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Primaire à droite : six preuves que le duel entre Sarkozy et Juppé a vraiment commencé

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France Télévisions
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Alain Juppé et Nicolas Sarkozy lors d'un meeting du candidat des Républicains aux régionales en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, à Limoges, le 14 octobre 2015.  (NICOLAS TUCAT / AFP)

Les deux candidats se sont affrontés par meetings interposés samedi. 

La guerre est ouverte. Depuis que Nicolas Sarkozy a officialisé sa candidature à la primaire de la droite, dans son livre Tout pour la France paru mercredi 24 août, l'affrontement avec Alain Juppé, déclaré depuis deux ans, a vraiment commencé. Les deux hommes se sont livrés à leur premier duel à distance, samedi 28 août, par meetings interposés.

L'ancien président de la République était au Touquet (Pas-de-Calais), dans une ambiance surchauffée. Le maire (Les Républicains) de Bordeaux avait choisi Chatou (Yvelines), l'île des impressionnistes, pour un rassemblement plus calme. Deux images opposées pour deux programmes qui le sont tout autant sur certains points. France info passe en revue les piques échangées lors de ce premier round.

1Sur le concept de l'identité française

Depuis son entrée en campagne, Nicolas Sarkozy ne cesse brocarder le maire de Bordeaux et son concept d'"identité heureuse", estimant au contraire que l'identité française est "menacée". Samedi, il a enfoncé le clou : L'identité française, "certains la voient heureuse" a-t-il lancé, citant sans le nommer son rival, le tout sous quelques sifflets. "D'autres comme moi la voient avec un regard plus réaliste", a-t-il ajouté.  

"Chacun aura compris qu'il s'agit d'un objectif", a répondu Alain Juppé lors de son discours. Nicolas Sarkozy "veut taper vite et fort, mais sa première attaque contre Alain Juppé est un mensonge, en expliquant que notre concept d'identité heureuse est un constat", a renchéri le député-maire du Havre, Edouard Philippe, dans les colonnes du Journal du dimanche.  

2Sur le burkini et l'islam

C'est la polémique de la rentrée et Nicolas Sarkozy en a fait un cheval de bataille.  Au lendemain de la décision du Conseil d'Etat de suspendre un arrêté interdisant le port du "burkini" sur les plages, l'ex-patron des Républicains a redit son souhait d'une loi pour interdire ce vêtement mais aussi le port du voile à l'université. "Nous ne voulons pas de signe extérieur d'appartenance à une religion dans notre pays (...) Nous ne l'acceptons pas, c'est la loi, c'est notre mode de vie français, c'est la culture française, c'est la tradition française, c'est comme ça que nous vivons et que nous voulons continuer à vivre", a-t-il lancé sous les acclamations.

Alain Juppé avait fait savoir dans un entretien au Figaro qu'il était contre "une loi de circonstance" sur l'interdiction du burkini. Sans évoquer cette question directement samedi, le maire de Bordeaux a répété qu'il voulait "un accord solennel" entre la République et les représentants des Français musulmans avec "une Charte de la laïcité".

"Je le redis avec force : pour moi, les musulmans qui pratiquent une religion respectueuse de nos lois et de nos valeurs ont toute leur place dans la République. Pas les autres !", a-t-il lancé, voulant "tendre la main aux musulmans". Et d'ajouter: "J'en prends le risque politique."

Pour Nicolas Sarkozy, il n'y a "pas de compromis raisonnable avec l'islam radical et l'islam politique", sources, selon lui, de menaces pour les Juifs de France, les prêtres, les homosexuels, les femmes, la jeunesse.

3Sur la lutte contre le terrorisme 

Depuis Chatou, Alain Juppé a pris le contre-pied de son rival, qui propose de placer en rétention administrative les personnes fichées "S". "Je le dis clairement: je n'accepterai pas un Guantanamo à la française où l'on enfermerait sans jugement des milliers de personnes, pour une durée indéterminée, et sur simple soupçon", a-t-il déclaré.

L'ancien Premier ministre préfère s'en remettre à "l'autorité judiciaire", qui reste "la garante des libertés individuelles" et a proposé, comme le rappelle Le Monde, la création de 10 000 places de prison, l'alourdissement des peines, la mobilisation des réserves de la gendarmerie et la création d’un service de renseignement territorial. 

4Sur l'immigration et le regroupement familial 

Nicolas Sarkozy a raillé samedi, sans nommer Alain Juppé, les "oreilles sensibles" sur ses propositions autour de l'immigration. "J'ai proposé - apparemment ça a choqué quelques oreilles sensibles - de suspendre le regroupement familial tant que l'Europe ne se serait pas dotée d'une politique migratoire. C'est curieux, ça choque quand je le dis, quand (la chancelière allemande) Mme Merkel le fait à l'endroit des réfugiés syriens, personne ne le dit", a fait mine de s'étonner l'ancien chef de l'Etat. Toujours dans Le Figaro, Alain Juppé avait estimé que ce ne serait "pas une attitude humaine"

5Sur le ton et le style 

Sur ce point, tout oppose les deux hommes. Loin du "clivage" et de la "surenchère" incarnés par Nicolas Sarkozy, Alain Juppé a fait sa rentrée politique à Chatou sous le signe du "rassemblement" et de l'apaisement. Le maire de Bordeaux préfère "rassembler plutôt que de vouloir exclure ou stigmatiser, rassembler plutôt que d’exciter les surenchères". "Je refuserai d'instrumentaliser les peurs, de flatter les bas instincts", a-t-il ajouté. Sur Twitter, il avait ironisé cette semaine sur le "défaitisme des prophètes de malheur".

Une stratégie payante en cette rentrée 2016 ? L'entourage d'Alain Juppé reconnaît dans le JDD que "nous ne pourrons jamais concurrencer l'ambiance des meetings de Nicolas Sarkozy, mais nous préférons avoir le nombre que les cris".  "Ce n'est pas gagné, il va falloir mouiller la chemise", glisse Alain Juppé entre deux tirades devant ses 1 800 partisans rassemblés sous le soleil francilien.

La chemise de Nicolas Sarkozy, elle, était bel et bien trempée lors de son discours à la tribune du Touquet. Face aux 2 000 personnes venues l'entendre, il s'est présenté comme l'antithèse du "candidat des compromis bancals, des dénis de réalité et des demi-solutions sur l'immigration comme sur le reste".

6Dans les sondages 

Sur ce plan, Alain Juppé garde l'avantage. Pour l'instant. Selon un sondage TNS Sofres diffusé dimanche 28 août pour LCI, RTL et Le Figaro, Nicolas Sarkozy (+4) et le maire de Bordeaux (-3) feraient jeu égal avec 34% des intentions de vote au premier tour. Le maire de Bordeaux l'emporterait dans tous les cas de figure au second tour.  

L'entourage du favori de la primaire a conscience du potentiel de progression de Nicolas Sarkozy, qui pourrait bien rattraper son retard dans les sondages dans les mois qui viennent. "On fait la course en tête, c'est une position enviable même si elle est fragile", souligne dans le JDD le directeur de campagne d'Alain Juppé, Gilles Boyer. Selon Le Monde, l'équipe du maire de Bordeaux est persuadée "que l’image de Nicolas Sarkozy est trop abîmée dans l’opinion auprès d’une grande partie de la droite et du centre et qu’on ne reconquiert pas un électorat que l’on a déçu".

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