Bilan de l'activité des forces de l'ordre : "Nous mettons en garde contre ces statistiques" mais "c'est avant tout faire preuve de transparence" pour le syndicat Alliance

Le bilan de l'activité des forces de l'ordre sera communiqué tous les mois à partir de début octobre, ont annoncé Gérald Darmanin et Marlène Schiappa. "Il ne faut pas que ça devienne l'alpha et l'oméga", prévient Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat de police Alliance.

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Stanislas Gaudon, porte-parole du syndicat Alliance, sur franceinfo, le 29 avril 2019. (FRANCEINFO)

Un bilan de l'activité des forces de l'ordre sera communiqué chaque début de mois, dès octobre, ont annoncé Gérald Darmanin et Marlène Schiappa. Il reprendra six points : la lutte contre les stupéfiants ; les chiffres des violences conjugales, intrafamiliales et sexuelles ; les heures de patrouilles pédestres sur la voie publique des gendarmes et des policiers ; celles dans les transports publics ; le nombre de dérives sectaires signalées et les chiffres de l'immigration et de l'asile. "Nous mettons en garde contre ces statistiques, mais je crois que c'est avant tout faire preuve de transparence", a réagi sur franceinfo Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat de police Alliance.

franceinfo : Que pensez-vous de cette annonce ?

Stanislas Gaudon : Nous mettons en garde contre ces statistiques. Il ne faut pas que ça devienne l'alpha et l'oméga, il ne faut pas que ça devienne un outil électoral qui servirait et qui serait modifié au gré du temps. Il ne faut pas non plus que ça devienne un outil de management au sein de la police, mais je ne crois pas que ce soit ce qui a été choisi. On s'inscrira toujours contre une politique du chiffre, mais je crois que ce n'est pas ce qui a été demandé. Je crois que c'est avant tout faire preuve de transparence, mais il faut qu'elle se fasse à l'Intérieur et à la Justice.

Vous trouvez qu'il y a plus de choses à redire du côté de la justice ?

Oui, on trouve qu'il y a un décalage entre ce qu'on constate sur le terrain et le fait que les policiers prennent des risques, dépensent sans compter d'un point de vue horaire, ils sacrifient leur vie de famille... et tout ça pour ça, j'ai envie de dire ! Il est important que la politique pénale marche sur l'Intérieur et la Justice. Bien sûr que le sécuritaire ne pourra pas tout résoudre.

Il faut que la police soit suivie par des réponses adaptées, justes, fermes quand il le faut, par rapport au travail des policiers.

Stanislas Gaudon

à franceinfo

Qu'en est-il des statistiques qui existent déjà sur le travail de la délinquance et de la justice ?

Ils ne faisaient pas état de ce qu'on demande depuis des semaines, c'est-à-dire quelle est la peine encourue, quelle est la peine prononcée, quelle est la peine réellement exécutée pour chaque infraction. Cela fait aussi partie de la transparence. En France, la politique est répressive sur le papier, elle n'est pas répressive sur les actes, tous les chiffres le montrent.

Que pensez-vous de ces chiffres en ce qui concerne les stupéfiants ?

L'amende forfaitaire délictuelle qui a été instaurée depuis début septembre est un des outils pour lutter contre le trafic des stupéfiants, ce n'est pas l'outil ultime qui va résoudre les trafics internationaux. Nous on interpellait beaucoup de personnes pour l'usage des stupéfiants, que ce soit le cannabis ou la cocaïne qui, je le rappelle, est en explosion dans la société française, et les sanctions qui étaient prononcées étaient souvent des rappels à la loi, parfois des injonctions thérapeutiques, donc inefficaces.

Là, on s'attaque aux points de deal [lieu de vente des stupéfiants], c'est ce qui empoisonne les quartiers. Encore une fois, il faudra avoir l'honnêteté et la transparence de dire, quand il y a des amendes forfaitaires délictuelles, combien sont réellement payées et pour celles qui ne sont pas payées est-ce que les procédures du Trésor public sont suivies d'effets ?

Les heures de patrouilles pédestres sur la voie publique des gendarmes et des policiers vont être comptabilisées. Est-ce une bonne chose ?

Enfin. Le chiffre est terrible, chaque année ce sont sept millions d'heures de missions périphériques, qui n'ont rien à voir avec le métier de policier, et qui représentent 4 500 effectifs chaque année. Il faut dire 'on va mettre plus de "bleu" [couleur des uniformes de la gendarmerie et de la police] sur la voie publique, notamment en améliorant les conditions de vie des policiers et en supprimant les tâches indues'. Pour le judiciaire, j'aurais aimé qu'on parle de la simplification de la procédure pénale qui n'a toujours pas été effectuée. C'est pour ça que nous avons une perte d'effectifs notamment dans les cadres de l'investigation. Quand vous faites une heure de réelle enquête vous avez sept heures de paperasse !

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