Primaire de la droite : Alain Juppé et François Fillon ont "marqué des points tous les deux"

Alain Juppé et François Fillon, les deux finalistes de la primaire de la droite, ont participé à l'ultime débat jeudi avant le vote du 27 novembre. Invité de franceinfo vendredi, le politologue Patrick Lafarge a estimé que chaque candidat avait marqué des points.

François Fillon et Alain Juppé lors du débat de la primaire de la droite, le 24 novembre 2016.
François Fillon et Alain Juppé lors du débat de la primaire de la droite, le 24 novembre 2016. (ERIC FEFERBERG / AFP)

François Fillon et Alain Juppé ont confronté leurs programme jeudi 24 novembre lors du quatrième débat de la primaire de la droite. C’était leur dernière occasion de convaincre les indécis avant le vote final de dimanche en vue de la présidentielle de 2017. Patrick Lafarge, politologue et spécialiste de la carte électorale, a estimé vendredi sur franceinfo que les deux adversaires ont marqué des points et que, quel que soit le vainqueur, les deux droites incarnées par les finalistes sont réconciliables.

franceinfo : Y a-t-il un gagnant à l’issue de ce débat ?

Patrick Lafarge : Dimanche soir, il y avait eu un double effet de souffle : un taux de participation très fort et un incroyable score de 44 % pour François Fillon. Il a, entre guillemets, tué le match. Donc la question était : 'est-ce qu'Alain Juppé a la capacité de créer la surprise et de renverser ce qui a priori est un chemin favorable à François Fillon'.

Les deux jours suivants, on a vu sortir des sabres d’abordage. Depuis mercredi, le sabre a été remplacé par un fleuret moucheté. Le débat entre Alain Juppé et François Fillon a été de très bonne tenue, la table n’a pas été renversée. C’est le vieux concept des gaullistes, on se tape dessus, et ensuite, on siffle la fin de la partie et on travaille ensemble.

Est-ce que cela montre que la différence est minime entre les deux ?

La méthode Fillon est : 'Je vous l’ai dit, la France est en faillite'. Son schéma, c'est: 'il faut dire, agir et il faut faire rapidement, via des ordonnances par exemple'. On décharge aussi les entreprises d’un certain nombre de charges.

Par opposition, vous avez la méthode Juppé, beaucoup plus axée sur le social et le dialogue. On prend des virages moins raides que la façon Fillon. François Fillon joue sur cette différence. Son discours est destiné à l’électorat de droite. Il veut faire du sérieux, ce qui a été promis pour la campagne de Sarkozy, sans les mauvais aspects spectaculaires de 2007.

Comment analysez-vous le message de François Fillon à la fin du débat disant qu’il a gagné la bataille idéologique, comme si l'une des deux droites l’avait emporté sur l’autre ?

C’est peut-être un peu présomptueux. Le problème de fond, et dont on n'a pas parlé jeudi soir, c’est qu’on a une France qui a pris des coups très rudes au niveau de l’inconscient, qui sont ces attentats à répétition. Ils ont touché en profondeur les citoyens quels que soient leur âge, leur origine ou leur religion.

Les Français ont donc envie d’être rassurés et en même temps, vous avez un rejet du pouvoir actuel. Depuis décembre 2012, toutes les élections ont été perdues par le pouvoir actuel. On assiste à une volonté de changement, de renouveau.

Par ailleurs, François Fillon, qui était ignoré et dans l’ombre de Nicolas Sarkozy, a grandi. Nous avons donc affaire à quelqu’un qui commence à bien maîtriser les médias, qui sait aussi se mettre légèrement en position de victime, ce qui plaît à l’électorat de droite.

Les différentes droites sont-elles réconciliables ?

Personne ne s'attendait à ce duel. On s'attendait à voir une confrontation entre Nicolas Sarkozy et soit François Fillon, soit Alain Juppé. On arrive en fait à des gens qui ont une modulation, avec plus ou moins de social, plus ou moins de dialogue. 

La réalité, c’est que les états-majors se connaissent. Quand vous avez le directeur de campagne de Fillon, Patrick Stéfanini, qui est un proche collaborateur de Juppé et que les gens se connaissent et qu’ils ont 'subi' une gestion un peu virile de Sarkozy vis-à-vis des uns et des autres, ils ont eu le temps de discuter et de trouver des points communs.