"Vous ne pouvez pas dire 'vive la France' ?" : une interview d'une députée "insoumise" suscite la polémique

Invitée des "Grandes Gueules" sur RMC, Danièle Obono a été interrogée sur une pétition qu'elle a signée cinq ans plus tôt. La séquence a été largement partagée par les réseaux d'extrême droite. 

La députée \"insoumise\" Danièle Obono, le 20 juin 2017, à son arrivée à l\'Assemblée nationale à Paris. 
La députée "insoumise" Danièle Obono, le 20 juin 2017, à son arrivée à l'Assemblée nationale à Paris.  (MAXPPP)

"Vous signez plus facilement 'nique la France' que vous ne dites 'vive la France'." Le passage de la députée Danièle Obono, mercredi 21 juin, au "Grand oral des Grandes Gueules" sur RMC a fait couler beaucoup d'encre.

Sur le plateau de l'émission, l'élue de La France insoumise est invitée à se justifier sur une pétition qu'elle a signée en 2012 en soutien au groupe ZEP, attaqué pour son titre Nique la France. Dans la foulée, les animateurs de l'émission tentent par tous les moyens de lui faire dire "vive la France". Ce qu'elle fait à demi-mot. Voici la séquence : 

Une plainte d'une association d'extrême droite

"Les Grandes Gueules" sont réputées pour bousculer les personnalités invitées. Les animateurs n'ont pas dérogé à la règle cette fois-ci, en exhumant cette pétition signée cinq ans plus tôt par de nombreuses organisations et personnalités de la gauche radicale.

A l'époque, elle avait pour but de défendre le rappeur Saïdou, du groupe ZEP (Zone d'expression populaire), et le sociologue et militant Saïd Bouamama, tous deux mis en examen pour "injures publiques" après avoir co-écrit le livre-CD Nique la France - Devoir d’insolence. C'est surtout le clip de la chanson du même nom qui avait suscité l'indignation. 

La plainte avait été déposée par l’Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne), une association d'extrême droite. La pétition en question, republiée par Libération, inscrivait la chanson "dans une longue tradition pamphlétaire des artistes engagés en France", citant notamment le "j’baise ma Marseillaise" de Léo Ferré ou le "votre République, moi j'la tringle" de Renaud. Dans cette affaire, Saïdou et Saïd Bouamama ont été relaxés.

De Thierry Mariani aux réseaux identitaires

Interrogée sur cette pétition, mercredi, Danièle Obono explique qu'elle tenait à "défendre la liberté d’expression de ces artistes, parce que ça fait partie des libertés fondamentales". C'est à ce moment que le présentateur Alain Marschall lui demande de dire "vive la France".

"Je peux dire "vive la France". Mais pourquoi, en soi ? Le 14-Juillet ? Vous voulez que je me mette au garde-à-vous et que je chante la Marseillaise ?" répond-elle. Sa réaction suscite les critiques des chroniqueurs, qui lui répondent que "la République [lui] a permis d'être là où [elle est]". 

La séquence a été repérée et partagée sur Twitter par l'ancien député sarkozyste Thierry Mariani. Très rapidement, de nombreux comptes et sites affiliés au Front national ou au groupe d'extrême droite Génération identitaire ont relayé la vidéo, déchaînant de nombreuses réactions indignées et un flux de commentaires racistes visant la députée "insoumise".

"Libération" dénonce la séquence

Libération s'invite alors dans le débat. Dans un éditorial, le quotidien note que "d'autres responsables politiques ont signé la même pétition, en 2012". "On n'a pas souvenir d'avoir entendu un journaliste demander à Noël Mamère ou Clémentine Autain de déclamer son amour sans réserve de la Nation sur un plateau pour justifier (ou expier) sa signature", souligne le journal, rappelant "que Danièle Obono est noire".

Interrogé par L'Express, le député et porte-parole de La France insoumise Alexis Corbière défend sa collègue. "Je trouve honteux que Danièle Obono soit mise sur le gril sur ce sujet. J'estime que la pétition de 2012 défendait non pas les paroles de cette chanson, mais la liberté d'expression de ses auteurs, s'indigne-t-il. Je comprends totalement que Danièle réagisse comme ça. Vous aimeriez qu'on vous force à dire 'Vive la France', vous ?"