VIDÉO. Procès Mélenchon : "On ne peut pas dire que c'est un procès politique contre la France insoumise"

Jacky Coulon, secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats, assure jeudi sur franceinfo que les perquisitions menées au siège de La France insoumise en octobre relevaient d'une "opération de police" "nécessaire pour établir la vérité".

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

Le procès de Jean-Luc Mélenchon et de cinq de ses proches pour les incidents ayant émaillé la perquisition au siège de LFI en octobre commence jeudi 19 septembre à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. "On ne peut pas dire que c'est un procès politique contre la France insoumise" contrairement à ce qu'affirme Jean-Luc Mélenchon, explique Jacky Coulon, secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats.

franceinfo : Jean-Luc Mélenchon assure qu'aucun autre parti n'a été traité comme la France insoumise lors des perquisitions. Est-ce exact ?

Jacky Coulon : Non. Chaque affaire donne lieu à une enquête, des perquisitions. Lorsqu'il s'est agi du Rassemblement national, il a eu le même discours que Jean-Luc Mélenchon en disant que c'était à eux qu'on en voulait, lorsque le MoDem a fait l'objet d'une enquête, cela a conduit à la démission de plusieurs ministres. Donc, on ne peut pas dire que c'est un procès politique contre la France insoumise.

La France insoumise a subi une quinzaine de perquisitions simultanées, le domicile de Jean-Luc Mélenchon a été perquisitionné au petit matin. Etait-ce déjà arrivé dans des affaires politiques ?

C'est une opération de police nécessaire pour établir la vérité. Il y avait des accusations, de dénonciations, que Jean-Luc Mélenchon déclare infondées, peut-être, mais pour véritablement savoir ce qu'il en est, il est légitime de rechercher les preuves d'une infraction et s'il n'y en a pas, il y a un classement sans suite et on dit clairement que la dénonciation qui a été faite était sans fondement. On a recherché avec tous les moyens qui étaient à notre disposition et il n'y a pas la preuve de la commission d'une infraction. Si on avait procédé à une perquisition à un endroit et huit jours après à un autre endroit, les avocats des autres personnes auraient pu dire qu'on les avait protégés parce qu'ils savaient qu'il allait y avoir une perquisition. Si Jean-Luc Mélenchon n'avait pas appelé la presse le jour où il y a eu les perquisitions cela se serait passé de façon beaucoup plus discrète et il n'aurait pas été fait tout ce qui a été fait.

Jean-Luc Mélenchon dénonce la toute-puissance des juges. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

Il n'y a pas de guerre entre les juges et les hommes politiques. Pour qu'il y ait procès politique, il faudrait que ce soit un procès qui soit à la demande du pouvoir. Les instructions individuelles sont prohibées et je peux dire que la garde des Sceaux n'adresse plus d'instructions dans les dossiers individuels et que ce n'est pas elle qui est à la manœuvre dans cette opération-là. Ce ne sont pas non plus les juges. Ils n'ont pas intérêt à ce que les politiques soient condamnés. Ils sont saisis d'un dossier, ils doivent établir la vérité et ensuite, s'il y a commission d'infraction, ils sont chargés de réprimer ces infractions. Il ne s'agit pas de s'attaquer aux politiques parce que ce sont des politiques.

Jean-Luc Mélenchon dénonce les violations du secret de l'instruction. Qu'en est-il ?

Cela peut arriver, il y a des éléments qui sont dans la presse. La question est de savoir qui a intérêt à donner des informations à la presse. Ce ne sont pas les juges. Les juges, lorsqu'ils procèdent à une enquête, ont intérêt à ce que cela se passe de la façon la plus secrète possible pour l'efficacité des investigations. Les informations remontent au pouvoir exécutif. Le ministre de la Justice et de l'Intérieur sont informés des affaires en cours. Les fuites peuvent venir de là. On ne peut pas l'exclure. Elles n'ont pas vocation à venir des juges parce qu'ils n'ont pas intérêt à ce qu'il y ait des fuites sous peine de mettre en cause l'efficacité des investigations à venir. Cela peut aussi venir des personnes mises en cause.

Jacky Coulon, secrétaire général de l’USM (Union syndicale des magistrats), sur franceinfo jeudi 19 septembre 2019.
Jacky Coulon, secrétaire général de l’USM (Union syndicale des magistrats), sur franceinfo jeudi 19 septembre 2019. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)