#onfaitquoi à l'école : le combat d'enseignants de Seine-Saint-Denis

Jeudi dernier, la minute de silence en hommage aux victimes de Charlie Hebdo s'est mal passée dans certains établissements. Célia Quilleret a enquêté dans un lycée professionnel de Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis.

(Jeudi une minute de silence a eu lieu dans tous les établissements scolaires © MAXPPP)

 Pour les enseignants de ce lycée professionnel de Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis, le vivre ensemble, c'est un combat, ils se serrent les coudes pour que leurs élèves soient fiers d'être en France, fiers de vivre ensemble, sans renier leur culture d'origine. Ça peut paraître angélique, théorique, mais en réalité c'est très fort. Les 850 élèves de ce lycée viennent de 45 pays, les enseignants leur proposent l'accès à différentes cultures, différentes religions pour les sortir de leur quotidien. A la Toussaint, les profs ont emmené une classe en Israël, cette année certains élèves vont aller à Washington au mémorial de l'Holocauste. Pour cette enseignante qui a la gorge serrée, ce travail d'ouverture est indispensable: "Evidemment notre rôle est primordial et que nous devons nous battre au quotidien pour faire rentrer les valeurs de liberté et de démocratie chez nos élèves".

"Nous devons nous battre au quotidien pour faire rentrer les valeurs de liberté et de démocratie chez nos élèves"
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Cette élève de terminale condamne les attentats mais elle ne se retrouve pas dans l'élan national qui s'en est suivi.

"Moi je ne suis pas Charlie, car déjà Charlie (Hebdo) je ne connaissais même pas. Ce qu'ils font pour moi, ce n'est pas bien car ils n'ont pas respecté certaines religions. Mais tuer des personnes, ce n'est pas bien" .

"Moi je ne suis pas Charlie, car déjà Charlie (Hebdo) je ne connaissais même pas"
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On imagine le désarroi des enseignants, est-ce que ces projets fonctionnent ?

 

Déjà le climat est serein dans ce lycée, ensuite les résultats au bac sont plutôt bons, au-dessus de 80% de réussite au bac dans les classes qui ont des projets, et puis surtout les élèves se sentent bien intégrés : "On apprend avec ces enseignants là qu'il faut avoir de la tolérance"

"On apprend avec ces enseignants là qu'il faut avoir de la tolérance"
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En effet ces élèves sont en permanence confrontés à deux mondes : d'un côté il y a ce lycée tout neuf, avec des enseignants engagés où on apprend la tolérance, le respect, de l'autre il y a la réalité du quartier où des hommes, on parle de prédicateurs, défendent une certaine idée de l'islam violente, la mission des enseignants est d'autant plus difficile :

"C'est affligeant parce qu'on a l'impression qu'il y a une société parallèle qui se crée. Comme s'il y avait le discours officiel et leur vérité. Il y a que l'école qui peut sauver ces gamins" .

 

"Il y a que l'école qui peut sauver ces gamins"
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 Et alors maintenant #onfaitquoi, que faut-il améliorer ?

 

D'abord ces projets pourraient être mieux financés. Ensuite certains profs estiment qu'il serait nécessaire d'intégrer l'histoire de ces élèves, leur mémoire dans leurs cours. Exemple pour la Seconde Guerre mondiale, une enseignante a l'habitude d'évoquer le rôle des tirailleurs africains lors de la libération de certaines villes. Et puis il faut davantage d'éducation civique, car à la sortie, la pression du quartier est forte, cet élève qui condamne les attentats en témoigne : 

"Il faut se dire plus jamais ça. Ça passe par l'école. Il faudrait parler quotidiennement "(des jeunes qui vont faire le djihad), qui ont été "embobinés par des sectes."

"Il faut se dire plus jamais ça. Ça passe par l'école"
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Et justement un livret de prévention de la radicalisation sera bientôt diffusé aux personnels de l'éducation. Il y aura également un livret sur la laïcité pour les responsables d'établissement. La formation des enseignants sera renforcée. Enfin, dès la rentrée prochaine, tous les élèves auront un cours de morale laïque où ces sujets pourront être abordés.