Nucléaire : trois questions sur le rapport qui préconise la construction de six nouveaux réacteurs EPR en France

"Les Echos" révèlent un rapport dans lequel deux industriels pronucléaires recommandent au gouvernement la relance d’un programme de construction de centrales.

Le site de construction de l\'EPR de Flamanville (Manche), le 16 novembre 2016. 
Le site de construction de l'EPR de Flamanville (Manche), le 16 novembre 2016.  (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)
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Nicolas Hulot avait-il vu juste ? "Si je m'en vais, il va y avoir trois EPR de plus dans les prochaines années", avait-il confié à Libération début août. En démissionnant mardi, l'ancien ministre de la Transition écologique a d'ailleurs dénoncé le nucléaire, "cette folie inutile économiquement, techniquement, dans laquelle on s’entête". A rebours de ses convictions, un rapport, révélé jeudi 30 août par Les Echospréconise la construction, non pas de trois, mais de six nouveaux EPR à partir de 2025. Voici ce qu'il faut retenir de ce document explosif. 

Qui a réalisé ce rapport ? 

Ce document répond à une mission lancée conjointement par Nicolas Hulot et son homologue de l'Economie, Bruno Le Maire, au printemps dernier, "concernant le maintien des capacités industrielles de la filière nucléaire en vue de potentielles nouvelles constructions de réacteurs", selon la lettre de mission consultée par Les Echos

Deux représentants historiques du secteur nucléaire ont disposé de trois mois avant de remettre leurs conclusions. Il s'agit de Yannick d'Escatha, ancien administrateur général du Commissariat à l'énergie atomique et désormais conseiller du PDG d'EDF, et de Laurent Collet-Billon, jusqu'à l'an dernier délégué général à l'Armement. Inversion des rôles : le premier était chargé de se concentrer sur le volet militaire du rapport et le second sur son volet civil, précisent Les Echos. Un tandem qui irrite les opposants au nucléaire.

Autant dire que le gouvernement commande des rapports aux lobbys nucléaires.Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaireà franceinfo

Que préconise-t-il ? 

L'objet de cette mission était notamment d'évaluer "les impacts d'éventuelles périodes d'inactivité (…) et les conditions dans lesquelles les capacités industrielles requises pour la construction de réacteurs pourraient être remobilisées après une période d'inactivité prolongée"Après plusieurs semaines d'auditions, les auteurs du rapport estiment que pour maintenir les compétences industrielles, donner des perspectives aux salariés et assurer la relève, "on ne peut pas arrêter de construire", selon Les Echos.

D'après le journal, ils établissent même un plan précis pour la construction de six nouveaux EPR à partir de la prochaine décennie. La construction d'un premier exemplaire pourrait ainsi démarrer en 2025, pour une entrée en service en 2035. La construction d'un deuxième réacteur serait lancée deux ans après le premier, et ainsi de suite.

"Comment accorder le moindre crédit à une telle proposition, au vu du fiasco de l’EPR de Flamanville, criblé de malfaçons, qui accumule les retards ?" s'interroge le réseau Sortir du nucléaire. EDF prévoit en effet de démarrer l'EPR de Flamanville (Manche) fin 2019, pour une mise en service commerciale en 2020, quand le calendrier initial tablait sur 2012. Dans l'intervalle, son coût a plus que triplé, à 10,9 milliards d'euros.

Que va en faire le gouvernement ? 

L'exécutif va se donner un peu de temps pour décider des suites du rapport. Bruno Le Maire a préconisé jeudi d’attendre que le réacteur EPR en construction à Flamanville soit achevé avant de prendre la décision d’en bâtir d’autres. 

Ce n’est pas un rapport qui décide de la politique du gouvernement. Ce rapport apporte des éléments d’information sur des choix qui seront faits d’ici à la fin de l’année.Bruno Le Maire, ministre de l'Economiesur Radio Classique

Le rapport "a un peu débordé de son champ, estime de son côté une source ministérielle, interrogée par Les Echos. On ne leur demandait pas d'aller aussi loin dans la planification." La nouvelle feuille de route du gouvernement sur le nucléaire que sera la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), initialement prévue en septembre, est désormais attendue "cet automne normalement", indique l'entourage du Premier ministre, précisant qu'il n'y a "aucune urgence".

Mais le réseau Sortir du nucléaire s'inquiète : "Ce rapport s’annonce de bien mauvais augure quant au contenu de la PPE. (…) Sa commande témoigne par ailleurs d’un mépris écrasant pour les aspirations des Français, alors que le panel de citoyens consultés dans le cadre du débat public sur la PPE avait massivement rejeté la construction de nouveaux réacteurs", argue le réseau dans un communiqué. Dans une tribune cosignée par neuf autres ONG écologistes et publiée jeudi matin par franceinfo, Sortir du nucléaire appelait déjà le président de la République à "changer de cap" sur ce dossier et bien d'autres après la démission de Nicolas Hulot : "Nous ne pouvons plus soutenir (...) la sobriété énergétique et 'en même temps' le nucléaire", écrivaient les associations.