La volonté rassembleuse de Laurent Wauquiez "amputée de façon nette" par le départ de Xavier Bertrand

Frédéric Saint Clair, spécialiste de la droite, "ne pense pas que Valérie Pécresse et Alain Juppé restent longtemps dans le giron de LR si la droitisation se confirme". Il a livré ses analyses à franceinfo lundi, après le départ de Xavier Bertrand des Républicains. 

Xavier Bertrand le 13 juin 2017 à Crest (Drôme). 
Xavier Bertrand le 13 juin 2017 à Crest (Drôme).  (CHRISTOPHE ESTASSY / CITIZENSIDE)

Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, a annoncé lundi 11 décembre qu'il quittait "définitivement" Les Républicains, au lendemain de l'élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti, dès le premier tour. "Il y a du fait de cette fracture forte et de l'incapacité de la droite qui est amputée de toute sa partie libérale d'être vraiment proactive, une volonté de chacun d'exister par soi-même", a estimé sur franceinfo Fréderic Saint Clair, analyste politique et spécialiste de la droite.

franceinfo : Y a-t-il deux droites irréconciliables ?

Fréderic Saint Clair : Le caractère irréconciliable est extrêmement dépendant des échéances électorales. En l'absence d'échéances électorales de court terme, les fractures sont beaucoup plus visibles. Cette coupure idéologique entre la droite modérée et la droite autoritaire, ou forte, a pris un tour très particulier, parce qu'une partie de la droite est aux manettes, à l'Économie, au budget, le Premier ministre.

Y a-t-il aussi des questions de personnes ?

Il y a bien évidemment des questions de personnes, et on ne peut pas ne pas imaginer que la prise de décision de Xavier Bertrand ne soit pas en partie une posture personnelle, une volonté de rester isolé, de rester seul, de voir venir, d'attendre éventuellement le moment opportun pour lancer un mouvement, pour en rallier un autre. Il y a du fait de cette fracture forte et de l'incapacité de la droite qui est amputée de toute sa partie libérale d'être vraiment proactive, une volonté de chacun, des individualités, d'exister par soi-même.

Est-ce une façon pour Xavier Bertand de parier sur un échec de Laurent Wauquiez ?

Clairement. Une façon de minimiser tout d'abord. C'est une famille politique qu'il ne reconnaît plus vraiment. Je pense qu'il y a une part de sincérité qu'il ne faut pas écarter. Il y a une vraie droitisation de Les Républicains, assumée. Il y a une distance idéologique entre un certain nombre de barons : Xavier Bertrand, mais aussi Valérie Pécresse et Alain Juppé. Et cette volonté de recréer une autre droite plus conforme à ce qu'ils ont connu par le passé, avec la petite parenthèse Sarkozy sur le côté, une volonté d'avoir une droite beaucoup plus centriste. Le problème c'est que cette droite existe déjà, elle est à La République en marche.

La volonté de rassemblement affichée par Laurent Wauquiez est-elle rendue encore plus difficile aujourd'hui ?

Elle est amputée de façon nette par le départ de Xavier Bertrand. Elle va ensuite être amputée par les prises de position successives d'autres barons de la droite. On a déjà entendu le mouvement émerger de Christian Estrosi, je ne pense pas que Valérie Pécresse et Alain Juppé restent longtemps dans le giron de LR si la droitisation se confirme.