Jean-Luc Mélenchon : "Là, j'ai besoin de dormir"

Dans une interview accordée au site Hexagones, le leader du Front de Gauche dresse un sombre constat de son parti et son action en politique. Il se dit fatigué, souhaitant prendre du recul. Une posture inhabituelle pour Jean-Luc Mélenchon, hyperactif, mais qui semble lassé notamment des tensions avec l'allié communiste et du monde politique en général.

(Jean-Luc Mélenchon n'avait plus pris la parole depuis le second tour des Européennes © Maxppp)

"A un moment, il faut s'arrêter de courir. Parce que si on court tout le temps, on va finir par se mettre dans le vide. Et là, j'ai besoin de dormir, de ne rien faire, de bayer aux corneilles ". Cette phrase à elle seule résume l'esprit de l'entretien accordé par Jean-Luc Mélenchon au site Internet d'informations Hexagones (accès payant). En plus d'une heure de questions/réponses, l'ex-candidat à l'élection présidentielle en 2012 y détaille son mal-être actuel, ses doutes et ses lassitudes. Cela faisait deux mois qu'il s'astreignait à une cure médiatique, depuis sa déconvenue affichée à la télévision après le second tour des élections européennes en mai dernier. Ce soir-là, "son" Front de gauche avait "piteusement " - ce sont ses mots - rassemblé 1,5 million de votes, contre 4 millions pour les listes Front national de Marine Le Pen.

C'est ainsi que Jean-Luc Mélenchon l'explique dans cet entretien : "Je ne peux plus continuer comme ça [...] J'ai fait mon temps à organiser la vie d'un parti ". Une prise de recul étonnante de la part de la figure charismatique du Parti de Gauche (et du Front de Gauche) depuis sa création en 2008. Mais qui s'explique notamment par les polémiques incessantes avec l'allié communiste, notamment lors des dernières élections municipales : "Tout ça a été planté pour une poignée de postes aux municipales ". Allusion transparente à l'alliance du PCF avec le PS dans certaines villes, alliance refusée par le Parti de Gauche.

Deux lignes qui s'affrontent

Au sein du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon décrit une situation de fait. Car, dans le mouvement coexistent "deux lignes" bien différentes selon l'ancien socialiste : "Celle qui est portée par la direction du Parti communiste, qui est plus institutionnelle, plus traditionnelle, où on continue à penser que la gauche est une réalité partiaire, organisée et qu’on peut rectifier le tir du Parti socialisteEt puis, il y a une autre qui pense que ça, c’est un monde qui est quasiment clos, qu’il faut construire et qu’on le fera progressivement à condition d’être autonome ". Résultat, par exemple après les municipales : cette stratégie a "complètement décrédibilisé " le Front de Gauche.

"Quand le point 'qu'ils s'en aillent tous' est atteint, tout saute en même temps" (Jean-Luc Mélenchon)

Signe ultime de son mal-être, Jean-Luc Mélenchon reconnaît dans cet entretien du "talent " à Marine Le Pen. Pour lui, la présidente du Front national a même "une chance " de s'imposer lors de la Présidentielle de 2017. Explication : "Parce que la société est en train de se diriger vers le point ' qu’ils s’en aillent tous'. Et quand le point 'qu’ils s’en aillent tous' est atteint, tout saute en même temps ".

Le Parti communiste réagit

Le député commmuniste du Puy-de-Dôme et chef de file des députés Front de gauche André Chassaigne, critique à l'égard de son camarade Jean-Luc Mélenchon, reconnaît l'existence d'un "problème politique " au Front de gauche. Selon lui, l'objectif de la formation doit être de "faire bouger l'ensemble de la gauche ", et pas de "sortir le canon d'artillerie et tirer sur tout ce qui bouge ".

Le Front de gauche " a un problème politique à régler" (André Chassaigne, PCF)
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