LREM : "Il y a un problème d'identité, de positionnement idéologique" au sein du parti

Après les démissions de Pierre Person et d'Aurore Bergé du bureau exécutif de La République en marche, le politologue Bruno Cautrès identifie mardi 22 septembre un "problème de positionnement idéologique" au sein du parti. 

Photo de famille de La République en marche lors des journées parlemetnaires à Amien, le 11 septembre 2020.
Photo de famille de La République en marche lors des journées parlemetnaires à Amien, le 11 septembre 2020. (FRANÇOIS SAUVESTRE / FRANCE-BLEU PICARDIE)

La force de La République en marche, "c'était la faiblesse des autres", selon le politologue et chercheur au Cevipof Bruno Cautrès, mardi 22 septembre sur franceinfo. 

Les démissions se succèdent à la direction du parti, avec celles du numéro 2 Pierre Person, lundi 21 septembre, et celle, dans la foulée, des députés Sacha Houlié et Aurore Bergé du bureau exécutif. Bruno Cautrès pointe un "problème d"identité, de positionnement idéologique" au sein du parti présidentiel. 

franceinfo : Quel est le problème de La République en Marche ?

Bruno Cautrès : Le problème des marcheurs, c'est d'abord que c'est une organisation politique de création assez récente. C'est leur première grave crise. Toutes les organisations politiques, notamment lorsqu'elles exercent le pouvoir, connaissent régulièrement des crises. Quand une organisation a gagné l'élection présidentielle, qu'elle domine au niveau de l'Assemblée nationale, ce qui est le cas de La République en marche, elle a souvent des crises, parce qu'apparaissent à ce moment-là des courants, des tendances, des sensibilités différentes. Au fond, c'était là depuis le début. Il y a un problème d'identité, de positionnement idéologique. Les marcheurs sont diversifiés. Nous avions conduit, il y a deux ans, une grande étude sur la sociologie des marcheurs entre la Fondation Terra Nova et le Cevipof et nous avions identifié cinq groupes de marcheurs. Le premier groupe représentait un tiers des membres, c'était des progressistes libéraux, économiquement tolérants, culturellement progressistes. C'est le cœur du macronisme. Mais on avait deux familles politiques aussi extrêmement importantes, avec 23% chacune. Des progressistes égalitaires, des gens qui viennent de la gauche, qui veulent de la justice sociale, et puis des conservateurs libéraux, des gens qui viennent de la droite et qui veulent qu'on ferme davantage de frontières et qui veulent aussi une économie plus compétitive. On voyait très bien que la force de ce mouvement politique, c'était la faiblesse des autres.

Pierre Person parle d'un mouvement fantôme sans implantation locale. L'éloignement des territoires est-il un handicap pour le parti présidentiel ?

Oui, une formation politique ne peut pas exister simplement à la fois comme un laboratoire d'idées ou comme exerçant les plus hautes fonctions au niveau national. Une formation politique, c'est quand même de la politique à la base, c'est du contact avec les citoyens, c'est de la connaissance de terrain, c'est une capacité d'emprise avec le territoire, le tissu économique local, les acteurs associatifs au plan local, tous ceux qui essaient de faire avancer les choses. Ça, c'est un point faible de La République en marche depuis le début. Cette formation politique a été créée autour de la personnalité d'Emmanuel Macron et Emmanuel Macron, sa première caractéristique n'était pas - et je crois que ça n'est toujours pas - d'incarner la diversité et les profondeurs du territoire.

Tous les candidats LREM ont été éliminés aux législatives partielles. Mais le parti peut-il remporter les élections sénatoriales qui arrivent ?

Quand on met les choses bout à bout, on voit que LREM, après la séquence électorale de 2017, a perdu les élections européennes de 2019, certes d'une courte tête, mais c'est le Rassemblement national qui a gagné. Ensuite, elle a eu une séquence extrêmement difficile au moment des élections municipales. Inutile de rappeler la très forte désillusion dans la ville de Paris. Et puis, ces élections législatives partielles. Arrivent des élections sénatoriales qui ne s'annoncent pas très bonnes pour LREM. 

On voit une forte difficulté de cette formation politique qui, pourtant, a été catapultée littéralement en quelques mois par la séquence présidentielle de 2017.Bruno Cautrèsà franceinfo

Il y a une difficulté structurelle pour cette formation à identifier son corpus idéologique. On l'a bien vu aux élections municipales, ils avaient essayé de dire : "on va décliner le progressisme au niveau municipal" et puis, ça a disparu du tableau parce qu'ils n'arrivaient pas à définir ce progressisme municipal. Les anciens conseillers d'Emmanuel Macron avaient publié un livre qui voulait théoriser le progressisme mais ce livre a connu un succès très limité [Le progrès ne tombe pas du ciel, écrit par Ismaël Emelien et David Amiel]. Donc il y a effectivement une difficulté structurelle qui est à la fois d'incarner ce qu'est le macronisme en dehors d'Emmanuel Macron - quel paradoxe ! - et d'incarner ce qu'est LREM, quel poids, quelle place elle peut trouver dans le dispositif de l'exécutif. Aujourd'hui, c'est tout sauf simple.