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"Je quitte l'UMP", a annoncé Jean-Louis Borloo jeudi soir au cours de l'émission "A vous de juger" sur France 2

Le Parti radical, dont il est le président, quitte lui aussi la formation majoritaire. Cette formation "va proposer d'organiser (...) l'aile sociale, l'aile humaniste de la majorité", a-t-il dit.Il s'est dit "prêt à (se) lancer" dans l'élection présidentielle".
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Le président du Parti radical, Jean-Louis Borloo, dans l'émission "A vous de juger" sur France 2 (France 2)

Le Parti radical, dont il est le président, quitte lui aussi la formation majoritaire. Cette formation "va proposer d'organiser (...) l'aile sociale, l'aile humaniste de la majorité", a-t-il dit.

Il s'est dit "prêt à (se) lancer" dans l'élection présidentielle".

"Cela se fera collectivement", avec l'objectif de "gagner", a-t-il précisé. Il explique qu'il se déterminera "avant l'automne".

Jean-Louis Borloo entend organiser une "alliance républicaine" regroupant des "républicains sociaux", des "écologistes modernes", les "amis" de l'ex-socialiste "Jean-Marie Bockel" et ceux de l'ex-ministre centriste Hervé Morin. Cette "alliance républicaine" de "centre droit", qui entend tendre "la main à tous les Français", se présentera à tous les scrutins. "Ce sera une alternative au PS et une alternative à l'UMP", a-t-il estimé.

"Il y a ceux qui ont peur de l'autre et ceux qui considèrent que [l'autre] est une extrême richesse", a-t-il déclaré pour expliquer les différences qui l'opposent aux sarkozystes.

Interrogé sur une éventuelle alliance avec Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo, a répondu qu'il était "évidemment le bienvenu". "Dominique, c'est la voix de la France à l'ONU", a-t-il ajouté.

Quand on lui fait remarquer qu'en se présentant à la présidentielle, il sera candidat contre Nicolas Sarkozy, il répond: "J'estime le président". Il a par ailleurs déclaré qu'il "estimait" le centriste François Bayou et l'écologiste .

"En ne me choisissant pas comme premier ministre", le chef de l'Etat "a fait un choix politique", a-t-il déclaré pour expliquer le maintien de François Fillon à Matignon. Nicolas Sarkozy "a décidé de garder sa ligne politique" en restant notamment "sur la sécurité et l'immigration". "J'étais convaincu qu'il fallait un virage social important", a ajouté l'ancien ministre de l'Ecologie. Parmi les mesures nécessaires: "la suppression du bouclier fiscal", "prudence sur l'ISF" tout en élargissant cet impôt.

Il dit être "différent" du camp sarkozyste. Pour autant, "vous ne réussirez pas à m'opposer aux gens de l'UMP", affirme-t-il. Il reste très reconnaissant de "l'énorme soutien" qu'il a reçu de l'Elysée pour organiser le Grenelle de l'environnement. Il soutient aussi la réforme des universités et a apprécié la présidence française de l'UE.

Rama Yade rallie Borloo
Vendredi, en fin de matinée, l'ex-secrétaire d'Etat Rama Yade a indiqué qu'elle quittait l'UMP avec Jean-Louis Borloo. "Je suis le chemin emprunté par Jean-Louis, et j'invite d'ailleurs tous ceux qui sont en quête du même chemin d'espérance à le faire. Je fais comme lui, je suis solidaire et déterminée comme lui", a déclaré Mme Yade sur RMC et
BFM-TV.

"De toutes façons, on n'était plus dans les organes exécutifs de l'UMP. Il n'y avait plus de liens organiques qui nous reliaient", a souligné l'ex-secrétaire d'Etat aux Sports qui a rejoint le parti radical en décembre dernier. Jean-Louis Borloo "n'est pas là pour négocier quoi que ce soit, il est là pour aller au terme de sa démarche, ce n'est pas un candidat autorisé mais un candidat libre", a aussi affirmé Rama Yade. Selon elle, "la clarté de son propos hier (jeudi) soir est la preuve de sa détermination". Il "s'est exprimé en homme atypique mais en homme d'Etat".

