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Nicolas Hulot : "Je n'aurais pas dû me laisser intimider"

Le candidat malheureux à l'investiture écologiste pour la présidentielle s'exprime pour la première fois depuis sa défaite. Morceaux choisis de son entretien publié mercredi dans "Le Monde".

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France Télévisions
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L'écologiste Nicolas Hulot, président de la fondation qui porte son nom, à Bordeaux (Gironde), le 22 juin 2011. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Nicolas Hulot ne fait plus de politique. Du moins, plus dans un parti. Le candidat malheureux à l'investiture écologiste pour la présidentielle a repris ses fonctions à la tête de la fondation qui porte son nom. Pour la première fois depuis sa défaite à la primaire Europe Ecologie-Les Verts face à Eva Joly il y a six mois, il évoque cet échec, mais aussi sa vision de l'élection présidentielle, ses projets à venir... Morceaux choisis de son interview parue dans Le Monde daté du jeudi 9 février.

• Sur sa défaite face à Eva Joly

"Je n'avais pas prévu cet échec, même si je pensais que le combat serait rude. Pour être candidat, j'ai donné tout ce que j'avais : j'ai quitté ma fondation, puis 'Ushuaia'. (...) Bref, j'ai changé de vie. J'ai vécu un moment difficile après l'échec, mais je suis sans amertume."

"Je me suis déclaré trop tardivement, j'ai sous-estimé la difficulté de ces primaires, et je n'ai pas voulu voir la profondeur des préjugés à mon égard. 'Homme de Chirac', 'candidat des multinationales'… Einstein a dit qu'il était plus facile de briser un atome qu'un préjugé, et il avait raison."

"Et puis, je n'aurais pas dû me laisser intimider. Lorsque j'ai expliqué que j'avais étudié un moment l'hypothèse de travailler avec Jean-Louis Borloo, il y a eu cette polémique incroyable chez les écologistes, sur le thème 'Hulot veut nous déporter vers la droite'. Et j'ai baissé la tête, dit que non, je me suis quasi excusé. Mais où était le problème ? Je pensais, et je pense toujours que les clivages politiques sont dépassés."

• Sur son rôle dans l'élection présidentielle

"J'ai pris une autre voie, ce qui n'empêchera peut-être pas de se retrouver sur le chemin des idées [avec Eva Joly]. Je n'ai nulle intention de nuire aux écologistes, ni à leur candidate. Au passage, je trouve qu'il n'est pas sain que l'écologie politique soit à ce point marginalisée, surtout en regard de l'indigence des autres formations politiques sur le sujet. Mais il serait pour le moins présomptueux de ma part d'imaginer que ma présence puisse modifier le cours des choses…"

"Par ailleurs, être président de ma fondation m'interdit tout soutien politique. (...) Ma parole sera d'autant plus forte, d'autant plus audible désormais, qu'elle sera non partisane."

• Sur Sarkozy, Hollande et Mélenchon

"J'ai déjà acté que les engagements pris lors de la signature du pacte écologique [en 2007] ont été un temps tenus. Mais il n'échappe à personne qu'il y a eu une volte-face spectaculaire de la majorité actuelle sur ces sujets."

"A ce jour, j'ai très peu discuté avec François Hollande. Les socialistes occultent comme les autres les enjeux centraux. Je m'étonne néanmoins que des gens aussi sincèrement préoccupés par les inégalités ne comprennent pas que la crise écologique majeure que nous traversons pèsera et pèse d'abord sur les plus pauvres d'entre nous."

[Question du Monde : Votre discours n'est pas éloigné de celui de Jean-Luc Mélenchon...] "Cela ne m'a pas échappé, cela s'appelle, en éthologie, de la convergence évolutive : avec des parcours différents, on arrive aux mêmes constats, et parfois aux mêmes aspirations. D'ailleurs, avec Eva Joly, il y a aussi une convergence. Mais faut-il forcément être très à gauche pour avoir cette pertinence de point de vue ? L'écologie, ça n'est pas de l'idéologie, c'est du simple bon sens." 

• Sur l'avenir de la fondation Nicolas Hulot

[Question du Monde : Que ferez-vous que vous n'ayez déjà fait ?] "Changer d'échelle ! Changer d'échelle, dans l'analyse et la proposition. Contribuer au débat public en rentrant dans le disque dur de notre modèle économique, faire la démonstration intransigeante que l'enjeu écologique conditionne tous les enjeux de solidarité. Il faut en finir avec les petites corrections à la marge, avec les petits gadgets qui 'verdissent' les discours, et aller à l'essentiel. (...) L'essentiel, c'est d'acter que la crise que nous vivons est systémique".

"Il n'est plus acceptable d'admettre que toute une partie de notre société se soit organisée pour échapper à la solidarité, c'est-à-dire à l'impôt. J'entends souvent cette phrase stupide qui dit que l'écologie est une préoccupation de riches. A ceux qui disent cela, je réponds que c'est un devoir de riches."

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