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Dossier de candidature. Immigration, droit du sol, retraite à 60 ans... : les propositions de Marine Le Pen à l'épreuve du terrain

franceinfo, Thomas Snégaroff, Julien Langlet, Jérôme Jadot le lundi 20 février 2017

Marine Le Pen prononce un discours à Bordeaux, le 18 novembre 2007, après la réélection de son père à la tête du Front National.

 (Regis Duvignau / REUTERS)

Depuis quatre ans, la présidente du Front national domine les intentions de vote pour l'élection présidentielle. D'après un récent sondage, elle arriverait même en tête dans neuf régions métropolitaines au premier tour, en avril prochain. Elle trace sa route, à son rythme, loin des tumultes et peu importe si, elle aussi, à des soucis à Bruxelles avec ses assistants parlementaires. Les problèmes judiciaires glissent sur Marine Le Pen, comme sur les plumes d'un canard, qu'il soit enchaîné ou pas. Le tout sur fond de défiance voire parfois de détestation à l'égard des médias.

Défiance à l'égard de la presse, de l'Europe, immigration, préférence nationale, ce sont les thématiques au cœur de sa campagne. Et elles semblent séduire. Tous les feux sont au vert, mais reste le fameux plafond de verre. Les mêmes sondages la donnent battue au deuxième tour. Et si, comme Donald Trump aux États-Unis, Marine Le Pen déjouait, finalement, les pronostics ?

Marine Le Pen, l'héritière

Marine Le Pen et son père Jean-Marie Le Pen à Nice, le 18 septembre 2003, pour lancer la campagne aux élections régionales qui se tiendront l'année suivante. (REUTERS PHOTOGRAPHER)

Une ombre blonde au premier rang de L'Heure de Vérité, dans les années 1980, lorsque son père était invité de l'émission politique sur Antenne 2. Telles furent les premières apparitions télévisées de Marine Le Pen. En 1988, elle est hilare aux côtés de son père et de ses deux sœurs, Marie-Caroline et Yann, saluant les militants depuis le balcon de leur résidence de Saint-Cloud, au soir du premier tour de l'élection présidentielle, quand Jean-Marie Le Pen avait recueilli 14,4% des suffrages. 

Les filles de Jean-Marie Le Pen : Marie-Caroline (à g.), Marine (au centre) et Yann (à d.), assistent à l'émission "L'Heure de Vérité" à laquelle participe leur père, le 27 janvier 1988. (JOEL ROBINE / AFP)

Marie-Caroline est alors déjà dans le bain politique. À 19 ans, Marine, elle, a sa carte du parti créé par son père, mais privilégie encore ses études de droit. Difficile pourtant de ne pas céder à la pression familiale. En 1993, à 24 ans, la benjamine des filles Le Pen se présente aux élections législatives dans le XVIIe arrondissement de Paris. Pour tout le monde, elle n'est que "la fille de". Un statut qu'elle revendique.

<em>En tant que filles de Jean-Marie Le&nbsp;Pen, nous avons été confrontées à un grand nombre d'obstacles et cela nous a peut-être forgé un caractère plus combatif.&nbsp;</em>

Marine Le Pen, candidate aux législatives en 1993, dans le XVIIe&nbsp;arrondissement de Paris

Fidèle à son géniteur, elle regardera Marie-Caroline choisir Bruno Mégret plutôt que leur père, en 1998. Jean-Marie Le Pen dira alors de son aînée qu'elle fait partie de "ces femmes qui ont l'habitude de suivre leur mari ou leur amant plutôt que leur père." Marine, elle, suit son père. Mais après les élections présidentielles de 1995 et de 2002, elle est l'une des premières à comprendre que ce FN-là ne pourra jamais arriver au pouvoir et que l'élection à deux tours lui sera toujours fatale.

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Marine Le Pen entame donc une stratégie de normalisation, voire selon les mots du Front national, de "dédiabolisation" mais pas question de l'avouer. "Je n'aime pas tellement ces termes de 'moderniser' et de 'déringardiser' parce qu'on a l'impression qu'avant on était ringards et archaïques, ce qui n'était pas le cas", rappelle-t-elle.

