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Le consul de France à Londres s'inquiète d'une participation "scandaleusement faible" aux élections

Le consul de France en Grande-Bretagne s'inquiète de la participation de "ses chers compatriotes" aux prochains scrutins. Il le leur a fait savoir. Ce qui a provoqué un certain émoi dans la communauté. Sa hantise : un taux "scandaleusement faible".
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Edoaurd Braine (à droite) a été ambassadeur de France en Malaisie (UPALI ATURUGIRI / AFP)

Le consul de France en Grande-Bretagne s'inquiète de la participation de "ses chers compatriotes" aux prochains scrutins. Il le leur a fait savoir. Ce qui a provoqué un certain émoi dans la communauté. Sa hantise : un taux "scandaleusement faible".

Elle buzze, elle buzze, la lettre du consul général de France à Londres. Les expatriés destinataires n'en sont pas encore revenus.

C'est qu'il est fier, le consul. Fier de la mobilisation de son équipe qui aura travaillé 18 mois pour préparer au mieux les échéances électorales : "effort gigantesque", "travail intense". Tellement fier qu'il entend bien obtenir de "ses chers compatriotes", la juste contre partie de cet investissement.

La hantise d'Édouard Braine ? Une participation électorale "scandaleusement faible" (..) qui poserait la question de savoir si l'attention de la Mère Patrie à ses enfants expatriés est vraiment méritée."

Une préoccupation des états-majors politiques

C'est le blogueur H16 qui a "popularisé" cette leçon de morale aux accents surannés. Et ce libéral iconoclaste et anonyme d'adresser à son tour, sans mâcher ses mots, une véritable leçon de maintien démocratique au diplomate trop zélé : "Le summum est atteint avec l'évocation d'une 'participation scandaleusement faible'".

"C'est quoi, 'scandaleusement faible' ? 50% ? 10% ? 1% ? Et si c'est 1.2%, poursuit le blogueur, c'est 'scandaleusement faible' ou juste faiblichon ?" Et de poursuivre sur un ton très polémique.

On n'est pas sûr que le zèle maladroit du diplomate consciencieux mérite une charge aussi violente. Une "admonestation charitable" aurait pu suffire. Ce dont on est certain par contre, c'est que le taux d'abstention des Français de l'étranger préoccupe beaucoup les états majors politiques et l'administration.

Depuis 1981, le taux n'a cessé de baisser

Les données statistiques semblent en effet implacables. Depuis 1981, date de la première participation des expatriés à la présidentielle, le taux de participation n'a cessé de baisser. Plus nombreux sont les électeurs inscrits, moins nombreux sont les votants ! De 78,79% en 1981 à 42,13% lors du second tour de la présidentielle de 2007 ! Un effondrement de près de 50% !

On connait certaines raisons de cette désaffection. Si les effectifs des Français de l'étranger ont fortement progressé (près de 50% en dix ans), ils se sont surtout rajeunis. L'état d'esprit des candidats au départ a beaucoup changé.

Aujourd'hui, on s'expatrie moins qu'on ne tente sa chance dans une autre partie de la société mondialisée…qu'on espère souvent plus ouverte. Que les liens se distendent dans ces conditions, n'est pas si surprenant.

Le gouvernement joue la carte de la séduction

Pour autant la partie est-elle définitivement jouée ? Pour avoir longtemps et régulièrement penchés à droite, les Français de l'étranger ont fait l'objet de toutes les attentions de la majorité présidentielle.

Sur le plan politique d'abord. En créant onze circonscriptions législatives réservées (une des 110 propositions de François Mitterrand en 1981), puis un secrétariat d'État dédié, le gouvernement a clairement joué la carte de la séduction.

Sur le plan logistique, ensuite. En ouvrant la possibilité de vote par Internet et en faisant passer le nombre de bureau de votes de 580 à 783, d'une élection à l'autre, l'administration des Français de l'étranger aura tout fait pour aider les électeurs dispersés et favoriser une participation record, comme espéré à l'origine.

On comprend mieux avec le recul, et la pression qu'ont eu à subir les équipes consulaires, et l'angoisse du consul de Grande-Bretagne au moment du penalty à l'approche du verdict des urnes.

Les e-mails du candidat Sarkozy

Car tous ces efforts risquent de pas être récompensés. La plupart des observateurs penchent plutôt pour une confirmation des tendances à l'abstention plutôt qu'à un regain d'intérêt. Un récent sondage de TV5 et du petitjournal.com laisse lui aussi entrevoir une participation faible .

Reste à mesurer l'effet des derniers épisodes de la campagne en direction des électeurs de l'étranger.

Les e-mails répétés du candidat Sarkozy et l'annonce d'un éventuel impôt lié à la nationalité ont provoqué la polémique. Sur la Toile, de nombreux Français de l'étranger ont manifesté leur irritation.

La manière dont va se traduire ce sentiment, distance supplémentaire ou volonté nouvelle de se faire entendre, constitue la dernière (petite) incertitude sur leur comportement, à moins de 10 jours du scrutin.

Interrogation sur le vote des binationaux

Une difficulté réglementaire nouvelle, passée inaperçue (arrêté du 2 mars) pourrait encore influencer significativement les taux de participation.

"Désormais l'électeur ne pourra plus voter avec sa pièce d'identité étrangère comme c'était le cas jusqu'à présent". C'est l'Association démocratique des Français à l'étranger (ADFE) qui lance l'avertissement sur son tout nouveau site.

Cette nouvelle disposition pourrait empêcher un nombre significatif d'électeurs, notamment binationaux, de pouvoir voter. Soit sur place, soit par correspondance. L‘ADFE (classée à gauche) a averti le ministère sur les graves inconvénients de cette mesure.

Les intertitres sont de Francetv2012. Vous pouvez retrouver cet article en intégralité sur ce blog.

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