Nicolas Hulot accusé d'agressions sexuelles : comment le magazine "Envoyé spécial" a enquêté pendant quatre ans

La journaliste Virginie Vilar a recueilli, depuis fin 2017, plusieurs témoignages de femmes. Elle explique quelle a été sa démarche journalistique.

Article rédigé par
Cédric Cousseau - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Nicolas Hulot au parc national des calanques à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 2 septembre 2021. (LUDOVIC MARIN / AFP)

"Envoyé Spécial" a diffusé, jeudi 25 novembre, le témoignage de cinq femmes qui accusent l'ancien ministre et animateur de télévision, Nicolas Hulot, d'agressions sexuelles. Ces faits auraient eu lieu entre 1989 et 2001 et sont désormais prescrits. La journaliste Virginie Vilar a obtenu la confiance de ces femmes pour le magazine de France 2. Son enquête débute en octobre 2017, au moment où l'affaire Harvey Weinstein éclate aux Etats-Unis. Les révélations autour du puissant producteur hollywoodien poursuivi pour de multiples agressions sexuelles engendreront le mouvement #Metoo.  

"A ce moment-là, on se dit qu'il faut que l'on enquête en France. Et une histoire nous parvient, celle d'une femme qui se dit harcelée par Nicolas Hulot, raconte la journaliste. Cette histoire nous paraît alors très crédible. Au fil des mois, d'autres témoignages suivront." Il est question de supposés gestes déplacés, de comportements inappropriés, d'agressions sexuelles et même d'un viol. Certaines de ces femmes acceptent de livrer leur témoignage face caméra. D'autres préfèrent rester anonymes, ne pas s'exposer tout en contribuant à l'enquête.  

"Nous n'avons jamais forcé ces femmes à témoigner" 

Cette enquête aura duré près de quatre ans. "J'ai rencontré ces femmes dans des cafés, chez elles, elles se sont confiées à moi. On le voit dans le reportage, à chaque étape, différents éléments les ont décidées à parler. Et on voulait aller à leur rythme. On ne les a jamais forcées à témoigner. Si on diffuse ce reportage aujourd'hui, c'est parce qu'elles nous ont donné leur accord et qu'elles sont enfin prêtes", poursuit Virginie Vilar. Ce temps long a permis aussi d'opérer toutes les vérifications nécessaires.

"Nous sommes également en contact avec Nicolas Hulot et ses avocats depuis plusieurs semaines", a rappelé jeudi soir la présentatrice Elise Lucet. "Nous leur avons proposé de réagir aux accusations portées contre lui. Ses avocats nous affirment que Nicolas Hulot n'a jamais agressé aucune femme." Afin que l'ancien ministre puisse tout de même être entendu, que les notions d'équilibre et de contradictoire essentielles à tout exercice journalistique soient respectées, la rédaction du magazine a décidé de diffuser le seul échange téléphonique entre Nicolas Hulot et Elise Lucet le 9 novembre dernier.   

Invité à s'exprimer sur BFMTV mercredi, à la veille de la diffusion de l'enquête sur France 2, le fondateur de la Fondation Nicolas-Hulot pour la Nature et l'Homme a dit manquer d'informations sur ses accusatrices. Il reproche à "Envoyé Spécial" de ne pas lui avoir fourni suffisamment d'éléments. "Nous avons effectivement refusé de communiquer l'identité de ces femmes par souci de protection des sources", explique Gilles Delbos, rédacteur en chef du magazine de France Télévisions. "Ces dernières semaines en revanche, nous avons adressé six courriers successifs à ses avocats avec des éléments précis : périodes concernées, lieux et surtout retranscription de l'essentiel des propos que nous envisagions de passer à l'antenne. Nous avons aussi proposé de rencontrer Nicolas Hulot afin qu'il visionne les témoignages. Il n'a pas donné suite et dénonce un tribunal médiatique."   

"Personne n'a pris la diffusion de l'enquête à la légère" 

Au total, Virginie Vilar a été en contact avec une dizaine de femmes. "Certaines n'apparaissant pas dans le reportage. Leur réaction après la prise de parole de Nicolas Hulot, elles m'ont dit que c'était un coup de poing. Plusieurs n'ont pas dormi de la nuit et, aujourd'hui, elles se demandent – je les cite – si elles peuvent continuer à se taire. Elles se posent vraiment la question de briser ce silence."

Elise Lucet a évoqué vendredi sur le plateau de BFMTV le "sens de la responsabilité" du magazine. "Et ce sens de la responsabilité a été partagé jusqu'au plus haut niveau de France Télévisions et jusqu'à Delphine Ernotte [présidente du groupe de service public], qui a écouté tout ce qu'il y a dans cette enquête, qui a soutenu sa diffusion (...) C'est important que tous les médias accompagnent ce mouvement de société et le fassent de manière très responsable. Personne n'a pris cela à la légère".  

>> L'enquête de Virginie Vilar, avec Antoine Husser, Baptiste Laigle, Guillaume Marque, Sébastien Séga, Bruno Maruani, Elliot Raimbeau et Julie Martin est disponible en rediffusion sur franceinfo.fr

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