Conseil national du RN : le parti veut "s'implanter territorialement pour montrer une crédibilité"

L'objectif du parti de Marine Le Pen est de "franchir le plafond de verre qui fait que le RN n'arrive pas à gagner des départements et des régions", analyse le politologue Jean Petaux.

Les locaux du Rassemblement national à Nanterre.
Les locaux du Rassemblement national à Nanterre. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le Rassemblement national veut "s'implanter territorialement pour montrer une crédibilité de gestion et franchir le plafond de verre", a analysé sur franceinfo dimanche 16 juin Jean Petaux, politologue et enseignant à Sciences Po Bordeaux. Le RN se réunit en Conseil national ce week-end à La Rochelle (Charente-Maritime) pour échanger sur la stratégie du parti en vue des élections municipales.

franceinfo : Le Rassemblement national compte se concentrer sur une dizaine de départements où il réalise des scores importants. En 2014, il présentait 600 listes. Peut-on dire qu'il privilégie la qualité à la quantité ?

Jean Petaux : C'est exactement l'expression qui vient à l'esprit quand on regarde de près cette liste. (...) Le Rassemblement national a décidé d'utiliser la "séquence" territoriale qui s'ouvre, comme le dit Marine Le Pen, afin de se mettre sur une rampe de lancement de meilleure position pour les présidentielles de 2022. Ce qui est assez frappant, c'est que La République en marche est un peu confrontée au même problème et se doit aussi d'utiliser cette séquence territoriale pour se positionner favorablement, dans l'optique d'une réélection d'Emmanuel Macron.

Lors des élections précédentes, on a souvent parlé du manque d'effectifs du RN. Est-ce toujours le cas aujourd'hui ?

Ce qui est aussi frappant, c'est que les élections départementales de mars 2015 et régionales de décembre 2015 sont passées par là. Vous avez des élus Rassemblement national dans pratiquement toutes les régions de France. Marine Le Pen envisage d'ailleurs de gagner une région lors des prochaines régionales, en 2021. Certes, environ 30% des conseillers municipaux RN ont démissionné depuis 2014 mais, dans le même temps, il n'y a pas eu de crise majeure dans les villes tenues par le RN. Je rappelle qu'il y en a quand même 14, quand on ajoute aux listes RN les trois [listes] de la Ligue du Sud de Jacques Bompard (...). En 1995, quand le FN a gagné les villes de Toulon, Vitrolles et Marignane, tout le monde parlait de ces trois villes. Aujourd'hui, on n'en parle plus.

Le parti compte gagner 20 municipalités de plus en 2020. Est-ce qu'on sait si les villes RN sont aujourd'hui gérées comme les autres et si les administrés sont satisfaits ?

Ce sont les prochaines élections municipales qui vont dire clairement s'il y a réélection ou pas. Or, on constate par exemple qu'à Fréjus, David Rachline est plutôt en position d'être réélu, à Hénin-Beaumont Steeve Briois s'implante très bien... (...) Leur silence plaide pour eux d'une certaine façon. C'est une stratégie assez particulière du Rassemblement national, qui ressemble de manière très lointaine à ce que le Parti socialiste a voulu faire dans les années 1970, entre 1971 et 1977, aux élections municipales : s'implanter territorialement pour montrer une crédibilité de gestion et franchir le plafond de verre, qui fait que le RN n'arrive pas à gagner des départements et des régions.