Sûre d'elle, Marine Le Pen aurait proposé à son père de changer le nom du parti, trop négatif et trop clivant, selon elle. Dans la foulée de la présidentielle de 2007, elle entame alors sa montée en puissance politique et médiatique.

Elle crève l'écran et devient, avec son père, la figure du FN pour les Français. Mais il lui manque encore un fief électoral. Le choix se porte sur le Nord désindustrialisé. D'abord à Lens (Pas-de-Calais), où elle réalise un bon score aux élections législatives de 2002. Pour la première fois, elle éprouve un discours hostile à la mondialisation et aux élites. Un discours qui fonctionne bien dans une région qui a vu ses mines fermer les unes après les autres. En 2007, elle s'enracinera à Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais.

Entre temps, elle est devenue la vice-présidente du Front national, en 2003, et parvient progressivement à éliminer Bruno Gollnisch, figure historique du parti, pour s'imposer comme l'avenir du FN. Son discours plus moderne, hostile aux débordements racistes, favorable à l'avortement et à un islam français, déplaît à l'intérieur du parti. Mais Jean-Marie Le Pen a décidé d'en faire son successeur. Un an avant de prendre officiellement la tête du FN, Marine Le Pen a déjà fixé sa colonne vertébrale idéologique.

<em>Il est temps de prouver que nous sommes un grand parti, patriote, attaché à la souveraineté de la nation, à une économie qui lutte contre le mondialisme.</em>

Marine Le Pen, vice-présidente du Front national en 2003

Le mondialisme, voilà l'ennemi pour Marine, qui s'est peu à peu substitué à la xénophobie de son père. Pour certains, ce n'est qu'un autre mot pour dire la même chose de manière plus policée. Pour d'autres, il y a là, une rupture profonde avec un vieux FN qui n'a jamais détesté le capitalisme et le libre-échange. Mais cette rupture idéologique se double et se traduit par une rupture intime et douloureuse en 2015.

Jean-Marie Le Pen s'impose sur la scène pendant le discours de sa fille, Marine Le Pen, le 1er mai 2015. (PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)

La fille reproche au père d'être allé trop loin dans une interview qu'il a accordé au journal d'extrême-droite Rivarol, le 8 avril 2015. La sanction tombe : Jean-Marie Le Pen est exclu du Front national. 

Marine Le Pen assume : "Jean-Marie Le Pen devrait faire preuve de sagesse et arrêter ses responsabilités politiques", affirme-t-elle. La réponse de son père est cinglante : "J'ai honte qu'elle porte le même nom que moi", déclare-t-il aux médias. Il rappelle aussi qu'il a "largement favorisé la carrière" de sa fille.

Peut-être fallait-il tuer le père pour prendre le pouvoir ? Toujours est-il qu'en faisant disparaître le nom du parti et son nom de famille, Marine espère réussir là où son père a toujours échoué.

Retraites, protectionnisme, minimas sociaux... quelle crédibilité ?

Marine Le Pen visite le salon Planète PME à Paris, le 18 octobre 2016. (MAXPPP)

Dans son programme économique et social, Marine Le Pen reprend à son compte, une mesure emblématique de la gauche : le retour de la retraite à 60 ans pour tous, à condition d'avoir cotisé pendant quarante ans. Elle promet aussi de recruter 15 000 policiers et gendarmes et souhaite donner 40 milliards d'euros aux petits salaires pour améliorer le pouvoir d'achat des plus modestes. Pour franceinfo, Célia Quilleret a demandé à plusieurs économistes d'analyser ce programme et sa faisablité.

La retraite à 60 ans. L'addition pourrait être salée alors que le régime des retraites vient juste de revenir à l'équilibre. Henri Sterdyniak, de l'Observatoire français des conjectures économiques (OFCE), membre du collectif des Economistes atterrés, a pris sa calculette : "Grosso modo, ça coûterait une trentaine de milliards d'euros et il faudrait augmenter les taux de cotisations d'environ quatre points. C'est-à-dire prendre ces quatre points, soit aux salariés soit aux entreprises" selon lui.