Quel programme ?
Pour lutter contre le chômage, il faut "changer de modèle" en misant davantage, comme en Allemagne, sur l'alternance. Il s'agit de passer de "2,7 %" d'apprentis aujourd'hui à 6 % en un quinquennat pour toucher un million de personnes. Il entend également lancer un grand plan pour réapprendre les "acquis fondamentaux" (lire, écrire, compter...) aux "3 millions de personnes" qui ont des problèmes dans ce domaine, afin de les aider à retrouver un emploi.

En matière de sécurité, Jean-Louis Borloo estime qu'il ne faut "surtout" pas "opposer la sécurité et le social".

Interrogé sur la laïcité, il répond: "Ce n'est pas le problème aujourd'hui", prenant ses distances avec la très critiquée de l'UMP sur la laïcité.

Sondage
Selon une enquête Ipsos pour France 2, 30 % des personnes interrogées disent souhaiter une candidature de Jean-Louis Borloo à l'élection présidentielle. 52 % pensent cependant qu'il ne se présentera pas.

Questionnés sur l'image de l'ancien ministre, 72 % des sondés le trouvent "plutôt sympathique", 52 % "plutôt sincère" et 50 % "plutôt compétent". En revanche, seuls 19 % des sondés estiment qu'il a "la carrure" pour être président de la République.

Interrogé sur le positionnement politique de Jean-Louis Borloo, 52 % des sondés le classent à droite et 11 % à gauche.

Réactions
A droite :

L'UMP craint que Borloo compromette les chances de réélection de Nicolas Sarkozy.

- François Fillon, Premier ministre, a affirmé vendredi, en s'adressant "à Jean-Louis Borloo, aux radicaux" et "aux centristes", se reconnaître "dans plusieurs des valeurs qu'ils défendent" tout en appelant à l'unité.

- Jean-François Copé, secrétaire général du parti présidentiel, a estimé vendredi que la "famille" de l'UMP devait être rassemblée. "Est-ce qu'on doit se diviser en autant de candidats qu'on a de talents dans notre majorité? Je n'en suis pas sûr", a-t-il ajouté sur RTL.

- Christian Jacob, le patron des députés UMP, a estimé sur le même ton que "si toute candidature est respectable, ce qui compte en politique, c'est le principe de réalité. Or, ce qui nous fait gagner depuis 10 ans, c'est l'union", a-t-il expliqué.

- Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, a déclaré pour sa part, au micro d'Europe 1 : "nous avons travaillé pendant des années pour regrouper notre famille politique (...) J'ai peur que l'on ne reparte en arrière, que l'on retrouve la situation d'il y a vingt ans où il y avait d'un côté le RPR, de l'autre l'UDF".

Au centre :

Au sein de la future confédération centriste en construction aux côtés d'Hervé Morin (Nouveau centre), Jean-Marie Bockel (Gauche Moderne) et Jean Arthuis (Alliance centriste), la prestation télévisée de l'ancien ministre a logiquement plutôt suscité l'enthousiasme.

- François Sauvadet (NC) s'est félicité : la confédération des centres est en marche", a-t-il déclaré après l'émission en saluant en Jean-Louis Borloo "un homme d'engagement et de conviction".

En revanche, les députés Pierre Méhaignerie, Marc-Philippe Daubresse et Jean Leonetti se sont dissociés de son initiative, refusant de rompre le contrat de législature qui les lie à l'UMP jusqu'en 2012.

- Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de l'UMP, a souligné vendredi dans un communiqué : "Nous sommes plusieurs, à l'intérieur de la majorité présidentielle, à incarner une offre politique représentant les idées humanistes, sociales, écologiques et républicaines".

A gauche :

Peu de membres du Parti socialiste ont réagi à cette annonce.

- David Assouline, sénateur PS, a jugé qu'une "droite qui se rebaptise droite sociale n'est franchement pas l'alternative".

- "L'Alliance républicaine, c'est finalement le 'tout sauf Sarkozy' à droite", a ironisé Pierre Moscovici, député PS du Doubs sur le plateau de "A vous de juger".

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