Jean-Michel Blanquer à Ibiza : ces précédents qui auraient pu alerter le ministre

Avant Jean-Michel Blanquer et ses vacances à Ibiza, d'autres ministres ont eu à s'expliquer sur leurs congés. Des épisodes dont le ministre de l'Education nationale aurait pu tirer quelques leçons.

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Radio France
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Dominique Voynet, Jean-François Mattei, Aurélie Filipetti, François Fillon, Elisabeth Borne. (EMMANUEL PAIN/AFP - THOMAS COEX/AFP - DELPHINE GOLDSZTEJN/MAXPPP - GUILLAUME HORCAJUELO/MAXPPP - LEON TANGUY/MAXPPP)

À l'avant-veille d'une nouvelle journée de grève à l'Education nationale, les vacances de Jean-Michel Blanquer à Ibiza, île prisée des Baléares, ont du mal à passer. C'est depuis cette île prisée des Baléares, quelques heures avant la rentrée de janvier, que le ministre de l'Education a dévoilé via un entretien dans Le Parisien le protocole sanitaire qu'attendaient les enseignants et chefs d'établissements. 

>> On vous explique pourquoi les vacances de Jean-Michel Blanquer à Ibiza à la veille de la rentrée scolaire passent mal

L'opposition ne s'est d'ailleurs pas économisée pour dénoncer le "retour du bling-bling", selon les mots d'Olivier Faure, le patron du Parti socialiste, ou encore un "dilettantisme" coupable, selon Yannick Jadot (EELV), candidat à la présidentielle. Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, pointe de son côté la "désinvolture" du ministre. L'histoire politique récente aurait pourtant pu inspirer davantage, car les vacances des membres du gouvernement sont un sujet d'embarras ancien.

1999 : les bottes et le ciré de Dominique Voynet

Le 12 décembre 1999, l'Erika, un pétrolier battant pavillon maltais et affrété par la société Total, se brise au large de la Bretagne, déversant des milliers de tonnes de fioul lourd dans la mer. La ministre de l'Environnement, Dominique Voynet, alors en vacances sur l'île de La Réunion, et qui ne semble pas avoir pris la mesure de la catastrophe écologique qui s'annonce, refuse d'écourter ses congés. Elle affirmera à France Soir : ''Ma présence sur place avec un ciré et des bottes ne servirait à rien.'' Devant le tollé suscité, elle abrègera son séjour et rentrera finalement le 25 décembre. Et se rend sur place, en bottes et en ciré.

2003 : le polo à manches courtes de Jean-François Mattei

Août 2003, les records de chaleur s'enchaînent et les alertes fusent sur une possible crise sanitaire de grande ampleur : la canicule tue et le gouvernement tarde à réagir. Le 11 août, Jean-François Mattei, alors ministre de la Santé, s'exprime finalement en polo à manches courtes devant les caméras de TF1 depuis sa résidence d'été du Var, où il passe ses vacances. L'épisode caniculaire s'est entretemps transformé en ''hécatombe'', selon les mots de l'urgentiste Patrick Pelloux, et l'image est désastreuse. Il faudra attendre le 21 août 2003 pour que le président de la République, Jacques Chirac, s'exprime publiquement sur la catastrophe sanitaire, le teint hâlé, deux jours après son retour de North Hatley, un village à 150 km à l'est de Montréal (Canada) où il avait pris ses congés avec sa femme Bernadette. On estime à 15 000 décès la surmortalité liée à la canicule d'août 2003.

2011 : MAM et François Fillon dans les avions des dictateurs

En 2011, à la veille des printemps arabes, c'est Michèle Alliot-Marie qui suscite la polémique. Au début de l'année, Le Canard enchaîné révèle que la ministre des Affaires étrangères, son compagnon Patrick Ollier et ses parents ont effectué pour un séjour privé en Tunisie deux trajets dans le jet d'Aziz Miled, un proche du clan du président Ben Ali. Le 27 février 2011, elle remet sa démission à Nicolas Sarkozy. Elle y affirme avoir ''le sentiment de n'avoir commis aucun manquement''. Le Premier ministre, François Fillon, devançant de nouvelles révélations du Canard enchainé, avouera un peu plus tard avoir lui-même emprunté un avion égyptien pour se rendre à Assouan, en Egypte, du 26 décembre au 2 janvier, à l'invitation des autorités égytpiennes, accompagné de son épouse et de ses enfants, trois semaines avant le début des manifestations contre le régime de Hosni Moubarak.

2012 : Maurice pour Aurélie Filipetti, Zanzibar pour Laurent Fabius

Noël 2012 : la consigne de François Hollande paraît claire : pas de vacances à plus de deux heures de Paris pour les membres de son gouvernement. "Présence et vigilance", résume la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Cela n'empêchera pas la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, de s'envoler pour l'île Maurice. D'abord nié par son équipe, son voyage à quelque 10 000 km de la capitale est finalement confirmé par la ministre elle-même. Ce voyage, justifie-t-elle, "été offert par son compagnon" et elle en a "averti le président de la République, qui l'a autorisée à partir". Au mois de janvier, c'est à son collègue des Affaires étrangères qu'est reproché un séjour un peu trop lointain, poussant l'entourage de Laurent Fabius expliquer à Europe 1 que ce dernier "passe quatre jours par semaine à l'étranger", qu'il est "plus qu'habitué au travail à distance". Le chef de la diplomatie française avait pris "quelques jours de repos", selon les mots de sa conseillère, à Zanzibar, une île africaine située à une quinzaine d'heures de vol de Paris.

2019 : les vacances marocaines d'Elisabeth Borne en pleine grève de la SNCF

En décembre 2019, malgré la sobriété imposée par Matignon à l'ensemble des ministres du gouvernement d'Édouard Philippe et la grève des transports qui paralyse l'Hexagone, Elisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique et solidaire et ministre de tutelle du secrétaire d'Etat aux Transports, s'envole pour quelques jours de vacances à Marrakech. "Certains ont jugé que ce sujet était passionnant et moi, je suis convaincue que cela n'intéresse pas les Français", indiquera la ministre. Grève oblige, des milliers de Français, cet hiver-là, avaient renoncé à prendre le train pour rejoindre leurs familles pour les fêtes.

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