"On peut s'inspirer d'ici pour créer un modèle foncier à Notre-Dame-des-Landes", assurent les paysans du Larzac

Quel avenir pour le site de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique ? La lutte du Larzac dans les années 70-80 puis la transformation du site est souvent cité en modèle.

Sur le Plateau du Larzac le 8 juillet 2015.
Sur le Plateau du Larzac le 8 juillet 2015. (MAXPPP)

Maintenant que le conflit avec l'État est désamorcé à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, que le projet de construction d'un aéroport est annulé, il reste plusieurs inconnues. Par exemple,  comment faire partir, d'ici le printemps, les zadistes qui ne veulent pas devenir agriculteurs ou comment aider ceux qui veulent devenir agriculteurs ? 

Pour certains, il faudrait s'inspirer du Larzac, théâtre de la lutte paysanne et altermondialiste dans les années 70 et 80, redevenu terre agricole avec un système de gestion collective de la terre.

Le "système Larzac", modèle pour l'avenir de Notre-Dame-des-Landes ? Un reportage de Frédéric Bourgade
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Le Plateau du Larzac, autrement appelé "causse du Larzac", s'étend sur 1 000 km entre Millau (Aveyron) et Lodève (Hérault). Sur ce vaste territoire lunaire, aux rochers imposants et aux gorges sauvages, on compte trois habitants au kilomètre carré.

Les fermes sont dispersées. Celle de Chantal est à Saint-Martin. Elle aurait été construite "entre 1500 et 1600", selon cette habitante du Larzac qui précise avoir "de quoi loger 200 bêtes là-dedans".

Chantal s'est installée dans le Larzac il y a 37 ans, en 1981. Cette année-là, après 10 ans de lutte paysanne et militante de tous bords, la gauche au pouvoir renonce à l'extension du camp militaire. Quatre ans plus tard, le Larzac devient un "laboratoire foncier" avec la création de la Société civile des terres du Larzac (SCTL). "C'est l'outil foncier qui a été créé pour gérer les 6 300 hectares de foncier qui avaient été achetés par l'État pour faire le camp, avec les corps de ferme qui sont dévolus", explique l'ancienne militante.

Pas de droit de propriété

Chantal dispose d'un "bail de carrière", c'est-à-dire qui court jusqu’à sa retraite. Elle n'est pas propriétaire de son exploitation et verse un droit de fermage à la SCTL. Depuis une trentaine d'années, 6 300 hectares sont ainsi gérés collectivement par les paysans. "La Société civile a tous les attributs du propriétaire, sauf celui d'aliéner le bien et de le vendre, détaille-t-elle. Elle encaisse les fermages auprès des fermiers, elle paie les impôts fonciers et les taxes à l'État, ainsi que sa redevance. Ensuite, elle règle tous les problèmes entre les fermiers -les attributions de terre, les attributions de fermes-, les relations avec les acteurs touristiques, les chasseurs.."

30 ans plus tard, Chantal ne regrette rien "Oh non ! Rien ! Si on me redonne mes 20 ans, je re-signe", lance-t-elle. Pour elle, ce système de gestion collective sur le Plateau du Larzac peut donner l'exemple.

Je pense qu'on peut s'inspirer tout à fait de la SCTL pour construire un modèle foncier particulier à Notre Dame des Landes.Chantal, agricultriceà franceinfo

Cette réalité change tout. Pour devenir paysan au Larzac, il faut être coopté. C'est le cas de Julie, installée à La Couvertoirade, village médiéval classé parmi l'un des plus beaux villages de France. "Je ne pourrai pas vous dire sur quels critères on a été choisi, mais on est très heureux d'avoir été choisi", lance la jeune femme qui cultive le blé des champs situés en face de chez elle. "Il y a trois ou quatre hectares pour le blé, et après il faut faire les rotations avec le sainfoin, explique Julie. En termes de quantité de production, il y a une seule fournée par semaine. On a d'autres activités à côté qui complètent : le gîte, les brebis, le jardin."

26% d'agriculteurs en plus en 40 ans

Ce système de cooptation semble probant. "Entre 1972 et 2012, il y a eu 62% d'agriculteurs en moins en France, rappelle Pierre, un autre paysan du Larzac. Sur le nord du plateau et le sud, il y a 26% d'agriculteurs en plus. Ce qui a toujours été privilégié ici, ce sont des structures à dimension humaine avec des circuits courts, une production de qualité et, de préférence, de la transformation et de la vente." Pierre cite en exemple Les Bergers du Larzac, une coopérative qui emploie 36 personnes et permet de faire vivre 34 familles d'agriculteurs. "25% de la vente est faite au magasin", précise-t-il.

Grâce à ce système, "on a une agriculture qui s'est diversifiée, fait remarquer Chantal. [Elle] n'est plus une sorte de monoculture pour Roquefort. Ici, les gens font de la brebis, mais pas seulement pour l'industrie et le Roquefort : pour des laiteries, pour une coopérative...

Ils ont relancé l'agneau avec de la vente directe. Il y a d'autres productions : du bœuf d'Aubrac, du cochon de plein air, de la volaille, du miel. Beaucoup de choses qui diversifient l'agriculture et qui enrichissent le milieu.Chantal, agricultriceà franceinfo

Un système qui attire les jeunes

Paysan n’est donc plus un héritage familial. Ici, pas d'accès au foncier. Pour les jeunes qui s'installent, c'est une véritable opportunité. C'est le cas de Romain et Marion, 30 ans. "Notre projet était de reprendre La Ferme des hommes avec l'activité qui avait été développée par nos prédécesseurs", raconte Romain. Ils cultivent des plantes aromatiques, puis les transforment en apéritif, en tisanes ou encore en sels.

Ils ont également fait venir des copains, non issus du milieu agricole comme eux et qui ont constitué des Groupement fonciers agricoles (GFA) "qui font un appel au financement participatif pour pouvoir accéder à la terre", indique Marion.

Même si on n'est pas fils d'agriculteurs, on peut devenir agriculteur.Marion, agricultriceà franceinfo

Ne pas être propriétaire ne la gêne pas, bien au contraire : "Aujourd'hui, on est de moins en moins dans la transmission de père en fils, indique la jeune femme. On perçoit du coup la ferme comme un outil de travail qu'on devra transmettre à d'autres, le jour où on sera à la retraite. Ça permet vraiment de maintenir l'activité sur ces terres." Le jeune couple ne sait pas combien il aurait dû acheter la terre qu'il occupe sans ce système : "Certainement au moins trois fois plus que ce qu'on a apporté aujourd'hui, pense Romain. Il aurait fallu contracter des emprunts et du coup travailler pour la banque en fait." 

Marion en est sûre, "la situation actuelle de Notre-Dame-des-Landes permet complètement la réadaptation du 'système Larzac' aux terres qui sont là-bas".