Guerre à l'UMP : Sarkozy a perdu des plumes

Soucieux de laisser ouverte la perspective d'un retour en 2017, Nicolas Sarkozy a pris le risque d'intervenir dans la guerre des chefs. Et le bilan n'est pas très positif. 

L\'ex-président de la République Nicolas Sarkozy, à Paris, le 26 novembre 2012 après un déjeuner avec François Fillon.
L'ex-président de la République Nicolas Sarkozy, à Paris, le 26 novembre 2012 après un déjeuner avec François Fillon. (BENOIT TESSIER / AFP)

CHAOS A L'UMP - L'ombre de Nicolas Sarkozy plane sur le dénouement de la crise interne à l'UMP entre François Fillon et Jean-François Copé. Adulé par les sympathisants, l'ancien président s'active en coulisses pour que les deux hommes parviennent à un terrain d'entente. Quel intérêt trouve-t-il à s'immiscer, même discrètement, dans ces manœuvres ? Ces initiatives ne le desservent-elles pas pour une éventuelle reconquête du pouvoir en 2017 ? Réponse en trois points.

Copé et Fillon affaiblis : Sarkozy en pole position pour 2017 ?

A force de s'écharper, les duettistes de l'UMP ont fini par s'affaiblir mutuellement. Selon le dernier baromètre TNS Sofres, François Fillon, mais surtout Jean-François Copé sont sanctionnés par l'opinion.

L'ancien Premier ministre, malgré tout toujours populaire, perd 16 points (56%) chez les sympathisants de droite et 10 points (70%) chez les sympathisants de l'UMP (voir page 17 de ce fichier PDF). Le député-maire de Meaux, lui, chute de 15 points à droite (34%) et de 17 points (44%) chez les sympathisants UMP.

A première vue, c'est du pain bénit pour Nicolas Sarkozy, qui ne pouvait pas espérer meilleur scénario dans la perspective d'un retour à l'Elysée en 2017. D'autant qu'il reste extrêmement populaire au sein de son électorat potentiel : 64% de cote d'avenir chez les sympathisants de droite, et 81% chez ceux de l'UMP !

Une crise qui oblige l'ex-président à dévoiler son jeu

A y regarder de plus près, la situation n'est pas si favorable pour Nicolas Sarkozy. Car la crise est allée trop loin. En cas de retour, il aura en effet besoin d'un parti fort s'il veut avoir une chance de chasser François Hollande de l'Elysée. Ce qui peut expliquer sa "colère" devant les risques d'explosion du parti et les ultimatums lancés aux deux camps depuis quelques jours. 

Contraint d'intervenir seulement six mois après avoir quitté le pouvoir, Nicolas Sarkozy a donc abattu une partie de ses cartes. Il n'avait évidemment pas prévu de le faire si tôt. Revenir en "sauveur de la droite" en 2017 suppose au contraire d'observer une certaine hauteur de vue, de garder un œil, sans intervenir, sur sa famille politique. Bref, de ne pas trop montrer son appétit.

L'autorité du "chef" écornée

Il y a peut-être plus préoccupant dans la manière dont Nicolas Sarkozy a tenté de gérer la crise à l'UMP. Sa première tentative de ramener de l'ordre a débouché sur un échec. Le 27 novembre, il avait menacé d'exprimer publiquement sa "honte" si l'idée d'un référendum interne sur un nouveau vote n'était pas retenue. Option acceptée du bout des lèvres par les belligérants avant d'être balayée le lendemain matin par Jean-François Copé.

L'autorité morale de l'ancien chef de l'Etat en a pris, symboliquement, un petit coup. Pour son deuxième ultimatum, qui arrive à échéance mardi soir, Nicolas Sarkozy a simplement exhorté Copé et Fillon à trouver une solution. "Sinon je dirai que vous êtes tous les deux disqualifiés pour diriger un grand parti", leur aurait-il dit, à en croire certaines sources.

Mardi, un proche de Nicolas Sarkozy cité par Le Parisien a démenti l'information : "Il n'a pas l'intention de sortir de son silence en dégainant un texte vengeur. De toute façon, à quoi cela servirait ?" Signe que l'influence de l'ex-chef de l'Etat sur ses anciens bataillons n'est plus aussi incontestable.