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Après sa victoire à la primaire de la droite, François Fillon est-il le grand favori pour la présidentielle de 2017 ?

S'il s'est ouvert une voie vers l'Elysée, la route est encore longue pour le candidat de droite.

Article rédigé par
Axel Roux - Thomas Baïetto
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
François Fillon, lors de son discours de victoire de la primaire de la droite, dimanche 27 novembre, à Paris. (CITIZENSIDE/FRANCOIS PAULETTO / CITIZENSIDE)

C'est une petite musique qui a rythmé la campagne de la primaire de la droite : le vainqueur du scrutin sera le prochain président de la République. Investi candidat du parti Les Républicains, François Fillon a-t-il déjà tué le match ? Au lendemain de sa victoire éclatante, dimanche 27 novembre, franceinfo pèse le pour et le contre.

Oui, les sondages lui sont (déjà) favorables 

A peine endossé le costume de candidat de la droite pour 2017, François Fillon est déjà crédité de fortes intentions de vote dans les sondages. C'est en tout cas l'enseignement de l'enquête d'Odoxa pour France Télévisions*, réalisée le 25 novembre et diffusée au soir de la victoire de l'ancien Premier ministre à la primaire de la droite. François Fillon arriverait ainsi en tête du premier tour avec 32% des intentions de vote, devant Marine Le Pen (22%), Emmanuel Macron (13%), Jean-Luc Mélenchon (12%) et François Hollande (8%).

Les résultats d'un sondage sur l'élection présidentielle, diffusé le 27 novembre 2016 sur France Télévisions. (FRANCE TELEVISIONS)

Au second tour, le "Thatcher de la Sarthe" l'emporterait largement contre la patronne du Front national, récoltant 71% des intentions de vote contre 29% pour Marine Le Pen. Une tendance que l'on retrouve également dans un sondage Harris Interactive pour LCP et Public Sénat publié dimanche 27 novembre. Dans cette étude, François Fillon est crédité de 67% des intentions de vote face à Marine Le Pen (27%). En revanche, selon cette étude, l'ancien Premier ministre serait ex-æquo avec la candidate FN au premier tour.

Oui, la gauche est en lambeaux

A moins de six mois de l'échéance, la gauche de gouvernement navigue en plein brouillard. François Hollande sera-t-il candidat à sa réélection ? Manuel Valls va-t-il lui griller la politesse ? Arnaud Montebourg remportera-t-il la primaire ? Emmanuel Macron va-t-il aller jusqu'au bout ? Jean-Luc Mélenchon devancera-t-il le candidat du Parti socialiste ? Autant d'inconnues qui minent la perspective d'un rassemblement de la gauche pour la présidentielle. Et qui devront être levées si elle ne veut pas être absente du second tour.

Oui, il bénéficiera de l'élan de la primaire

Dans la bataille de la primaire, François Fillon a réuni sur son nom 1,8 million d'électeurs au premier tour et près de 3 millions au second. C'est nettement plus que François Hollande – 1 million au premier tour, 1,6 au second – lors de la primaire socialiste de 2011. Ce matelas de voix, ainsi que les fonds récoltés pendant ces deux tours de scrutin, devraient lui permettre d'aborder la campagne présidentielle dans les meilleures dispositions. D'autant qu'avec la primaire de la droite, François Fillon a pu bénéficier d'une forte exposition médiatique. Une couverture qui lui permet aujourd'hui d'insuffler son programme dans l'opinion publique plus vite que ses concurrents à l'Elysée.

Non, la campagne est encore longue

Adoubé par la droite, François Fillon doit désormais tenir la corde jusqu'au premier tour de l'élection présidentielle, le 23 avril prochain. Une course de fond dans laquelle le député de la Sarthe risque de prendre plus de coups que lors de la primaire de la droite, explique à franceinfo le filloniste Bruno Retailleau, président du conseil régional des Pays de la Loire.

La présidentielle sera difficile. il sera sous les feux croisés de la gauche et du FN.

Bruno Retailleau

à franceinfo 

En position de force pour 2017, François Fillon doit désormais réfléchir à gérer son avance sans s'effondrer dans la dernière ligne droite, à l'instar d'Alain Juppé. "C'est difficile de faire la course en tête", reconnaît Gérard Longuet, interrogé par franceinfo.

"Dans chaque campagne présidentielle, on voit bien que les champions de l’automne ne sont pas toujours ceux du printemps suivant", explique Yves-Marie Cann, directeur des études politiques de l'institut Elabe"Quand la présidentielle commence dans la tête des Français, les Français remettent les compteurs à zéro et là commence la rencontre de chaque candidat avec le pays", corrobore le politologue Stéphane Rozès, enseignant à Sciences Po et HEC.

Non, le FN peut toujours créer la surprise

François Fillon peut-t-il vraiment siphonner les voix du FN ? Pas sûr. Malgré ses soutiens traditionalistes à l'image du mouvement Sens commun, l'une des émanations politiques issues de l'opposition au mariage gay, le Front national bénéficie d'un ancrage solide parmi cet électorat, notamment incarné par Marion Maréchal-Le Pen. Selon un sondage Ifop cité par le magazine Challenges38% des électeurs frontistes se reconnaissent encore dans les valeurs de La Manif pour tous diffusées au sein de la société française, contre 29% des électeurs des Républicains.

Porteur d'un programme économique viscéralement libéral et partisan d'une baisse radicale des dépenses publiques, François Fillon prend aussi le risque de se couper d'un électorat populaire de droite (ruraux, petits commerçants, etc.) rongé par la peur du déclassement et soucieuse de ne pas perdre ses derniers services publics de proximité. Quoi qu'il arrive dans la campagne présidentielle, gare à ne pas enterrer le FN, prévient Stéphane Rozès. "L'exemple du Brexit et de l’élection de Donald Trump montrent que les interrogations et les inquiétudes travaillent toutes les grandes démocraties occidentales."

Cela a comme effet de montrer qu’on peut renverser la table sans casser la baraque, au détriment des gens d’en haut. Ces deux exemples montrent qu’il serait hasardeux de penser que Marine Le Pen serait forcément battue au deuxième tour de la présidentielle.

Stéphane Rozès

à franceinfo

* Sondage Odoxa réalisé sur internet le 25 novembre auprès d'un échantillon de 998 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont 844 personnes comptant aller voter au premier tour et 862 au second tour. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération.

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