupe parlementaire ne parle pas d'une seule voix. 

"Il y a un problème de discipline"

Résultat : plusieurs parlementaires soulignent l'absence de discipline au sein du groupe. "Il est important d'être solidaires les uns des autres au sein d'un groupe. Mais il y a un respect de la liberté de vote de chacune et chacun. On a une démocratie interne. Nous ne sommes pas des Playmobil, comme dans certains groupes", affirme Pierre Cordier. "Chacun fait ce qu'il veut. Mais il y a un problème de discipline, car il n'y a pas de discipline. C'est l'école Maria Montessori", constate un conseiller du groupe des "constructifs". "Tant qu'ils ne comprennent pas qu'il faut faire un choix, il n'y a pas de stratégie possible. Vous ne pouvez pas exister", s'agace un autre député LR du même bord.

En réalité, deux lignes s'affrontent au sein du groupe. D'un côté, une dizaine de députés souhaite s'engager plus clairement dans un travail avec la majorité présidentielle, dans le sillage de la prise de position de Nicolas Sarkozy. De l'autre, une majorité des députés du groupe souhaite faire vivre l'identité propre du parti. "Il y a ceux qui pensent que le macronisme est une parenthèse et qu'on reviendra au monde d'avant, et ceux qui pensent que la situation a définitivement changé", analyse un cadre de la majorité présidentielle.

"Ils sont convaincus que LR représente encore la droite, alors que LR n'est qu'une petite fraction de la droite. Avec 4,8% à la présidentielle, vous êtes Nicolas Dupont-Aignan. Donc vous devez vous allier."

Un député LR

à franceinfo

"Il n'y a pas deux groupes. Il y a des individualités qui se cherchent et qui ont des visions parfois différentes sur une thématique", minimise Julien Dive. "Entre la majorité et le RN, la ligne de crête est un peu étroite, mais elle existe. On doit garder notre personnalité, notre manière de voir les choses", estime également Pierre Cordier. 

La dizaine de députés "constructifs" cherche à peser de tout son poids dans la vie du groupe parlementaire. Et pour cause : avec 62 députés, Les Républicains ne peuvent pas se permettre de les mettre de côté s'ils souhaitent atteindre les 60 élus nécessaires à une saisine du Conseil constitutionnel ou les 58 signatures indispensables pour déposer une motion de censure. "Résultat : ils pèsent plus lourd que les 40 'talibans', comme je les appelle. Car ils sont pour revenir à la 'charia'. C'est la droite qui est soi-disant sur les valeurs, proche de Zemmour", tacle un conseiller issu du groupe des "constructifs".

Force d'appoint

Cette nouvelle législature est donc celle de toutes les incertitudes pour la droite. Pour le politologue Bruno Cautrès, le groupe parlementaire LR aura le choix entre deux options radicalement opposées durant les cinq prochaines années : devenir une véritable force d'appoint du gouvernement et atténuer ainsi le risque de blocage institutionnel du pays ou bien, à l'inverse, réaffirmer une ligne conservatrice en s'opposant frontalement à la majorité.

"Leur rôle va se partager entre des députés qui vont vouloir stabiliser Emmanuel Macron avec des portefeuilles ministériels comme monnaie d'échange et des députés qui vont faire le dos rond pour ensuite se ranger derrière une candidature qui incarne une droite dure lors de la prochaine présidentielle", analyse le chercheur au CNRS et au Cevipof.

"Les LR ne peuvent plus jouer le rôle de numéro 1. Mais à défaut, ils peuvent encore jouer celui de la famille politique qui travaille avec le numéro 1."

Bruno Cautrès, politologue

à franceinfo

A l'avenir, ces deux familles risquent donc de se déchirer lors de l'examen dans l'hémicycle de chaque texte gouvernemental. En l'absence de consigne de vote, la marche à suivre va varier en fonction des intérêts de chacun. Une volonté de débattre et de dialoguer jusqu'au bout pour les "constructifs" et le choix assumé de l'obstruction parlementaire pour les autres. "On se demande si certains dans le groupe ne vont pas voter en faveur de la motion de censure sur le budget, déposée par le Rassemblement national", s'inquiète un député LR.

"Le congrès hystérise les positions"

Mais pour le moment, aucune des deux composantes du groupe n'ose véritablement sortir du bois. La raison ? L'élection interne pour désigner le nouveau président du parti, le 3 décembre, qui fige toutes les initiatives. Mais parmi les principaux candidats à ce scrutin réservé aux militants du parti, aucun n'incarne la ligne portée par les députés LR "constructifs".

Même si le jeune parlementaire du Lot Aurélien Pradié peut apparaître plus ouvert sur le papier à des discussions sur certains textes de loi avec la majorité présidentielle, il assure défendre une candidature "pleinement de droite". Face à lui, Eric Ciotti, finaliste de la dernière primaire du parti en 2021, défend un Etat régalien, et Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, est le principal représentant de l'aile conservatrice de LR. "La perspective de l'élection pour la présidence du parti hystérise les positions. Personne ne bougera avant d'en connaître le résultat", assure le député du Rhône Alexandre Vincendet. "On a tous très envie que le congrès LR soit passé, ça nous permettra de rentrer dans une relation plus normale", assume d'ailleurs un cadre de la majorité présidentielle.

Une fois l'étape cruciale de l'élection d'un nouveau chef passée, chacun espère utiliser le retour en force du parlementarisme pour imposer ses idées au sein d'un groupe qui ne tient plus qu'à un fil. Avec, en ligne de mire, l'élection présidentielle de 2027. "Sachant qu'Emmanuel Macron va sortir du jeu politique après ce second mandat, les députés LR 'constructifs' devraient logiquement se tourner vers un candidat comme Edouard Philippe, assure Bruno Cautrès. Quant à la ligne la plus radicale du parti, il y a deux options : soutenir un candidat conservateur et issu des rangs du parti. Ou franchir la ligne rouge et rejoindre l'extrême droite."

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