"Ce texte est stigmatisant" : députés macronistes, ils s'élèvent contre la réforme de l'immigration et disent pourquoi

Plusieurs députés de la majorité n'hésitent pas à critiquer publiquement le projet de loi porté par le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. 

Le député LREM François-Michel Lambert à l\'Assemblée nationale, le 8 novembre 2016.
Le député LREM François-Michel Lambert à l'Assemblée nationale, le 8 novembre 2016. (MAXPPP)

Un début de fronde. Jusque-là au diapason sur les projets de loi portés par le gouvernement, le groupe La République en marche à l'Assemblée nationale connaît aujourd'hui des dissensions à l'occasion de l'examen de la réforme de l'asile et de l'immigration.

>> L'article à lire pour comprendre la très critiquée réforme de l'asile et de l'immigration

Alors que le texte porté par le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, est arrivé en séance plénière à l'Assemblée, lundi 16 avril, plusieurs députés macronistes ont fait entendre leurs critiques. Franceinfo a rassemblé leurs arguments.

Matthieu Orphelin : "Un vote 'pour' était, pour moi, trop loin de mes convictions"

"Après de mûres réflexions, j'ai pris la décision difficile de ne pas voter pour la loi asile et immigration. (...) Je ne mésestime aucune des avancées obtenues collectivement en commission (...) Mais, sur d'autres points, pourtant centraux dans le texte, je n'ai pas convaincu la majorité qu'il fallait faire évoluer le texte.

Chacun comprendra sans peine qu'un vote pour était pour moi, compte tenu de l'état d'arrivée de ce texte, trop loin de mon parcours, de mes convictions, mais, aussi je pense, trop loin de certains compromis que nous aurions dû et pu trouver avec le gouvernement."

(le 13 avril dans un communiqué)

Sonia Krimi : "Je ne pense pas que la loi aille dans le sens de la simplification"

"L'idée et la philosophie globale du texte sont bonnes : mieux accueillir et mieux éloigner... Mais tout ça dans la dignité ! Il faut faire attention à ne pas humilier les étrangers et surtout garantir leurs droits.

[Le placement en rétention des enfants] est réellement un point de désaccord aujourd'hui. Autre point : si on diminue le délai de recours devant la Cour nationale de droit d'asile, on oblige des personnes qui sont les plus fragiles à ne pas redéposer de recours. 

Moi, je n'ai pas connu les centres de rétention, mais j'ai connu les queues à la préfecture. J'ai connu le fait d'arriver à 4 heures du matin, pour avoir une place à 7 heures pour espérer prendre un petit ticket et attendre jusqu'à 15 heures pour qu'après, vous passiez devant des fonctionnaires qui sont dépassés par le nombre dossiers qu'ils ont à traîter. Toute la chaîne est en souffrance. Il n'y a pas que les étrangers qui sont en souffrance, il y a aussi une administration qui est écrasée. Et je ne pense pas que la loi aille dans le sens de la simplification."

(le 17 avril sur France Inter)

Jean-Michel Clément : "Le projet de loi ne servira à rien"

"Je dis que le projet de loi ne servira à rien parce que le phénomène est d'ampleur. Nous avons manqué une occasion de nous poser les bonnes questions sur les politiques migratoires à l'aube du XXIe siècle. Ce projet de loi est trop dur parce qu'il méprise les droits de la défense, il met les demandeurs d'asile et les migrants dans des situations de dépendance totale. Et il est à la fois inutile parce qu'il ne règle absolument rien, notamment sur la problématique de l'éloignement. 

Il faut regarder quels sont les moyens dont nous disposons pour mettre en place notre politique. C'est la face cachée de ce texte. On ne parle pas des moyens mis à la disposition de nos forces de police, des moyens mis à la disposition des magistrats. Ce texte est totalement contraire aux principes qui sont les miens, aux valeurs qui sont les miennes, je m'y opposerai sans hésitation."

