Covid-19 : stratégie régionale, transmission, allègement des restrictions... Ce qu'il faut retenir du dernier avis du Conseil scientifique

L'instance plaide pour "une réponse anticipée, régionale, ajustée et ciblée" face à la pandémie de coronavirus.

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Le président du Conseil scientifique, Jean-Francois Delfraissy, le 26 avril 2020. (JOEL SAGET / AFP)

Après un an de pandémie de Covid-19, le Conseil scientifique fait le bilan et avance des préconisations. Dans un avis rendu le 11 mars 2021 au gouvernement et que franceinfo a pu consulter mardi 16 mars alors qu'il n'a toujours pas été publié par le ministère de la Santé, l'instance examine plusieurs stratégies de gestion de l'épidémie et plaide pour "une réponse anticipée, régionale, ajustée et ciblée". Voici les principaux points à retenir de cet avis.

Une population trop peu immunisée

La situation sanitaire de la France n'est pas bonne. Alors le Conseil scientifique n'y va pas par quatre chemins : "La situation actuelle s'aggrave du fait de l'apparition de variants susceptibles de dégrader l'efficacité du dispositif sanitaire", constate-t-il. Selon les derniers chiffres, au 1er mars 2021, 17% des Français auraient été infectés par le Sars-CoV-2 en métropole, avec deux fois plus d'infections chez les moins de 50 ans que chez les plus de 50 ans.

L'institution pointe aussi plusieurs inquiétudes spécifiques concernant le virus. Premièrement, entre un tiers et deux tiers des patients, quel que soit leur âge, ont encore des symptômes quatre mois après leur contamination par le virus. De plus, les traitements innovants dirigés contre le virus se sont avérés décevants pour le moment.

La santé mentale des Français dégradée

C'est l'un des points noirs de l'avis du Conseil scientifique : la mauvaise santé mentale des Français, et notamment les niveaux élevés d'états anxieux. "Des mesures d'accompagnement renforcées fondées sur la prévention, des campagnes d'information et une prise en charge thérapeutique lorsqu'elle est nécessaire doivent prendre en compte un ensemble de troubles, y compris le risque suicidaire", alerte-t-il.

Certains groupes de populations sont particulièrement affectées : les personnes précaires, les étudiants, les jeunes professionnels et les personnes de plus de 65 ans. Des dispositifs spécifiques doivent être mis en place pour ces différentes catégories, selon le Conseil scientifique.

Les espaces mal ventilés plus dangereux

Quelles sont les situations qui favorisent la transmission du virus ? Le Conseil scientifique apporte une réponse, d'après les nombreuses études internationales. "Le risque de contamination reste majeur en cas d'événement dans un espace clos, mal ventilé, avec des participants nombreux, ne respectant pas les gestes barrières et notamment le port du masque", note-t-il, en insistant sur le risque des repas, aussi bien en milieu privé que professionnel.

A l'inverse, d'autres lieux ne sont pas associés à un sur-risque d'infection, selon le Conseil scientifique. Il s'agit notamment des transports en commun, des cours en amphithéâtre, du sport en extérieur, de la fréquentation des lieux culturels et de culte, des commerces et des salons de coiffure. La situation en entreprise "apparaît comme la plus insatisfaisante sur un plan sanitaire", selon le Conseil scientifique, qui pointe la problématique des repas et le manque de télétravail pour certaines catégories professionnelles.

Le Conseil scientifique évoque aussi spécifiquement la situation des écoles. Celles-ci "ne semblent pas constituer des amplificateurs de transmission", selon l'institution. "Compte tenu de l'impact très négatif de la déscolarisation sur l'apprentissage, la fermeture d'écoles apparaît comme une mesure sanitaire extrême de dernier recours", écrivent les experts.

Des réponses "ciblées" à privilégier

Face aux nouveaux variants et à la reprise de l'épidémie, et en attendant les effets de la vaccination, le Conseil scientifique fait plusieurs propositions concernant la stratégie à adopter. Le principe général ? "Une réponse anticipée, régionale, ajustée et ciblée à l'épidémie."

Ainsi, l'insitution plaide pour "proposer en amont des mesures régionales permettant de limiter le nombre d'infections" et "de freiner la progression épidémique avant d'atteindre la saturation des lits de soins critiques". Une stratégie différente de celle menée actuellement par l'exécutif, qui limite la mise en place de nouvelles restrictions malgré des signaux très inquiétants dans certaines régions, en Ile-de-France par exemple.

Mais cette stratégie n'est pas sans risque, reconnaît l'institution. "Il est donc primordial que la gestion régionale de l'épidémie soit extrêmement réactive et dans l'anticipation", martèle le Conseil scientifique.

Un allégement des restrictions envisageable dans certaines régions

La stratégie régionale promue par le Conseil scientifique ne concerne pas seulement l'ajout de nouvelles restrictions locales. Cela peut aussi aller dans le sens inverse. "Une telle stratégie peut permettre également d'envisager, dans les territoires à taux de transmission du virus très bas, un allègement progressif des mesures restrictives les plus strictes", plaide-t-il, alors que le gouvernement s'est toujours refusé à lâcher du lest dans les régions les moins touchées par l'épidémie.

Ainsi, "une réouverture des lieux et activités à faible risque de transmission serait ainsi envisageable", indique le Conseil scientifique, avant de rappeler la nécessité d'une "extrême surveillance en attendant la vaccination des personnes à risque dans un premier temps, puis de la grande majorité de la population pour sortir enfin de cette crise sanitaire".

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