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Primaire à droite : pour Juppé, le second tour face à Fillon est-il déjà perdu ?

Avec plus de 28% des suffrages, Alain Juppé arrive en deuxième place, très loin derrière François Fillon et ses 44%. L'ancien favori de la primaire à droite va avoir bien du mal à remonter la pente.

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France Télévisions
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Alain Juppé, le 20 novembre 2016 à Paris (MARTIN BUREAU / AFP)

Alain Juppé lui-même a donné le ton dès dimanche soir, en employant une formule assez étrange : "J'ai décidé de continuer le combat", a dit le maire de Bordeaux après avoir pris connaissance des résultats du premier tour.

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La formule laisse entendre qu'il a envisagé d'abandonner la bataille face à François Fillon. Et c'est vrai que la situation est très mal engagée pour le second tour. Franceinfo vous explique pourquoi Alain Juppé aura beaucoup de mal à renverser la tendance.

Oui, car l'arithmétique ne joue pas en sa faveur...

François Fillon à plus de 44%, Alain Juppé à 28,6% : l'écart entre les deux qualifiés du second tour, plus de 15 points, est considérable. Et particulièrement difficile à rattraper pour le maire de Bordeaux : il ne manquerait que six points à François Fillon pour atteindre la majorité absolue.

Les ralliements jouent aussi en faveur de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy : s'il n'a pas donné de consigne de vote à proprement parler, l'ancien président a dit qu'il voterait Fillon. Il est probable qu'une partie de ses 20% d'électeurs le suivra. "Le faiseur de roi, le troisième homme, a appelé à voter pour celui arrivé en tête, analyse pour franceinfo Frédéric Dabi de l'institut Ifop. Et la plupart de ses soutiens vont faire de même, comme Laurent Wauquiez ou Eric Woerth. C'est un atout décisif pour l'ancien Premier ministre."

... et la dynamique non plus

La situation du maire de Bordeaux est encore plus compliquée si on examine la dynamique de cette élection. Petit retour en arrière. Favori depuis deux ans, Alain Juppé recule dans les sondages depuis deux semaines. Et décroche finalement de la première place à la veille du premier tour... A l'inverse, François Fillon progresse dans les enquêtes d'opinion depuis presque un mois. Il connaît une poussée spectaculaire ces quinze derniers jours, qui aboutit à une première place, loin devant, ce dimanche 20 novembre.

Quelques jours avant le premier tour, un juppéiste se rassurait ainsi auprès de franceinfo : "Pendant dix-huit mois, Fillon était à peu près à 10% d'intentions de vote. Il vient de prendre huit points. Et il en gagnerait encore douze d'ici dimanche? Je n'y crois pas !" Au final, Fillon a engrangé 22 points supplémentaires et, en trois semaines, a transformé ses 10% d'intentions de vote dans les sondages à 44% de bulletins déposés dans les urnes. Il bénéficie donc d'une dynamique considérable. Un premier sondage de second tour le confirme : selon Opinionway, Fillon recueillerait 56% des voix. 

Oui, car il ne peut plus mobiliser les anti-sarkozystes

Depuis deux ans, Alain Juppé est très populaire dans les sondages, mais il a du mal à transformer cette popularité en adhésion. Il a beaucoup capitalisé sur l'anti-sarkozysme : son statut de favori en faisait le meilleur candidat pour empêcher le retour de l'ancien président. Un argument entendu chez ses électeurs de droite mais aussi de gauche.

D'après un sondage Odoxa pour France 2, 45% des électeurs de Juppé sont allés voter pour faire barrage et non par adhésion, ce qui montre une certaine fragilité chez le maire de Bordeaux. Nicolas Sarkozy éliminé dès le premier tour, quelle sera l'attitude, lors du second acte, de ceux qui ont voté Juppé ? Les électeurs de gauche qui se sont mobilisés pour faire barrage à Nicolas Sarkozy vont-ils se déplacer à nouveau ? Difficile à dire.

Non, car le second tour, c'est une nouvelle élection

"Un second tour, c'est une nouvelle élection. Il y a des électeurs qui sont venus au premier tour et qui ne reviendront pas, il y aura aussi des nouveaux entrants, cela peut avoir une influence sur le résultat", relativise Frédéric Dabi auprès de franceinfo. L'équipe d'Alain Juppé espère mobiliser largement, avec deux angles d'attaque : François Fillon aurait un programme tellement extrême (suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, retour aux 39 heures dans la fonction publique...) qu'il ne pourra pas être mis en œuvre. Et l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, soutenu par Sens commun - le courant des Républicains issu de La Manif pour tous - incarnerait une droite fermée et "nostalgique". Des arguments pour tenter de séduire au-delà des électeurs de droite. 

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