Primaire à droite : "Le côté austère de François Fillon est dans l'air du temps"

Pour le politologue Patrick Lafarge, le succés de François Fillon est dû au fait qu'il incarne le "renouveau par rapport à Sarkozy et Juppé".

François Fillon lors de son discours de victoire au premier tour de la primaire de la droite et du centre, dimanche 20 novembre 2016.
François Fillon lors de son discours de victoire au premier tour de la primaire de la droite et du centre, dimanche 20 novembre 2016. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le politologue Patrick Lafarge, spécialiste des cartes électorales, estime, lundi 21 novembre sur franceinfo, que la large avance de François Fillon lors du premier tour de la primaire à droite (44,1%) s’explique par l’incarnation du changement par François Fillon : il "apparaît comme le renouveau par rapport à Nicolas Sarkozy et à Alain Juppé".

franceinfo : Comment analysez-vous cette énorme participation à la primaire à droite et ce vote largement en faveur de François Fillon ?

Patrick Lafarge : Il y a une volonté profonde des Français de rentrer dans la présidentielle, de se l’approprier. On avait vu des sondages significatifs et répétés sur le fait qu’ils voulaient que ça bouge, que ça change, qu’ils ne voulaient pas la reproduction de la présidentielle de 2012. De toute évidence, ils sont entrés dans le jeu. (…) Et vous avez deux candidats qui sont sanctionnés qui ont eu affaire à la justice. Les Français, à mon humble avis, ont aussi sanctionné cela. Je pense que c’est entré en ligne de compte pour Nicolas Sarkozy et pour Alain Juppé, les rappels d’une condamnation ont accroché un certain nombre de gens. (…) Ce qu’il faut, c’est regarder la carte du vote en France, c’est absolument sidérant, tout est en bleu Fillon, sauf un tout petit bout d’Aquitaine. (…) Je ne veux pas dire que c’est une valeur refuge, mais [le vote Fillon] est un choix consensuel, géographiquement, sur l’ensemble du territoire.

L’avance de François Fillon est-elle dûe aux voix des électeurs de gauche ?

L’électorat de gauche, d’après ce qu’on comprend, a plutôt voté du côté d’Alain Juppé. Vous avez un électorat de droite du centre, conservateur, rural, qui ont fait front derrière François Fillon, et ils ont "déserté" le favori des sondages, Alain Juppé, quand il y a eu ce bruissement à propose d'une alliance avec celui qui a emmené François Hollande vers la présidence : François Bayrou.

Pourtant, les sondages ont montré que les électeurs voulaient du renouveau, et François Fillon a déjà été Premier ministre notamment ?

Je pense que c’est François Fillon qui apparaît comme le renouveau par rapport à Nicolas Sarkozy, renouveau par rapport à Alain Juppé. Il était dans l’ombre jusqu’à présent et le paradoxe, c’est que le plus ancien politique, c’est lui. François Fillon est devenu député en 1981, à cette époque-là, Nicolas Sarkozy était simple conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine et Alain Juppé n’était pas encore adjoint au maire de Paris. On a donc quelqu’un qui a particulièrement bien réussi les débats, mais il y a aussi son apparence, sa modération, sa fermeté sur un certain nombre de sujets, qui font écho dans la population, avec un discours clair : "Je ne travaille pas avec une certaine gauche, je suis ouvert à un certain nombre de choses". Il n’y a pas ce côté bling-bling. Il y a un petit côté austère chez François Fillon, c’est dans l’air du temps.