Allongement du congé paternité : "'Etre deux va permettre de se soutenir", souligne un pédopsychiatre

Le pédopsychiatre Romain Dugravier salue l'annonce de l'allongement du congé paternité, même s'il souhaiterait davantage de prise en compte des "enjeux complexes" qui se jouent dans les premières semaines de vie. 

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Un père change son enfant peu après sa naissance à l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret.  (DIDIER PALLAGES / AFP)

"Notre ambition, c'est que les deux parents puissent s'engager pour construire les premiers liens avec leur enfant et avoir du temps à y consacrer", explique le pédopsychiatre Romain Dugravier mercredi 23 septembre sur franceinfo, après l'annonce de l'allongement du congé paternité à quatre semaines. Il est membre de la commission d'experts des "1 000 premiers jours de la vie de l'enfant" qui a publié un rapport sur la périnatalité et la petite enfance.

franceinfo : Emmanuel Macron a annoncé l'allongement du congé paternité à quatre semaines alors que vous demandiez neuf semaines. Est-ce déjà mieux que rien ?

Romain Dugravier : Je ne sais pas si c'est mieux que rien, mais en tout cas c'est déjà une façon de penser différemment les premiers temps avec l'enfant. Le gouvernement s'est quand même engagé pour une fois à essayer de réviser l'ensemble de la politique de la petite enfance et de la périnatalité, de mettre l'accent dessus, alors qu'on pense que c'était une période qui était encore peut-être trop peu prise en compte et trop négligée. C'est important pour tout le monde. C'est important pour les pères bien-sûr, cela va leur permettre de pouvoir passer du temps avec leurs enfants. Je crois qu'avant, le congé paternité plus court était plus envisagé peut-être comme des vacances supplémentaires, ou alors pour pouvoir aider la mère à prendre soin de son enfant. Là, notre ambition, c'est que les deux parents puissent s'engager pour construire les premiers liens avec leur enfant et avoir du temps à y consacrer.

Qu'est-ce qui se joue dans les premières semaines de l'enfant ?

Il se joue des enjeux complexes qui sont faits de la découverte, de la surprise, de l'interrogation, de l'inquiétude parfois, pour ces deux parents qui découvrent ce petit bébé. Il faut comprendre un peu ce qu'il essaie d'exprimer. On n'a pas le mode d'emploi, c'est un aspect très important. Être parent, ça se construit, ça s'apprend, ça s'apprend ensemble aussi. Les deux parents ensemble. C'est un enjeu essentiel de ce rapport, c'est que les deux parents puissent s'engager, chacun avec cet enfant.

Je vois une partie de la population qui est très en difficulté dans ces premiers temps.

Romain Dugravier, pédopsychiatre

à franceinfo

On sait qu'il y a, à peu près, un parent sur dix qui va pouvoir se sentir déprimé dans les premiers temps de la vie de son bébé, se sentir en difficulté, se sentir même très coupable, voire impuissant dans la construction de ces premiers liens. Et ce qu'on espère entre autres de ce congé de paternité, de ce congé parental, c'est qu'être deux va permettre de se soutenir et donc de mieux porter cet enfant ensuite ensemble.

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Dans notre rapport, on parlait aussi d'un projet de congé parental d'éducation pour la première année de vie de l'enfant pour que les deux parents puissent chacun consacrer du temps pour construire cette relation. On s'appuie entre autres sur une théorie qui s'appelle la théorie de l'attachement. Comment un enfant, parce que son parent y consacre du temps, de l'énergie et une disponibilité, peut construire une relation plus confiante et la plus sécure possible. On sait que si les deux parents ont ce temps à consacrer la première année, c'est très bénéfique pour créer un sentiment de sécurité, d'abord dans la réalité et puis ensuite un sentiment de sécurité interne chez les bébés. C'est la première année qui va être importante.

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