40 milliards d'euros aux foyers les plus modestes. Marine Le Pen veut également verser 40 milliards d'euros aux Français qui touchent moins de 1 500 euros par mois. Elle promet d'augmenter certains minimas sociaux, comme le minimum vieillesse. La candidate veut aussi recruter des milliers de fonctionnaires, baisser l'impôt sur les sociétés ou les premières tranches de l'impôt sur le revenu.

D'après le FN, la facture annoncée est de 85 milliards d'euros, un chiffre largement sous-évalué selon certains experts. Pour Philippe Ansel, économiste à la Fondation Concorde, le compte n'y est pas."Il y a la mise en place d'une politique agricole française qui va remplacer la politique agricole commune, qui coûtera 9 milliards d'euros par an (...) construire 40 000 places de prison, ça représente 1,7 milliard par an" donne-t-il comme exemples. 

En tout, il y a une impasse de 159 milliards d'euros qui est considérable puisque c'est la moitié du budget de l'État.&nbsp;

Philippe Ansel, économiste à la Fondation Concorde

Des économies sur l'immigration. À ces critiques, le FN répond qu'il prévoit de faire des économies qui compenseront les dépenses prévues. Le parti espère récupérer 15 milliards d'euros sur l'immigration et de nouvelles recettes également, grâce à la taxe sur les importations. Mais là aussi, Philippe Ansel remet les chiffres en cause, avec selon lui, des recettes largement surestimées. "Elle promet 82 milliards d'économies mais nous n'en retrouvons que 54 milliards (...) elle pense gagner sur l'immigration mais pour bénéficier de ce coût, ça voudrait dire expulser tous les gens [immigrés] qui travaillent, les remplacer par d'autres (...) c'est complètement irréaliste, ça na pas de sens" affirme l'économiste.

Cette politique de relance version FN serait donc inefficace dans un milieu économique fermé. Avec la taxe sur les produits importés, les prix grimperaient. Ce que Marine Le Pen donnerait d'une main aux ménages modestes, elle pourrait le reprendre de l'autre à cause d'une inflation. "La réponse du Front national c'est dire, on va fermer les frontières, on va mettre des droits de douane élevés (...) la conséquence, en général, c'est que ça débouche sur d'avantage d'inflation, d'avantage de contraintes sur l'appareil productif et donc en réalité plutôt une baisse du pouvoir d'achat qu'une hausse", explique Jean-Marc Daniel, économiste à l'ESCP, membre de l'Institut de l'entreprise, plutôt libéral et proche du patronat. 

Conclusion : les économistes de gauche comme de droite sont très critiques sur la crédibilité de ce programme économique surtout dans un milieu fermé. Certains n'hésitent pas, d'ailleurs, à échafauder des scénarios catastrophes en cas de victoire de Marine Le Pen : inflation, récession, effondrement de l'économie du pays, contrôle des capitaux et au final, un traumatisme pour la population ?

Lutte contre l'immigration : son cheval de bataille

Des militants du FN manifestent contre l'accueil des migrants à la Tour d'Aigues, dans le Vaucluse, le 23 octobre 2016. (MAXPPP)

Il existe des constantes dans le programme du Front national. L'une d'elles, qui reste au cœur du projet, est la lutte contre l'immigration. Jérôme Jadot a étudié pour franceinfo les différentes propositions du FN sur le sujet, qui, avec le temps, ont évolué.

Réduire l'immigration légale. Il y a cinq ans, la président frontiste voulait réduire drastiquement l'immigration légale de 200 000 à 10 000 entrées par an. Aujourd'hui, elle propose plutôt un solde autorisé de 10 000 immigrés par an, sachant que le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées dans le pays, et le nombre de personnes qui en sont sorties au cours de l'année. Ce seuil est donc moins strict, mais aussi moins précis. D'ailleurs, on ne sait pas à combien s'élève ce solde actuellement. Le FN évoque 140 000, mais ce chiffre recouvre une statistique de l'Insee différente.