(le 17 avril sur franceinfo)

Delphine Bagarry : "Il va y avoir une diminution des droits de la défense"

"On partage la préoccupation du fait que les délais d'instruction doivent être beaucoup plus courts, le fait qu'il faille beaucoup mieux accueillir en France... Mais cela ne peut pas se faire aux dépens des droits de la défense. C'est ce que l'on reproche à ce texte des lois : il va y avoir une diminution des droits de la défense. Quel sens politique on veut mettre derrière ça ? Alors qu'on sait que ça ne sera pas une mesure qui sera efficace et qui va toucher les plus vulnérables et les plus fragiles." 

(le 16 avril sur franceinter)

Martine Wonner : "Les étrangers méritent notre attention" 

"En l'état, je vais m'abstenir [lors du vote de la loi]. Je n'exclus pas l'idée de voter contre, mais je pense, fort du dialogue que nous avons eu avec le ministre, que le ministre a bien compris ce que nous attendions, c'est-à-dire un véritable engagement du gouvernement sur des points qui nous tiennent particulièrement à cœur.

Les étrangers, ce sont des hommes, des femmes, des enfants, qui ont eu un parcours parfois très long, très traumatique et qui mérite toute notre attention. Je ne souhaiterais pas que la question des droits de l'Homme, la question du social ne puissent pas être portées par les députés de la majorité.

Le ministre de l'Intérieur nous a fait montre à plusieurs reprises de sa fermeté. Maintenant, il faut donner toute l'attention aux personnes les plus vulnérables. Ce texte présente pour moi des points de fragilité et notamment le délai de recours [pour les demandeurs d'asile déboutés] qui passerait de 30 à 15 jours." 

(le 16 avril sur RTL)

Stella Dupont : "Je ne me retrouve pas dans ce texte trop éloigné de mes valeurs"

"Malgré des avancées que je salue, ce texte me semble toujours insatisfaisant sur de trop nombreux points, tels que la durée maximum de placement en rétention, la réduction du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou encore la suppression du caractère suspensif du recours devant la CNDA dans certains cas.

(...) Engagée de longue date sur la question de l'accueil et de l'intégration, je ne me retrouve pas dans ce texte. Trop éloigné de mes valeurs, ce projet de loi continue de m'interroger et, en l'état, je ne pourrai voter favorablement."

(le 16 avril dans un communiqué)

François-Michel Lambert : "Ce texte est stigmatisant"

"Il y a un an, j'ai défendu le programme d'Emmanuel Macron. Et dans celui-ci, on était plutôt sur de la bienveillance, sur l'idée que l'étranger n'était pas un ennemi, qu'il fallait trouver les moyens de son intégration…

J'aurais aimé que dans cette loi, qui est plus une loi de défiance, il y ait aussi un accompagnement. Ce texte est stigmatisant. C'est cela qui m'inquiète. [Au moment du vote du texte] je serai sur l'abstention."

(le 17 avril sur BFMTV)

Sandrine Mörch : "Nous avons vraiment de grosses divergences"

"Tout l'enjeu de cette semaine dans l'hémicycle est de continuer ce bras de fer amical, où on va confronter nos points de vue, pour arriver - je l'espère de tout coeur - à un accord. Nous avons vraiment de grosses divergences.

(…) La réduction des délais de dépôt de la demande d'asile — de 120 à 90 jours — pose un vrai problème, parce qu'on est avec des parcours extrêmement compliqués. Moi je suis allée dans les camps de réfugiés au Kurdistan, au Burundi, au Rwanda… J'ai vu ce que c'était un réfugié. On n'arrive pas indemne. Il faut le temps de comprendre un papier en français, une administration française… Si on accélère tout cela, ça va être destructeur. J'attends [du ministère de l'Intérieur] plus d'humain, plus d'accueil, plus d'intégration."

(le 18 avril sur Europe 1)