Les cinq jours qui font regretter à Manuel Valls d'être supporter du Barça

La polémique ne faiblit pas sur l'aller-retour du Premier ministre à Berlin, samedi 6 juin, pour assister à la finale de Ligue des champions entre Barcelone et Turin. Un voyage en Falcon gouvernemental, avec ses deux fils.

Le Premier ministre, Manuel Valls, lors de la séance de questions au gouvernement à l\'Assemblée nationale, mardi 9 juin 2015.
Le Premier ministre, Manuel Valls, lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, mardi 9 juin 2015. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

La polémique rebondit tel un ballon de foot. La droite reproche à Manuel Valls d'avoir utilisé un Falcon gouvernemental, samedi 6 juin, pour un voyage éclair à Berlin, qui lui a permis d'assister à la finale de la Ligue des champions Barcelone-Turin.

La passion du chef du gouvernement pour le club catalan a coûté entre 12 000 et 15 000 euros aux contribuables, martèlent certains élus des Républicains. Pire encore, le Premier ministre, qui s'est défendu en parlant de "visite officielle" pour rencontrer le patron de l'UEFA, Michel Platini, a emmené ses deux fils voir le match. Retour sur cinq jours qui écornent la "République exemplaire" dont se réclame la gauche au pouvoir.

Samedi 6 juin : l'escapade en Falcon à Berlin

En dehors de sa bande-son vintage, le congrès du Parti socialiste n'offre a priori rien de très attractif. Plusieurs médias s'étonnent d'ailleurs que le Premier ministre arrive dès vendredi soir à Poitiers pour y rester jusqu'au dimanche.

C'est compter sans une courte visite à l'étranger non inscrite à l'agenda officiel. Samedi soir, Manuel Valls s'éclipse de la capitale du Poitou pour Paris. Et de là, il se rend en Falcon à Berlin, afin d'assister à la finale de la Ligue des champions opposant Barcelone, sa ville natale, à la Juventus. Dès que la nouvelle de l'escapade à venir se répand à Poitiers, le samedi après-midi, Manuel Valls explique : "J'y vais parce que Michel Platini m'a invité. Il a invité un supporter du Barça." Il n'est pas question, à ce moment-là, explique Libération, d'une "réunion" avec le président de l'UEFA pour parler de l'Euro 2016 en France, mais d'une simple rencontre.

Dimanche 7 juin : la droite décerne un carton rouge

A Poitiers, toujours selon Libération, l'escapade footballistique reste en travers de la gorge de quelques militants. Mais ils demeurent discrets. A l'inverse, une partie de la droite est ravie de tenir sa revanche, alors que Nicolas Sarkozy a souvent été accusé d'un mélange des genres vie privée-vie publique. Et qu'il a été épinglé le mois dernier pour avoir loué un avion privé pour relier Paris au Havre, un trajet de moins de 200 kilomètres.

La députée européenne des Républicains Nadine Morano dégaine dès dimanche matin sur Twitter : 

Elle est suivie, deux minutes plus tard, par la secrétaire générale adjointe des Républicains Valérie Debord :

Dans les allées de Roland-Garros, où vient de se disputer la finale Wawrinka-Djokovic, Manuel Valls se défend, sur BFMTV. "Il y a toujours des grincheux, il y a toujours ceux qui cherchent des débatsJe voulais aussi rencontrer Michel Platini, parler de l'avenir de la Fifa, de l'Euro 2016", argumente-t-il.  Et il poursuit, tentant de jouer sur l'empathie : "Je travaille beaucoup, je m'engage beaucoup. (...) Il faut que ceux qui critiquent se disent qu'au fond, parfois, il faut être un peu plus optimiste et se dire que le sport, ça apaise, c'est le respect des uns et des autres."

Lundi 8 juin : Hollande monte au filet

Lundi, le président de la République monte à son tour au créneau, en marge du sommet du G7 en Allemagne, pour défendre son chef de gouvernement. Il affirme que oui, "le Premier ministre avait une réunion avec l'UEFA", avant d'ajouter : "Moi-même, je rencontrerai Michel Platini mercredi". Et de développer : "Il y a effectivement des sujets à traiter, et il ne vous a pas échappé (...) que nous avons à organiser l'Euro 2016 et aussi à voir avec les institutions de l'UEFA ce qu'il y a lieu de faire et pour la Fifa et par rapport à l'organisation de l'Euro 2016." Une plaidoirie qui a ses faiblesses : si le chef de l'Etat voit Michel Platini mercredi, était-il si urgent que le chef du gouvernement le rencontre quatre jours plus tôt ?

Mardi 9 juin : on apprend que ses deux fils étaient à bord

La controverse repart de plus belle avec la révélation du jour : Manuel Valls s'est rendu à Berlin avec deux de ses enfants dans un avion de l'Etat. L'entourage du Premier ministre confirme l'information, mais fait aussi valoir que "la présence des enfants dans l'avion n'ajoute strictement rien au coût de l'affrètement" de l'appareil et qu'il restait des sièges libres dans ce jet de 12 places. 

Matignon maintient enfin qu'il s'agissait bien d'un voyage officiel, à l'invitation du président de l'UEFA. Un porte-parole de l'instance footballistique assure, de son côté, que le Premier ministre a répondu à une invitation de Michel Platini pour "parler de l'Euro 2016".

A l'Assemblée nationale, où l'opposition se contente d'allusions sans questions directes, Manuel Valls se justifie une fois de plus :"Le rôle du chef du gouvernement est de soutenir ces grands rendez-vous pour la France et je continuerai à le faire, car c'est important pour l'image du pays, pour l'attractivité, pour la compétitivité et pour les emplois".

Mercredi 10 juin : Platini confirme l'invitation

En conférence de presse d'ouverture de la billetterie de l'Euro 2016, à un an du début de la compétition, Michel Platini, qui a déjà fort à faire avec la Fifa, semble surtout soucieux de se désengager de la polémique. Il déclare que celle-ci est "franco-française" et ne concerne pas l'UEFA. Mais il confirme que le Premier ministre a bien assisté au match entre le FC Barcelone et la Juventus Turin à son invitation.

Manuel Valls était "en octobre au comité de pilotage [de l'Euro 2016] à Bordeaux et à l'occasion, je lui avais dit que si le Barça était en finale, je l'inviterai. (...) Dès la qualification acquise pour Barcelone, j'ai tenu parole et je l'ai invité, et il m'a dit qu'il viendrait", affirme le patron de l'UEFA.

A droite, on ne désarme pas. "Valls a commis une erreur : ne pas assumer. La règle, c'est de payer son billet quand il s'agit de déplacements privés", commente sur BFMTV l'ancien Premier ministre François Fillon.