VIDEO. "Quel genre de justice on veut ?" : quelques jours avant de devenir garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti se confiait sur son parcours d'avocat

Dans l'émission "A l'origine", sur franceinfo, Eric Dupond-Moretti revient sur ce qui l'a poussé vers l'exercice du droit.

"Ça démarre par une injustice." Pour le premier numéro de l'émission "A l'origine", sur franceinfo dimanche 5 juillet, le journaliste Djamel Mazi s'est entretenu avec Eric Dupond-Moretti, pas encore nommé ministre de la Justice. Le célèbre pénaliste évoque les raisons qui l'ont poussé à devenir avocat, le sort de son grand-père, "un petit rital sans intérêt", découvert mort le long d'une voie ferrée. "Tout le monde s'en fout", souffle-t-il. Il parle de la mort de son père, "l'injustice originelle", mais le vrai déclic est l'exécution de Christian Ranucci, condamné à mort en 1976 pour le meurtre de la petite Maria Dolorès. "EDM" a alors 15 ans. "J'ai envie de devenir avocat, ne me demandez pas pourquoi, explique-t-il, c'est quelque chose qui me choque et qui au fond nourrit mon romantisme morbide d'adolescent."

"Acquitator"

Il retrace ensuite son parcours : "les prisons le samedi", "il ne faut pas prendre beaucoup de vacances", "il faut faire 80 000 bornes par an". Il accède à la notoriété en 2004 avec l'affaire Outreau où il est le conseil de Roselyne Godard, surnommée "la boulangère", cette commerçante itinérante était accusée aux côtés de 16 autres personnes d'abus sexuels sur mineurs. Elle est acquittée. Il entre alors dans Top 10 des meilleurs pénalistes de France et devient un spécialiste des procès médiatiques : Jérôme Kerviel, Jérôme Cahuzac, Karim Benzema ou encore Patrick Balkany. "Mais j'ai défendu aussi des tas de gens dont vous ne connaissez pas le nom", se défend-il. "Dans ma clientèle, il y a 90% de gens totalement anonymes", ajoute-t-il.

Au cours de sa carrière, il a gagné un surnom : "Acquitator". "C'est mieux que Perdator", sourit-il. On l'a critiqué pour avoir défendu Abdelkader Merah, le frère du jihadiste toulousain Mohamed Merah. "Ou vous acceptez les règles du judiciaire ou vous prenez un revolver, vous allez le tuer dans le box, qu'est-ce que l'on veut ? Quel genre de justice on veut ?", s'interroge-t-il. Critiqué par les uns, encensés par les autres, il affirme être un salopard et un héros. "Je suis les deux en même temps, mais comme tous les êtres humains, conclut-t-il, c'est ce mélange de bon, de mauvais, d'ombre et de lumière."

Eric Dupont-Moretti.
Eric Dupont-Moretti. (SAMUEL BOIVIN / AFP)