Mort de Jacques Chirac : hommage national, deuil national, hommage populaire... quelles différences entre les cérémonies ?

Au lendemain de la disparition de l'ancien président, l'Elysée a annoncé la tenue d'une journée de deuil national lundi. Un hommage populaire se déroulera également aux Invalides, dimanche, à la demande de la famille. 

Jacques Chirac, le 8 mai 2007, lors d\'une cérémonie sur les Champs-Elysées à Paris. 
Jacques Chirac, le 8 mai 2007, lors d'une cérémonie sur les Champs-Elysées à Paris.  (PATRICK KOVARIK / AFP POOL)

Des livres d'or à l'Elysée et dans les mairies, un discours télévisé d'Emmanuel Macron et un hommage populaire aux Invalides. Le jour de la mort de Jacques Chirac, jeudi 26 septembre, le président de la République a décrété qu'une journée de deuil national aurait lieu lundi.

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Vendredi dans la matinée, la famille de l'ancien président de la République a de son côté appelé à un"hommage populaire" aux Invalides. La question des obsèques nationales a également été soulevée. Mais quelles sont les différences entre toutes ces dénominations et les protocoles ? Que va-t-il se passer pour Jacques Chirac ? Franceinfo fait le point.

L'hommage national

Sous l'Ancien Régime, les hommages étaient uniquement destinés au roi et à la famille royale. Avec la Révolution, la souveraineté étant celle du peuple, les héros nationaux deviennent les grandes figures de la Nation. Une telle  cérémonie est, en théorie, réservée aux militaires tombés pour la nation. Au siècle des Lumières, les grands intellectuels incarnent l'idéal national : à eux, donc, les cérémonies en grande pompe à leur mort.

Si c'est toujours la présidence qui décide d'un hommage national, au fil du temps, les pratiques ont évolué : toute personne civile dont le président estime qu'elle a eu un "destin exceptionnel" peut avoir droit à cette distinction. Une définition large, qui englobe, entre autres, Simone Veil, femme d'Etat française, l'académicien Jean d'Ormesson, Arnaud Beltrame, l'officier de gendarmerie tué lors de l'attaque terroriste de Trèbes (Aude) en mars 2018 ou encore Claude Lanzmann, ancien résistant et réalisateur du film documentaire Shoah. Charles Aznavour,mort le 1er octobre 2018, a par exemple lui aussi eu droit à ces honneurs.

L'hommage national se plie à des règles précises, instaurées avec les années. Dans la forme, il implique plusieurs obligations : il peut se dérouler aux Invalides ou au Panthéon et doit être publié au Journal officiel avant sa tenue. Le cercueil du défunt est également recouvert d'un drapeau tricolore et le président de la République prononce un discours. 

Dans le cas de Jacques Chirac, les hommages de la République à son ancien président se sont multipliés, mais, stricto sensu, aucun hommage national n'est prévu.

Le deuil national

Le palais de l'Elysée a invité les Français qui le souhaitaient à "exprimer leurs condoléances" dans un livre d'or ouvert à l'Elysée jusqu'à dimanche. Les drapeaux tricolores des institutions ont été mis en berne, et la tour Eiffel est restée éteinte jeudi soir. Emmanuel Macron a au final décidéune journée de deuil national, prévue lundi 30 septembre. Une minute de silence sera observée à 15 heures dans les administrations et les écoles.

Le deuil national n'a été décrété qu'à huit reprises auparavant : en hommage aux anciens présidents ou après les attentats des dernières années, comme celui de Nice en juillet 2016. Le cas de Jacques Chirac suit ainsi une tradition initiée avec la mort du général de Gaulle en 1970. Depuis lors,"on dissocie la personne de sa fonction, précise Christian Amalvi, professeur d’histoire contemporaine et spécialiste des usages de la mémoire dans la France contemporaine. L'homme a droit à un enterrement privé, avec uniquement ses cercles étroits, et le président, lui, à un hommage de la nation, avec tous les chefs d'Etat et représentants internationaux."

L'inhumation de Jacques Chirac se tiendra en famille, au cimetière du Montparnasse, à Paris, a priori lundi, ont indiqué ses proches. Le même jour, une cérémonie œcuménique officielle est prévue. D'ordinaire, cet office a lieu en la cathédrale Notre-Dame de Paris. L'incendie d'avril dernier l'ayant rendue indisponible, c'est à l'église Saint-Sulpice, deuxième plus grande église de Paris, qu'il aura lieu.

L'hommage populaire

Les proches de l'ancien président ont quant à eux appelé à un"hommage populaire". Un glissement sémantique qui tient davantage du symbole que du déroulé de la cérémonie, puisque cette cérémonie se tiendra dimanche aux Invalides, habituel théâtre des hommages officiels. En accolant le mot "populaire", on indique surtout que tous ceux qui souhaitent y participer seront les bienvenus, bien que les modalités ne sont pas encore connues"Il est logique que l'officiel et le populaire se confondent pour Jacques Chirac,estime Christian Amalvi.Il était très proche des gens et s'adressait de la même manière aux chefs d'Etat et aux citoyens."

Le professeur d'histoire estime que cet office aux Invalides sera moins solennel que lors d'un hommage national militaire."Comme le président a déposé un crayon sur le cercueil de l'académicien Jean d'Ormesson lors de cette cérémonie d'hommage, on peut imaginer qu'il dépose un objet d'art asiatique sur celui de Jacques Chirac."

Le terme d'"hommage populaire"date de celui réservé à Johnny Hallyday, en décembre 2017, durant lequel la foule a envahi Paris. Les grandes voix de la chanson française ont toujours mobilisé les foules au moment du dernier adieu : on se souvient par exemple du cortège ayant accompagné la dépouille d'Edith Piaf au cimetière du Père-Lachaise alors qu'un hommage religieux lui avait été interdit du fait de sa vie tumultueuse. 

Lors de la mort de François Mitterrand, une cérémonie nationale s'était tenue à Notre-Dame. Une foule s'était rassemblée devant la cathédrale, où la cérémonie était retransmise sur des écrans géants. Un rassemblement populaire, à l'initiative des citoyens, avait eu lieu place de la Bastille le même jour. Les journalistes sur place, notamment ceux de Libération, faisaient état d'une "foule si dense qu'on ne bouge plus", et rapportaient "des dizaines de portraits accrochés autour de la place de la Bastille, de la musique classique puis des discours du président diffusés par haut-parleurs".

Un cortège funèbre avait également défilé à Jarnac, en Charente, ville natale du président, et les hommages spontanés s'étaient multipliés, notamment devant le domicile de François Mitterrand. Des roses rouges, symboles du Parti socialiste, avaient alors été déposées. Pour Jacques Chirac, un hommage particulier lui sera également rendu le week-end des 5 et 6 octobre en Corrèze, sa terre d'élection, à "la demande de la famille".