Qui seraient les étrangers visés ? Cela ne concernerait pas, dans un premier temps, les ressortissants de l'Union européenne. En effet, la candidate veut d'abord renégocier l'ensemble des relations avec les partenaires européens avant d'amorcer quoi que ce soit. Mais elle souhaite en tout cas stopper le regroupement familial, qui représente environ 90 000 nouveaux titres de séjours tous les ans. En revanche, Marine Le Pen ne souhaite pas toucher aux 70 000 étudiants étrangers qui viennent chaque année en France.

Supprimer le droit du sol. Il s'agit certainement de la mesure la plus symbolique du programme de Marine Le Pen, même si, à proprement parler, le droit du sol n'existe pas en France. Depuis le XIXe siècle, s'applique en réalité un "double droit du sol" : un enfant né en France est Français si un de ses deux parents est lui-même né en France. Le supprimer aurait de lourdes conséquences aux yeux de Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l'immigration, et auteur du livre Le Sens de la République.

Si Mme Le&nbsp;Pen veut supprimer le double droit du sol, elle va déstabiliser&nbsp;95% des Français qui ne pourront plus prouver qu'ils sont Français, en étant né en France, et d'un parent né en France.

Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS

Cela engendrerait un véritable problème juridique pour Patrick Weil. "Si vous dites 'mon père est Français', comment vous le prouvez ? La carte d'identité n'est pas une preuve. Cela devient donc un cauchemar administratif, insiste-t-il. Quand on n'arrive pas à le prouver, on doit aller devant le juge."

La question du droit du sol différée. Le coordinateur du programme du FN, Jean Messiha, a confirmé à franceinfo qu'il était bien question de supprimer ce double droit du sol, tout comme ce qu'on appelle le "droit du sol différé". Cette disposition permet aux enfants nés en France de parents étrangers d'obtenir automatiquement la nationalité française à la majorité s'ils ont passé au moins cinq années en France depuis l'âge de 11 ans. Avant leur majorité, ils peuvent aussi acquérir la nationalité sur demande de leurs parents à partir de l'âge de 13 ans.

Cela a été le cas pour David*, étudiant en statistiques à l'université de Jussieu, à Paris. Il est né en France il y a 22 ans de parents chinois. Il explique qu'il a "appris la culture française, l'histoire de la France. [Être naturalisé], c'est comme si on avait rejoint le navire familial."  Cela pousse d'ailleurs David à s'engager et à faire valoir ses droits de citoyen. "On a envie de participer aux élections, de s'intéresser de la politique."

Si je n'avais pas bénéficié de droit du sol, cela aurait été comme&nbsp;si j'avais eu une bonne amie, que j'avais traîné avec elle, mais qu'à la fin je n'avais pas été invité aux soirées et aux voyages.

David, fils d'immigrés chinois qui a bénéficié du droit du sol différé

Historiquement pourtant, ce droit du sol à la française n'est pas spécialement altruiste. À la fin du XIXe siècle, la France avait tout simplement besoin de se peupler dans la perspective d'un nouveau conflit avec l'Allemagne. Ce droit du sol n'a pas été remis en question par la suite, sous Vichy. Mais entre 1993 et 1998, la loi Méhaignerie a imposé une "manifestation de la volonté" entre 16 et 21 ans pour pouvoir en bénéficier.

Ces dispositions permettent chaque année à près de 26 000 jeunes de devenir français. C'est le cas de Pierre, né en 1956 à Nancy de parents néerlandais. La volonté du FN de supprimer ce droit est contradictoire, selon lui. "C'est une tradition, estime-t-il, donc si certains politiciens veulent supprimer le droit du sol, alors que ces gens-là sont attachés à une tradition française, ce serait à l'encontre de leurs principes. C'est constitutif d'une nation qui s'est bâtie sur une culture de l'accueil et de l'immigration." Au contraire, le coordinateur du programme frontiste y voit un "cadre juridique qui date d'un autre âge".

Marine Le Pen promet par ailleurs de "rétablir les frontières nationales" en "sortant de l'espace Shengen", ou encore de "rendre impossible" la régularisation d'étrangers en situation illégale.

