Polémique Roussel, attitude de François Ruffin, européennes… La rentrée de la Nupes prise entre tensions et questionnements

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Julien Bayou (EELV), Fabien Roussel (PCF), Olivier Faure (PS) et Mathilde Panot (LFI) à la Fête de l'Humanité, au Plessis-Pâté (Essonne), le 10 septembre 2022. (THOMAS SAMSON / AFP)

Deux semaines avant la rentrée parlementaire, les députés de gauche sont nombreux à critiquer les prises de position de Fabien Roussel sur la question des prestations sociales.

Première rentrée et premiers soubresauts pour la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). La dernière secousse en date a été ressentie mercredi 13 septembre, sur franceinfo, lorsque Fabien Roussel a de nouveau critiqué la position de ses partenaires de gauche en estimant que nombre d'eux "défend[aient] le droit à la paresse". Trois jours plus tôt, le député PCF du Nord avait déjà déclenché un tollé au sein de son camp avec une opposition entre "la gauche du travail" et celle "des allocs".

Depuis la naissance de l'union de la gauche, au printemps, le communiste ne cesse de créer des remous au sein de cette alliance, dont il est membre à l'Assemblée nationale. "Ce n'est pas nouveau, rappelle Mathieu Gallard à franceinfo. Il s'était déjà démarqué avec sa vision de la viande ou sa présence à la manifestation des policiers en mai 2021. Cela lui assure une forte visibilité médiatique, alors que le PCF est en déclin", explique le directeur d'études à l'institut Ipsos.

Une "provocation" de Roussel qui "saoule" à gauche

A gauche, l'irritation croît à mesure que l'ancien candidat à la présidentielle enchaîne les prises de position singulières. "C'est de la provocation, pointe l'eurodéputée LFI Manon Aubry. Fabien Roussel fait le pari qu'il existera en se distinguant du reste de la gauche, à l'inverse d'Olivier Faure. Mais c'est un pari perdant, et ce n'est pas la première fois pour lui." "En des termes triviaux, ça me saoule", lâche le jeune député LFI Damien Maudet à propos des sorties de son collègue communiste.

"Fabien Roussel s'inscrit en marge de la Nupes. On en prend note."

Manon Aubry, eurodéputée LFI

à franceinfo

Un autre membre de l'alliance de gauche, François Ruffin, vient lui aussi de bousculer sa famille politique avec une sortie très commentée sur l'électorat de son camp. "Si elle veut reconquérir cet électorat populaire de la France des 'gilets jaunes', de la France des ronds-points, de la France périphérique", la gauche doit "trouver les mots d'ordre" et "les priorités", a-t-il prévenu sur France Inter, mardi 6 septembre.

Les déclarations de Ruffin font réagir

Mais le parlementaire picard a "plus qu'un doute" sur les intentions de la Nupes au vu du score réalisé dans sa région par le RN, évoquant même "des signes d'abandon". "Je suis là pour que la valeur travail revienne à gauche", prône ainsi François Ruffin. C'est ce qui lui vaut d'être comparé à Fabien Roussel depuis quelques jours.

"Avec la 'valeur travail', François Ruffin reprend un peu cette musique chez une gauche de droite, au sein de la gauche réformiste. C'est regrettable."

Un député écologiste

à franceinfo

Ce rapprochement n'est pas vraiment du goût de François Ruffin : mercredi, le député LFI de la Somme s'en est pris à son homologue du Nord sur Twitter, en se plaignant du "baiser de la mort" que ce dernier lui donne "à intervalle régulier".

"Quand je vois ça, je me dis que Fabien a essayé de jouer la proximité avec François, mais ils ne sont pas du tout sur la même position", évacue Damien Maudet, ancien assistant du député LFI, devenu parlementaire en juin dernier. Les deux députés des Hauts-de-France ont-ils des attitudes si différentes ? "Ils ont le même objectif : ramener les catégories populaires et les zones périphériques à gauche", résume Mathieu Gallard.

"En revanche, poursuit le sondeur, ils s'opposent sur la manière de parvenir à cette finalité. François Ruffin le fait dans un sens populiste, avec une division peuple/élites, pour dire que le peuple a besoin d'être défendu. De son côté, Fabien Roussel se positionne hors des clous du cadre idéologique de la gauche." "La gauche devrait mener la bataille culturelle sur nos valeurs et pas aller chasser sur d'autres terres", prolonge l'écologiste Marine Tondelier auprès de franceinfo.

Mélenchon demande la fin des "jérémiades"

Au milieu de ces débats qui agitent la gauche, il est une figure qui tarde à prendre du recul, cinq mois après son échec à la présidentielle. De retour de vacances, Jean-Luc Mélenchon a appelé samedi les voix dissonantes de la Nupes, comme François Ruffin et surtout Fabien Roussel, à "arrêter les jérémiades". "Certes, il faut toujours faire plus, mais nous sommes devenus le premier parti des chômeurs, précaires, jeunes de moins de 35 ans, des centres urbains, nous sommes le peuple des humiliés et opprimés", s'est félicité l'ancien patron des députés LFI à la Fête de l'Humanité.

Lors du grand raout de gauche, en Essonne, les chefs de file de la Nupes, dont Fabien Roussel, ont évité de s'écharper en public sur la question du travail. Elle fera néanmoins partie des sujets brûlants de la rentrée, avec la réforme prévue de l'assurance-chômage par le gouvernement. Et pour préparer au mieux les débats animés sur ce texte, comme sur le budget 2023 ou les retraites, les députés de gauche se retrouveront pour un séminaire de travail, mardi 27 septembre, selon les informations de franceinfo confirmant celles de LCI et du JDD.

De nouvelles divisions sur les européennes ?

Dans ce contexte de rentrée sociale chargée, les partis de gauche peuvent difficilement compter sur le soutien des syndicats : ces derniers n'ont pas réussi à s'accorder avec la Nupes sur une date commune de mobilisation contre la vie chère, une initiative ardemment défendue par Jean-Luc Mélenchon prévue pour le mois d'octobre. Mais la mobilisation est boudée par les organisations syndicales, qui prévoient déjà deux journées de mobilisation les 22 et 29 septembre. Quant aux socialistes et aux écologistes, ils se montrent pour l'instant extrêmement prudents sur cette "grande marche", de peur de braquer les syndicats.

En froid avec les centrales syndicales, agitée par de profonds débats sur le travail, la Nupes risque-t-elle de se fracturer lors de sa première rentrée parlementaire ? "Face aux réformes portées par l'exécutif, il devrait y avoir un front uni, anticipe le politologue Rémi Lefebvre. Les vrais tests seront le degré de conflictualité sociale de la rentrée et surtout les européennes de 2024." Le scrutin n'a lieu que dans vingt mois, mais la gauche n'a pas tardé à se diviser sur cette question : aux "insoumis", qui se disent favorables à une liste unique pour les partenaires de la Nupes, les écologistes répondent qu'ils ont bien l'intention de faire cavalier seul, eux qui réalisent traditionnellement de bons scores à ces élections.

Enfin, la perspective des congrès des écologistes à la fin de l'année et des socialistes au début de l'année prochaine n'est pas vraiment un facteur d'apaisement des tensions. Au sein de la gauche, désormais unie à l'Assemblée nationale, les sujets de division ne manquent pas pour les prochains mois.

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