Notre-Dame-des-Landes : cinq questions sur l'opération d'évacuation des zadistes

Une vaste opération d'expulsions, avec plusieurs centaines de gendarmes mobiles déployés, a débuté lundi à l'aube sur le site de l'ancien projet d'aéroport, près de Nantes,où sont installés depuis plusieurs années quelque 250 occupants illégaux.

Des opposants lors de heurts avec les forces de l\'ordre dans la zad de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), lundi 9 avril 2018.
Des opposants lors de heurts avec les forces de l'ordre dans la zad de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), lundi 9 avril 2018. (ESTELLE RUIZ / CROWDSPARK / AFP)

L'opération a débuté au petit matin. Près de trois mois après l'abandon du projet d'aéroport, l'expulsion des occupants illégaux de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) a débuté, lundi 9 avril. Environ 2 500 gendarmes sont mobilisés, face à quelque 250 zadistes. Les gendarmes évoquent une situation "stabilisée", en fin de matinée, après quelques débordements. L'opération a donné lieu à des affrontements et pourrait durer plusieurs jours. Franceinfo fait le point sur la situation.

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Comment procèdent les gendarmes ?

Un important dispositif de gendarmes mobiles a été mobilisé : vingt-cinq escadrons, ce qui représente environ 2 500 militaires. Les accès principaux à la route 281, l'ex-route des chicanes et symbole du "retour à l'état de droit" promis par l'exécutif, ont été bloqués par les gendarmes avant 4 heures du matin au nord et dès 3h30 au sud.

Avec des files de camions stationnés sur un côté de la route, feux allumés sous le brouillard, les gendarmes ont avancé lentement, pour dégager la D281. Ils sont ensuite remontés vers plusieurs "lieux de vie", comme l'indique un journaliste du Monde sur place. Les forces de gendarmerie sont notamment concentrées au lieu dit Les fosses noires, à l'ouest de l'ex-"route des chicanes".

Comment ont réagi les zadistes ?

Ils ont érigé sur la RD281 des barricades composées de carcasses de voitures retournées, de pneus en flamme, de plots, de pylônes couchés et de quelques bonbonnes de gaz. Selon plusieurs journalistes sur place, ils ont lancé des projectiles, des cailloux et des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre. Celles-ci ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes.

"C'est inacceptable que l'Etat chasse les gens de chez eux, a réagi auprès de l'AFP une occupante de la ZAD. On appelle tous les gens à résister, à nous soutenir et à rejoindre les rassemblements locaux. On était dans un cadre de négociation apaisé avec la préfecture à la recherche de solutions collectives."

Quel est le bilan des affrontements lundi à 9 heures ?

Un gendarme a été blessé à l'œil par une fusée rouge, a appris franceinfo auprès de la gendarmerie. Il souffre d'un décollement de la rétine après avoir été touché par un tir d'artifice, probablement une fusée artisanale. Il a été transporté au CHU de Nantes. Un homme a été arrêté et placé en garde à vue. Il aurait lancé des projectiles sur un agent des forces publiques.

Dix squats ont été démantelés lors de l'opération d'expulsion, a déclaré la préfète de la région Pays de la Loire Nicole Klein, lors d'une conférence de presse organisée en fin de matinée. "Sept l'ont été et trois sont en cours. Il n'y avait qu'un squat où se trouvaient des gens, où il y avait six personnes, tous les autres étaient vides." Ces occupants ont été expulsés et on refusé le relogement proposé, a poursuivi la préfète. L'objectif des autorités est de démanteler une "quarantaine de squats" sur 97. La tour dite du "Lama fâché" a été démolie.

"Toutes les expulsions ont été accompagnées d'huissiers et quand il y avait des biens, ils ont été emmenés par des déménageurs et les démolitions se sont faites dans les formes", a assuré Nicole Klein.

Les expulsions visent-elles tous les occupants ?

"L'opération (...) vient mettre à exécution des décisions de justice pour procéder à l'expulsion des occupants les plus radicaux", avait précisé le ministère de l'Intérieur. Il est question de démanteler certains des 97 squats recensés par les autorités et d'expulser toute personne n'ayant pas régularisé sa situation en déclarant par exemple de nouveaux projets agricoles individuels. La quasi-totalité des 250 zadistes estimés sur place ne l'ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non agricoles. Et ce sur des terrains qui ne leur appartiennent pas.

Pour l'instant on est sur la route. Si les squats sont vides on les démolit. L'objectif a toujours été de faire des expulsions avec discernement, les lieux sont choisis (...). Les gens qui ont montré la volonté d'être dans un projet ne sont pas ceux qui seront expulsés.Nicole Klein, préfète de Loire-Atlantiquelors d'une conférence de presse

"Qui sont les radicaux ?", s'interroge sur franceinfo Sylvain Fresneau, paysan sur la ZAD, opposé à l'évacuation. "Est-on radicaux parce qu'on continue d'élever nos vaches, parce qu'on envoie des choses sur internet ? C'est quoi radicaux ? Ce n'est pas si simple que ça de dire que l'on va trier les bons et les mauvais. C'est qui les bons, c'est qui les mauvais ? Parce qu'on est derrière une barricade on est mauvais et parce qu'on trait les vaches on est bon ? Je n'en suis pas du tout persuadé."

Combien de temps doit durer l'opération ?

La préfète, Nicole Klein, a précisé que l'opération devait se poursuivre mardi "sous la même forme : expulsion, huissier". Pour combien de temps ? Difficile à savoir dans l'immédiat. Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a annoncé que l'opération sera maintenue "tant qu'il sera nécessaire", sur Europe 1. Des officiers de presse de la gendarmerie sur place, joints par franceinfo, envisagent que l'opération puisse durer "plusieurs jours s'il le faut" et assurent que la situation "est contenue".