Supprimer les aides de l'État. Marine Le Pen veut tout d'abord supprimer l'aide médicale d'État, qui donne accès aux soins aux étrangers en situation irrégulière. Mais la candidate veut aussi diminuer l'accès aux aides des immigrés en règle, qui travaillent et cotisent. Ils ne pourraient ainsi plus bénéficier pendant les deux premières années du remboursement des soins par la sécurité sociale, ni de l'école gratuite pour leurs enfants, ni des allocations familiales ou de l'aide au logement.

Pour mettre en place ces mesures, la candidate frontiste serait cependant obligée de modifier la Constitution, dans laquelle elle prévoit d'ailleurs d'inscrire le concept de "priorité nationale". Mais ce n'est pas tout : le regroupement familial étant protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, et les restrictions au droit d'asile se heurtant à la convention de Genève, il faudrait que le FN dénonce ces traités, ce qu'il se dit prêt à faire.

*le prénom a été modifié

La candidature de Marine Le Pen sous l’œil des chroniqueurs

Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, après les résultats du premier tour des élections régionales, le 6 décembre 2015. (PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS)

Tout au long de la journée du 20 février, les chroniqueurs de franceinfo se penchent sur le parcours, la personnalité et les propositions de Marine Le Pen.

Dans Si j'étais, Karl Zéro se glisse dans la peau de Marion-Maréchal Le Pen, la nièce de la candidate frontiste.

Antoine Krempf s'est attelé à décrypter dans le Vrai du Faux la priorité nationale proposée par la candidate frontiste, et notamment la fameuse taxe pour l'embauche de travailleur étranger.

Dans Le Clasico, Matteu Maestracci et ses invités commentent cette proposition de Marine Le Pen d'introduire des quotas de joueurs de nationalité française dans les clubs professsionnels.

Priorité nationale, sortie de l'euro : et après ?

Marine Le Pen fait une déclaration au lendemain de la victoire du "yes" au Brexit, en juin 2016. (MAXPPP)

Pour Marine Le Pen, la souveraineté de la France passe forcément par une sortie de l'euro et  le retour à une monnaie nationale. Mais sortir de la zone euro ne sera pas sans conséquence, cela fera monter les taux d'intéret à 5%. Là encore, Philippe Ansel, de la Fondation Concorde, imagine déjà les pires scénarios. "Il faut avoir en tête que 64% de la dette est détenue par des investisseurs étrangers. Donc, à partir du moment où vous avez prêté en euros et que vous remboursez en francs, ils ne vont pas s'amuser à vous faire des taux à 3% ou même à 5%... Ça étrangle littéralement une économie" explique l'économiste. La France, trop isolée, finirait forcément par demander l'aide du FMI.

Pour les entreprises, [la sortie de l'euro] alourdirait leurs charges d'intérêt, leurs frais financiers et cela aura plutôt comme conséquence de freiner la croissance

Jean-Marc Daniel, professeur d'économie à l'ESCP

Un avis partagé par Jean-Marc Daniel : "On assistera à des sorties de capitaux et donc, nécessairement, à la mise en place d'un contrôle des changes. Et ça, c'est une contrainte que la population a du mal à accepter", analyse le professeur d'économie. "Deuxième élément : tous les pays qui sont hors de la zone euro et qui ont une économie semblable à celle de la France ont un niveau de taux d'intérêt supérieur à celui de la France. Pour les entreprises [françaises] au quotidien, cela aura pour conséquence d'alourdir leurs charges d'intérêt (...) et de freiner la croissance."

Priorité à la France et aux travailleurs français. C'est l'autre combat de Marine Le Pen. Outre la taxe de 3% sur les produits importés, la candidat souhaite taxer de 10% l'embauche et donc le salaire des travailleurs étrangers, y compris européens. C'est la fameuse idée de la "préférence nationale" chère aux frontistes. Il faudra changer dans ce cas la Constitution française pour y inscrire le terme de "priorité nationale". Problème : que faire des 350 000 travailleurs transfrontaliers ? Et comment remplacer les travailleurs étrangers qui occupent des postes qui ne pourraient être occupés que par des salairés français ? Le Front national ne répond toujours pas à ces questions.

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