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Primaire à droite : "La percée de François Fillon montre que cette élection se gagne à droite et non au centre"

Avec l'aide de Martial Foucault, directeur du Cevipof, franceinfo analyse les résultats du premier tour, marqué par la percée fulgurante de François Fillon.

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Propos recueillis par - Clément Parrot
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
François Fillon réagit après son arrivée en tête au premier tour de la primaire à droite, le 20 novembre 2016 à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

Les sondages se sont trompés. François Fillon termine largement en tête du premier tour de la primaire à droite avec plus de 44% des voix, dimanche 20 novembre. Ce résultat surprise modifie le paysage politique français, en offrant un nouveau statut à l'ancien Premier ministre et en mettant à l'écart Nicolas Sarkozy, évincé du second tour au profit d'Alain Juppé. Martial Foucault, directeur du Cevipof, analyse pour franceinfo les enseignements de ce scrutin.

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Franceinfo : Comment expliquez-vous ce triomphe surprise de François Fillon ?

Martial Foucault : C'est une surprise pour les instituts de sondage tout comme pour les politiques. François Fillon aurait pu être élu dès le premier tour. Cela nous oblige à réfléchir, notamment sur la mobilité des électeurs. Dans une même famille politique, ils ont beaucoup plus de facilité à se déplacer d'un candidat à un autre. Les principales mesures proposées par François Fillon, qui paraissent assez brutales pour certains, semblent en ligne avec les aspirations du peuple de droite. L'ancien Premier ministre a mis l'agenda économique au cœur de son programme, contrairement à Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy.

Autre enseignement, la percée fulgurante de François Fillon se fait au détriment de Bruno Le Maire, dans une sorte de réflexe de vote utile. L'électorat de ce dernier a visiblement choisi d'installer un candidat crédible dès le premier tour et également d'écarter Nicolas Sarkozy. La percée se crée aussi au détriment d'Alain Juppé, ce qui montre que cette élection se gagne à droite et non au centre. Il y a aussi une erreur d'analyse sur le sursaut de mobilisation : on pensait qu'il profiterait à Alain Juppé. En fait, l'électorat de droite a trouvé chez François Fillon un programme plus séduisant. Ensuite, il reste des voies impénétrables dans l'analyse du phénomène Fillon.

Assiste-t-on à la mort politique de Nicolas Sarkozy ?

Notons qu'il n'a pas employé de mots signifiant un retrait de la vie politique, donc ce n'est pas aussi clair que ça. Je pense qu'il attendra l'issue du second tour pour annoncer réellement son destin politique. Ensuite, est-ce qu'il s'est planté ? La réponse est oui, avec un score de 20% et une troisième place, c'est un désaveu terrible.

Contrairement à Alain Juppé, il avait choisi de mettre l'accent sur des terrains liés aux valeurs, avec les thèmes de la sécurité, de l'identité et de l'Etat de droit. On a ici une forme de désalignement entre les enjeux jugés prioritaires pour les Français et les thèmes choisis par Nicolas Sarkozy. L'ancien président est revenu en étant beaucoup moins offensif sur les questions d'emploi. Du coup, il ne restait que la sécurité. Il pensait que cela suffirait pour se démarquer d'Alain Juppé, mais il s'est trompé d'adversaire, vu que le danger venait de François Fillon.

Et puis, il y a peut-être une volonté de renouvellement à droite. Nicolas Sarkozy s'est entouré de personnes qui étaient déjà au cœur de son quinquennat. Une partie de son électorat attendait sans doute plus : on constate une forme de rejet de la personne et des idées mises en avant par l'ancien président. Le rejet exprimé lors de cette primaire ne vient pas seulement de l'électorat de gauche.

Le résultat de ce premier tour est aussi une forme de désillusion pour Alain Juppé...

Il était autour de 35% dans les sondages, donc il perd environ six points au profit de François Fillon. Cela montre d'abord que son positionnement au centre n'a pas fonctionné. C'est un peu un désaveu pour Alain Juppé, qui n'a pas changé sa stratégie pendant toute sa campagne. Comme tout le monde, il n'a pas vu venir la dynamique de l'ancien Premier ministre, qui s'est révélée brutale et soudaine.

Enfin, Alain Juppé a peut-être moins démontré son envie d'être président. Il n'a pas su prouver qu'il s'agissait d'un enjeu décisif pour le pays, alors que François Fillon était un peu plus agressif. Combiné à son âge, cela lui a sans doute été défavorable. Sans oublier qu'il est toujours plus difficile de faire la course en tête.

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